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14 septembre 2013 6 14 /09 /septembre /2013 12:31

Le fou, le comédien

et la coquette


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


Le Théâtre 14 ouvre sa saison avec « Homme et galant homme » d’Eduardo De Filippo. Brillante, la pièce est cependant desservie par une distribution inégale. Heureusement, après une première heure un peu poussive, la machine théâtrale s’emballe pour notre plus grand plaisir.

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« Homme et galant homme » | © E. Lizambard

Héritier de la comédie italienne de Goldoni, le théâtre d’Eduardo De Filippo a le verbe haut et l’intelligence rouée des zannis *. D’ailleurs, il fourmille de gueux sympathiques qui se mettent dans des situations inextricables. Dans Homme et galant homme, ces gueux sont des comédiens. Une troupe famélique, invitée pour jouer dans une ville balnéaire, se voit en effet mêlée aux intrigues sentimentales de son mécène. Ces personnages truculents de commedia sont alors embarqués… dans un vaudeville ! Mari trompé, femme volage, chantage et seconds rôles cocasses en sont les ingrédients.

Néanmoins il ne s’agit pas de n’importe quel vaudeville. Ici, comme dans certains Feydeau, le genre possède une force subversive. Son rythme entraîne personnages et spectateurs aux confins de la folie. Bien malin qui distinguerait de fait l’apparence du mensonge, le jeu de la réalité. Les comédiens répètent, par exemple, un mélodrame dont les situations vont se retrouver, décalées, dans leurs vies. Pour sauver les apparences, le plus sensé des personnages se met, quant à lui, à feindre la folie. En ce sens, Homme et galant homme fait inévitablement aussi songer au théâtre de Pirandello, dont De Filippo fut un collaborateur. La pièce élabore ainsi une réflexion sur le monde du théâtre et le théâtre du monde.

La pièce est donc une partition formidable, mais délicate pour des comédiens. D’une part, la pièce présente des scènes de répétitions : les comédiens doivent jouer juste des comédiens qui jouent faux. À une intonation près, la commedia verse alors dans la mauvaise parodie. Même Yvette Poirier et Gwénaël Ravaux, souvent désopilantes n’échappent pas tout à fait à ce travers. C’est pourquoi, au début de la pièce surtout, certaines répliques tombent à plat. D’autre part, chaque genre convoqué (mélodrame, commedia, vaudeville) a ici son code de jeu qu’il faut respecter.

On pardonnera sans peine ces couacs, convaincu par l’engagement des comédiens et par le travail de troupe. Mais que dire du jeu, terne et sans nuances de Raphaëlle Lenglare ? Difficile de jouer les jeunes premières, visiblement. Heureusement qu’Edouardo De Filippo s’intéresse davantage aux toqués (on appréciera la prestation de Thibaut Lacour, par exemple) et aux gueux.

Le carrousel de la vie

Heureusement aussi que la mise en scène de Patrick Pelloquet est servie par une scénographie jolie et pertinente. Sur un carrousel aux vitres sans tain, les personnages semblent emportés dans le tourbillon des apparences. Quelques objets plantent le décor : une corde à linge, et nous sommes en Italie ! Les intermèdes musicaux renforcent cette couleur locale et offrent un contrepoint allègre aux moments les plus graves. Après un début poussif, on passe donc un moment très sympathique. On rit souvent et on se dit : « Quel type quand même, cet Edouardo De Filippo ! 

Laura Plas


* Serviteur bouffon dans la commedia dell’arte.


Homme et galant homme, d’Edouardo De Filippo

Traduction : Huguette Hatem, texte édité aux éditions des Quatre-Vents

Théâtre régional des Pays de la Loire

Mise en scène : Patrick Pelloquet

Assistante à la mise en scène : Hélène Gay

Avec : Jean-Marc Bihour, Jean-Jacques Blanc, Pierre Gondard, Hervé Gouraud, Thibaut Lacour, Raphaëlle Lenglare, Yvette Poirier, Gwénaël Ravaux, Patricia Varnay, Philippe Vermeulen

Scénographie : Sandrine Pelloquet

Costumes : Sylvie Lombart

Création lumière : Emmanuel Drouot

Maquillage : Carole Anquetil

Théâtre 14 • 20, rue Marc-Sangnier • 75014 Paris

Métro : ligne 13, arrêt : Porte-de-Vanves ; bus 58 et 95 ; tramway 3, arrêt Didot

Réservations : 01 45 45 49 77

Site du théâtre : www.theatre14.fr

Du 10 septembre au 26 octobre 2013, les mardi, vendredi et samedi à 20 h 30 ; les mercredi et jeudi à 19 heures, le samedi à 18 heures

Durée : 1 h 50

25 € | 18 € | 11 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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