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31 octobre 2010 7 31 /10 /octobre /2010 15:42

Envie de relire Flaubert ?
Une autre fois, peut-être !


Par Fatima Miloudi

Les Trois Coups.com


La Cie Jacques-Bioulès propose, jusqu’au dimanche 31 octobre 2010, « Il était une fois Gustave Flaubert… ». Au Théâtre du Hangar, les spectateurs se comptaient presque, mercredi soir, sur les doigts d’une main. Et l’on comprend pourquoi.

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« Il était une fois Flaubert… » | © Marc Comparet

« On va au spectacle pour se divertir. Ce qui est bien est ce qui amuse ! », juge Flaubert par la bouche du comédien Jacques Bioulès. Si l’on ose la comparaison avec la pièce, on peut assurer que, n’étant guère divertissante, elle était en conséquence intéressante. Or, ce n’est pas parce que l’intention de départ, en ce qu’elle suppose de sensibilité et d’intérêt intellectuel, est bonne que le résultat escompté est atteint. À vouloir trop rester dans le texte ou n’offrir aux spectateurs que des « vols à l’arrachée », c’est-à-dire des extraits d’œuvres diverses de Flaubert, on pèche par pédagogisme. Et tout essai d’un désir trop évident de transmettre sur la scène n’a pour effet que d’endormir le spectateur. C’est comme aller au musée, ceux d’autrefois avant que les designers ne revitalisent le lieu, et se retrouver devant un amoncellement de lignes à lire. Au bout d’un moment, toujours bref, on court avec l’unique envie de sortir.

Pourtant, on peut être certain, au départ, d’un amour de l’œuvre ou même des œuvres puisque Jacques Bioulès propose depuis quelques années des rencontres avec des auteurs, dont Raymond Roussel et Michel Leiris. Mais l’écriture du spectacle, du fait qu’elle joue des mêmes effets, est problématique, car elle tue le plaisir dans l’œuf. Il semble que l’un des objectifs était de construire la pièce uniquement à partir d’emprunts aux textes flaubertiens. Le danger guettait d’un manque de dynamisme. C’est ce qu’il s’est produit. Le choix de mise en scène n’a fait que renforcer l’erreur de départ. D’une bonne phrase ou d’un bon mot à l’autre, ce n’était que partie de ping-pong, sans l’allant qui est de mise. L’ensemble était beaucoup trop statique et même téléphoné. La diction était pour l’un trop compassée, pour l’autre d’une emphase déplacée. Le parti pris du jeu de Flaubert était même irritant. Une voix off exprimait la pensée de l’écrivain tandis que l’homme sur scène doublait en mimant, du moins au début, avec mouvements de bouche ou gestes de la main. Une fois, pourquoi pas ? Deux fois, passe encore. Mais quand le procédé s’installe, cela agace franchement.

Au-delà de l’ennui, on peut se poser la question de l’apport de la pièce. Le spectateur en retire-t-il la substantifique moelle ? Il semble que, pour qui est érudit en prose flaubertienne, il y trouve le reflet de son propre savoir et rit à l’évocation des phrases qu’il connaît par avance. Par contre, pour le spectateur lambda – assurément celui pour lequel Flaubert n’écrit pas * –, le spectacle ne construit rien. Au terme de cet article, on peut dire que l’on a entendu des textes, mais pas le texte flaubertien. Une lecture travaillée, incorporée, digérée, aurait trouvé sa cible. Quelquefois, il en faut moins pour en faire apprécier davantage. Pour finir sur une bonne note, on peut louer les costumes de Françoise Astruc et le décor de Jacques Bioulès : panneaux gigantesques des brouillons raturés de Flaubert, pupitres des copistes, plumes surdimensionnées à l’image du labeur de la copie et de l’écriture. 

Fatima Miloudi


* Flaubert n’écrivait pas pour les lecteurs en général mais pour un lectorat élu, capable de lire au-delà de la simple fiction. Mme Bovary est d’ailleurs l’image même de la mauvaise lectrice.


Il était une fois Gustave Flaubert, de Jacques Bioulès

Mise en scène : Jacques Bioulès

Avec : Jacques Bioulès, Jean-Claude Bonnifait, David Stanley

Lumières : Jean-Yves Courcoux

Éclairages : Remon Fromont

Décors : Jacques Bioulès

Costumes : Françoise Astruc

Régie : Thierry Ganivenq

Théâtre du Hangar • 3, rue Nozeran • 34090 Montpellier

Réservations : 04 67 41 32 71

http://www.theatreduhangar.com

Mardi 19 octobre 2010 à 20h45, mercredi 20 octobre à 19 heures, vendredi 22 octobre à 20 h 45, samedi 23 octobre à 20 h 45, dimanche 24 octobre à 17 heures, mercredi 27 octobre à 19 heures, jeudi 28 octobre à 19 heures, vendredi 29 octobre à 20 h 45, samedi 30 octobre à 20 h 45, dimanche 31 octobre à 17 heures

14 € | 10 € | 5 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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