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23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 22:59

L’Éloize de l’apesanteur


Par Olivier Pansieri

Les Trois Coups.com


On pense avoir tout vu, et puis on va au Grand Rex, et là on assiste à « iD », septième création du Cirque Éloize *. Des Canadiens qui, une fois de plus, prouvent qu’impossible n’est pas… canadien. Mise en scène frappadingue de Jeannot Painchaud.

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« Cirque Éloize »

Mandatory Photo © 2009 Théâtre T & Cie/Valérie Remise

iD *, ou comment voguer de surprise en surprise. Déjà, se retrouver dans la salle du Grand Rex, ce gigantesque décor des mille et une nuits, au milieu de la houle des familles jacassantes, 2 800 places, vous imaginez… En sourdine, on entend un étrange grondement, sans doute quelque dragon en coulisses. Sur scène, le décor lui-même fait songer à un château fort. Soudain, ça démarre. En fait de Camelot, on serait plutôt au pied des tours de Manhattan ou de la Défense. Sirènes de police, bruits de circulation… les danseurs vont et viennent, banalisés en piétons. Il y a le banquier pressé sous son parapluie, la dame qui promène son chien, les mômes en jeans trop larges… Musique électronique efficace de Jean-Phi Goncalves et Alex Mac Mahon, deux bons.

Ce qui frappe dès le départ, c’est la très fine utilisation de la technologie au service d’idées d’une grande poésie. Par exemple, ces hologrammes qui accompagnent les marcheurs comme autant de fantômes glissant le long des murs. Plus tard, ces images de balles semblant jaillir de partout, tandis qu’au premier plan deux jongleurs feignent d’en ramasser des vraies à la pelle. Ces effets lumineux, qui font de la scénographie un caméléon, ces tags, ces traces lumineuses, ces motifs géométriques qui désignent, puis masquent des ouvertures, mais aussi des plateformes propices à l’escalade. Coup de chapeau, à propos, à Robert Massicotte, l’inventeur de ces sortilèges. Pour le reste, on est dans un West Side Story dédramatisé. Deux bandes s’affrontent, un peu pour rire, en une escalade de défis acrobatiques, mêlant les arts du cirque à ceux de la rue.

Au milieu de la salle en délire

Xuan Le, par exemple, qui danse, virevolte, bref, fait ce qu’il veut de ses patins à roues alignées, aussi à l’aise en marche arrière que sur les « pointes ». En face, Thibaut Philippe l’observe un instant, cabré sur son vélo trial, puis, comme l’autre a sauté dans la salle, le poursuit carrément dans les allées du Rex, au milieu de la salle en délire. Hop, un bond, les voilà de retour ! Cette fois, Thibaut escalade en vélo le décor, vous avez bien lu, jusqu’aux cintres. Entre parenthèses, ces deux acrobates à roulettes sont français. Cocorico. Tout comme Mourad Merzouki, lequel a réglé les chorégraphies inspirées des danses urbaines, breakdance et « bboying » (avec deux b, j’ignore pourquoi).

Saluons encore la folie contagieuse du saut à la corde, qui fait bientôt valser en chœur danseurs, roller, vélo sur un rythme dingue. « Jump ! Jump ! » toute la salle s’y met. Et soudain le duo romantique d’Émi Vauthey et de Xuan Le. Elle, planant au-dessus de la scène, s’enroulant, puis se laissant tomber dans ses longs voiles blancs. Lui, glissant au sol, Roméo en rollers en quête de son insaisissable Juliette. Autre temps fort : l’époustouflant numéro de mains à mains de Justine Méthé-Crozat et de Philippe Renaud, beau comme l’amour. Et les prestations faussement désinvoltes de Lisa Eckert tant au mât chinois qu’à la roue Cyr, un cerceau enchanté dans lequel cette artiste laisse ses copains comme deux ronds de flan. Pour la peine, Samuel « Samsung » Nadai fait une toupie grand écart. De formidables artistes. Quand on pense que tous ces jeunes gens jouent deux fois le samedi !…

Bref, un métissage réussi entre danse et acrobatie, digne de celui du grand frère, le Cirque du Soleil, dont quelques-uns viennent, d’ailleurs. Le clou restant le final dans lequel, en effet, tous les arts se sont réunis pour nous en mettre plein la vue. Un type monte, une fois de plus, tout en haut du décor et, de là, se jette dans le vide. Au même instant, par un procédé vidéo, le mur lui-même se désagrège. C’est phénoménal. Mais ce n’est pas tout, car, comme au cinéma, le type remonte en marche arrière à son point de départ. Il y avait un trampoline dissimulé dans le décor ! À partir de là, tous sans exception vont se laisser tomber, sauter, rebondir, voler, virevolter sur une musique endiablée. Bon, vous l’aurez compris, cette dégelée d’émotions vaut son pesant de pop‑corn vendu à l’entracte. Et le prix, pas donné, de ses places pourtant prises d’assaut. 

Olivier Pansieri


* Éloize : prononcer (El-waz) signifie « éclair de chaleur » en patois acadien des îles de la Madeleine, d’où étaient originaires les premiers membres de la troupe.

* iD : prononcer (aïe-di) à l’anglaise, se réfère au mot « identité » revendiqué par les danseurs urbains. Façon pour eux d’exprimer leur appartenance à tel ou tel gang, quartier, rue, etc.


iD, du Cirque Éloize

Mise en scène : Jeannot Painchaud

Avec : Samuel « Samsung » Nadai, Hugo Ouellet-Côté, Thibaut Philippe, Philippe Renaud, Xuan Le, Emmanuelle Le Phan, Justine Méthé-Crozat, Baptiste Montassier, Lisa Eckert, Nicolas Fortin, Jesse Huygh, Ryan Shinji Murray, Emi Vauthey, Kone Thong Vongpraseuth

Producteur exécutif : Jonathan Saint-Onge

Concepteur acrobatique : Krzysztof Soroczynski

Scénographie et images vidéo : Robert Massicotte

Images vidéo : Alexis Laurence

Participation artistique : Mourad Merzouki

Compositeurs : Jean-Phi Goncalves, Alex Mac Mahon

Lumières : Nicolas Descoteaux

Conception sonore et ambiance urbaine : Jacques Poulin‑Denis

Maquillages : Suzanne Trépanier

Assistante à la mise en scène : Marie-Ève Soutière

Grand Rex • 1, boulevard Poissonnière • 75002 Paris

www.legrandrex.com

www.fnac.com et sur votre mobile www.tsprod.com

Du 14 mars au 1er avril 2012, du mardi au dimanche à 20 heures, samedi à 15 heures et 20 heures

Durée : 1 h 50 (+ 20 minutes d’entracte)

69,50 € | 59,50 € | 49,50 € | 34,50 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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