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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
En direct du Festival et du Off d’Avignon 2012
Une étrange quête d’identité
L’intrigue d’« Identité » – un couple aculé à la pauvreté participant à un mystérieux jeu par correspondance – est déjà surprenante. Yves Penay en renforce l’étrangeté par une mise en scène assez déroutante.
Depuis qu’Identité, la pièce de Gérard Watkins, a reçu le grand prix de Littérature dramatique en 2010, avant d’être jouée au Théâtre de la Bastille dans une mise en scène de son auteur l’année suivante, elle n’avait plus été représentée. Yves Penay décide de s’y atteler à son tour pour ce Off d’Avignon avec sa compagnie Le Théâtre d’Ulysse. Le thème en est intéressant : un couple à bout de ressources décide de répondre à une annonce trouvée sur l’étiquette d’une bouteille de vin. Bientôt une mystérieuse question‑test arrive, glissée sous la porte : « Vos parents sont-ils vraiment vos parents ? ». C’est le début d’une troublante quête identitaire. Est‑il toujours bon de connaître la vérité ?
Gérard Watkins crée le malaise en télescopant deux époques : celle des tests A.D.N. et celle de la déportation. Yves Penay a bien vu que l’un des enjeux majeurs du texte réside dans une sorte de brouillage généralisé des repères temporels. Dans sa mise en scène, très vite les deux personnages, André et Marion Klein, paraissent hors du temps. Sans âge défini, ils reviennent à l’aube d’une fête costumée, attifés à la mode des années 1970. S’ils semblent égarés dans un quotidien qui rappelle notre présent par la médiocrité de ses jeux stupides, leur huis clos alcoolisé nous fait bientôt sortir du réalisme. Ce jeu est‑il réel ? Quelle est sa vraie signification ? Quel est le but de cette enquête, et ne rappelle‑t‑elle pas les pires heures de notre histoire, lorsqu’il s’agissait de déterminer si un individu était juif ou ne l’était pas ?
Descente aux enfers
Cette interrogation va diviser le couple : lui se prête au jeu jusqu’au bout, et découvrira bientôt la vérité sur sa lignée. Elle, non seulement résiste, mais cesse de s’alimenter. Et si l’homme parle à ce sujet de « jeûne », la femme insiste : c’est bien d’une grève de la faim qu’il s’agit, qui est surtout un refus de participer, de collaborer à cette mascarade, en même temps qu’une façon de se placer implicitement du côté des victimes de l’Histoire. La lente descente aux enfers de ce couple en voie de marginalisation est assez bien suggérée par les bouteilles vides qui se multiplient sur scène. La fatigue, le jeûne, l’alcool, modifient l’état de conscience des personnages. On ne distingue plus le vrai du faux. Le corps de la comédienne est mis à contribution de façon troublante. Bonne idée aussi que cette espèce de bric-à-brac au fond de la scène, vestiges de vies laissées à l’abandon.
Le problème c’est qu’entre le jeu quelque peu hésitant de Cécile Fleury (surtout au début, ainsi malheureusement que dans certaines de ses tirades) et le personnage plutôt lisse et posé campé par Yves Penay lui‑même, la dureté du texte n’apparaît pas assez, non plus que sa drôlerie paradoxale. L’œuvre mêle de façon intéressante les registres, et doit nous maintenir dans un inconfort durable, à mi‑chemin entre le burlesque et le tragique. Mais ce mélange des genres qui devrait nous paraître acide n’est pas ici assez marqué. Les comédiens, appliqués, semblent retenir leur jeu, et même si certaines scènes sont réussies (les hallucinations de Marion), le ton quelque peu monocorde et l’absence de changements de rythme installent le spectateur dans une douceur ouatée qui n’est certes pas le but recherché, lui laissant finalement une impression d’inachevé. ¶
Fabrice Chêne
Les Trois Coups
Identité, de Gérard Watkins
Mise en scène : Yves Penay
Avec : Cécile Fleury, Yves Penay
Théâtre Arto • 3, rue du Rateau • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 82 45 61
Du 7 au 29 juillet 2012 à 19 h 10
Durée : 1 h 15
17 € | 12 €
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