Mercredi 3 mars 2010 3 03 /03 /Mars /2010 20:03

« Hôtel Problemski » : silence, on déracine !

 

Martine Fontanille joue et met en scène son adaptation d’« Hôtel Problemski » à La Fabrique du vélodrome de La Rochelle. Ce roman de Dimitri Verhuls, publié en 2003, raconte les conditions de vie des exilés politiques en centre d’accueil. Le quotidien de ces destins tragiques et clandestins est parfaitement incarné par Martine Fontanille, malgré une mise en scène qui manque de puissance.

 

« Fais comme si je n’étais pas là » dit le reporter posté devant un enfant qui va mourir, à qui il veut donner le rôle principal pour sa propre ascension professionnelle. Il rêve de faire la photo du siècle en mettant en scène la faim, le malheur et l’horreur absolue, puis de la vendre à Reuters. Mais Bipul Masli, ce photographe en mal de scoop, se retrouve un peu plus tard demandeur d’asile dans un centre d’accueil en Belgique. Les rencontres qu’il va y faire vont être pour le spectateur l’occasion d’apercevoir le quotidien de ces Tchétchènes ou Sierra-Léonais déracinés.

 

Seule en scène, Martine Fontanille est Bipul Masli. Elle incarne ce photographe qui vit pendant toute la pièce aux côtés des exilés qui ont payé cher leur « passage » et vécu l’enfer des containers et des soutes d’avions, pour se retrouver dans les murs d’un centre d’accueil belge. À l’arrivée, le centre n’a d’accueillant que le nom…

 

C’est après avoir séjourné dans un centre d’accueil que Dimitri Verhuls, journaliste et auteur belge, a écrit Hôtel Problemski. Il est également auteur de la Merditude des choses, récemment porté à l’écran. Les deux œuvres traitent de l’adversité que rencontrent des personnages marginalisés. Ceux-ci sont poursuivis par la misère et le malheur, et Dimitri Verhuls dépeint leur univers de manière très caustique, en y ajoutant une bonne dose de cocasserie.

 

hotel-problemski françois-vivier

« Hôtel Problemski » | © François Vivier

 

Martine Fontanille a adapté et mis en scène ce roman. Elle s’est choisie, elle, femme, pour tenir le rôle de cet homme. Cela crée dès le premier tableau un décalage. Sans doute parce que l’on imagine plus difficilement une femme dans cette situation. C’est une scène décrivant l’agonie d’un enfant qu’elle nous raconte moyennant force détails, avec l’obscénité du photographe voyeur. Le décor est épuré : seulement un vieux mur de béton crasseux et un sol brut. On se dit alors que l’on est parti pour une heure et quart d’une pièce qui risque d’être sombre et cafardeuse.

 

Mais la vie commence à reprendre dans les tableaux suivants. Martine Fontanille est très convaincante dans le récit des violences, des parcours de vie qu’elle aborde sous l’angle du quotidien. Lorsqu’elle attend « la lettre », celle de l’accord pour l’asile politique, nous attendons avec elle. Et c’est dans l’interprétation des scènes de la vie ordinaire, au réfectoire, dans les chambres ou lors des bagarres qu’elle est la plus crédible. Son visage est très expressif, il transmet toutes les émotions ressenties par les personnages. Une vraie performance que d’enchaîner ces récits de vies humbles et violentes avec beaucoup de justesse.

 

Du côté de la mise en scène et de l’adaptation : petite déception. J’avoue que j’ai été lassée par des monologues trop longs, car ils viennent ralentir le rythme de la pièce et atténuent l’insolence du texte, son humour pour le moins grinçant. Autre choix scénique infructueux : la comédienne est accompagnée à la guitare électrique. D’abord invisible dans les coulisses, ne distillant sa musique qu’en fond sonore, Hélène Deulofeu la guitariste rejoint la scène au cours de la pièce. Mais il y a une certaine distance entre le son et les mots. Pas suffisamment de volume ni d’éclats dans la musique pour accompagner au plus près le fracas des morceaux de vie racontés.

 

Pour autant, cette création est intéressante. Le jeu de Martine Fontanille mérite qu’on s’y arrête et la Cie Haute tension fait œuvre de salubrité publique, car en ces temps de reconduite à la frontière, les mots de Dimitri Verhuls font mouche. 

 

Claire Tessier

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Hôtel Problemski, de Dimitri Verhuls

Christian Bourgois éditeur, octobre 2005, 168 pages, 15 €

Traduction : Danielle Losman

Compagnie Haute tension • 4, rue du Vélodrome •17000 La Rochelle

05 46 28 90 44

hautetension@aliceadsl.fr

www.compagnie-haute-tension.com

Mise en scène et adaptation : Martine Fontanille

Assistante à la mise en scène : Sylvaine Zaborowski

Assistante au plateau : Claire Touvenot

Avec : Martine Fontanille, Hélène Deulofeu (guitare)

Création costumes : Carole L’Hommedé

Décors : Marcelle Godefroid

Création lumière : Jean-Pascal Pracht

Création vidéo : François Vivier

Régie : François Vivier, Vincent Dubois

Administration : Emmanuelle Nègre

Coiffure : Thierry Jouen

La Fabrique du vélodrome • 4 , rue du Vélodrome • 17000 La Rochelle

Réservations indispensables: 05 46 27 12 12 ou info.lafabrique@sfr.fr

Du 24 février au 6 mars 2010 à 20 h 30, samedi à 18 heures, relâche le dimanche

Durée : 1 h 15

12 € | 5 €

Publié dans : France-Étranger 1998-2011 - PUBLIER UN COMMENTAIRE ? - Voir les 0 commentaires
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