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16 juin 2011 4 16 /06 /juin /2011 14:13

Six femmes face à Shakespeare


Par Aurore Krol

Les Trois Coups.com


Si les répliques proviennent effectivement du répertoire de Shakespeare, « I Will Stay Till She Comes 352 kilos de femme et Shakespeare » n’est pas à proprement parler une pièce revisitant son œuvre. La dramaturgie est plutôt prétexte à une évocation assez cruelle du statut de comédienne, souvent subalterne, plus particulièrement quand celle-ci ne peut plus prétendre au rôle de jeune première. Le temps qui passe est le fil conducteur de la pièce, mais le propos pourrait être de toutes les époques. Et son écho sonne aujourd’hui de manière très actuelle.

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« I Will Stay Till She Comes 352 kilos de femme et Shakespeare »

© D.R.

Six femmes, un décor en forme d’escalier perpétuel, et des costumes qui scuptent les corps : la scénographie est léchée et laisse dès les premiers instants une impression visuelle forte. Déterminées, figées dans une immobilité provisoire, ces actrices vont s’animer, mettre à nu leurs rêves et leurs échecs, sans jamais perdre de leur capacité d’autodérision.

Fragilités de toutes sortes et répliques cinglantes se succèdent pour questionner l’image d’une féminité qui se devrait toujours plus jeune, toujours plus lisse. Ainsi, le temps qui passe devient le point convergent de toutes les inquiétudes, et la pièce y répond tantôt avec une légèreté frivole, tantôt aves des mots lourds de prédictions. Si le propos semble à première vue féministe, l’intention tire progressivement vers la misogynie insidieuse et concurrentielle, telle qu’elle peut exister lorsque les frustrations et les insatisfactions prennent le dessus sur la solidarité.

Les barrières symboliques qui oppressent ces femmes, elles finissent presque par se les imposer elles-mêmes ou, en tout cas, par se les imposer entre elles. Ainsi de cette marche en forme de cercle sans fin, histoire qui se répète et dont aucune n’ose vraiment s’extraire. La subtilité de la pièce réside sans doute dans cette capacité à retranscrire les parts ingrates, incohérentes et presque lâches qui résident en chaque être humain. Les « victimes » ne sont pas épargnées par ce constat.

La pièce a besoin de mûrir

En matière d’interprétation, deux des actrices tirent particulièrement leur épingle du jeu, se confrontant dans des joutes verbales de type dominée/dominante, à la cruauté parfois très savoureuse. La pièce souffre malgré tout de faiblesses et a besoin de mûrir. Trop de grands écarts entre les répliques choisies, trop de ruptures de ton donnent une impression d’ensemble assez brouillonne et font parfois perdre le fil. Le jeu, lui non plus, n’est pas toujours très fluide et gagnerait à être moins déséquilibré entre les différentes comédiennes.

Mais il y a, dans cette forme foisonnante, énormément de belles énergies et de propositions originales. À applaudir pour l’audace et le désir palpable de partage, en attendant que le tout s’aguerrisse… 

Aurore Krol


I Will Stay Till She Comes 352 kilos de femme et Shakespeare, d’après William Shakespeare

Mise en scène : Miriam Youssef

Avec : Anne-Pascale Clairembourg, Julie Duroisin, Catherine Grosjean, Bernadette Mouzon, Nicole Olivier
et Erika Sainte

Assistants à la mise en scène : Jérôme Roland, Sébastien Schmit

Scénographie et costumes : Thibaut de Coster et Charly Kleinermann

Lumières : Alain Collet

Coproduction : Atelier 210, Théâtre de la Méduse

Atelier 210 • 210, chaussée Saint-Pierre • 1040 Bruxelles, Belgique

Site du théâtre : www.atelier210.be

Réservations : 0032(0)2 732 25 98

Du 15 juin au 25 juin 2011 à 20 h 30 (relâche dimanche et lundi)

16 € | 13 € | 8 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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