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5 novembre 2009 4 05 /11 /novembre /2009 18:18

L’amour dans l’horreur et l’horreur

au milieu de l’amour

 

Les uns en face des autres, les uns tout contre les autres. Voici la position dans laquelle nous nous trouvons, nous public, dans un dispositif bifrontal, face à face, au-delà du spectacle et ce, pendant toute la séance du stupéfiant « Hiroshima mon amour » de Julien Bouffier, au Théâtre des Treize-Vents à Montpellier.

 

Il faut déjà prendre ses marques. Le dispositif scénique est en place sous nos yeux : nous avons tout le temps de l’étudier pendant que le public s’installe. Je prétends que le propos commence ici. Déjà. Le public est face à lui-même, nous nous regardons, c’est curieux, un peu gênant même. La symbolique est déjà là : la dualité, la confrontation, la rencontre sont ici, dans ce placement de public atypique. Ce qui surprend, c’est la forte présence technique en scène : ordinateurs, projecteurs sur pied à vue, techniciens sur plateau, caméras et câbles, puis ces deux murs comme des écrans, face au public. Nous sommes pris au piège, car les projections commencent. Les deux groupes de spectateurs face à face regardent devant, sans regarder au-delà, comme happés par un écran de télévision qui diffuse des images documentaires sur une visite au musée de la Mémoire à Hiroshima. Encore un symbole fort : le média est un obstacle à la sensation, nous ne regardons plus les êtres qui se trouvent en face de nous, nous regardons ce qui nous est donné de voir.

 

Le public ne peut pas tout regarder en même temps. C’est aussi cela l’approche d’un sujet : choisir son axe, le comparer avec les autres approches. Dès le départ, on ne sait si on doit regarder la projection ou l’actrice qui se fait filmer et projeter en léger différé. Là aussi, on peut trouver une vraie symbolique : sur le sujet d’Hiroshima, regarde-t-on le traitement de l’information ou la source, la personne elle-même qui en témoigne ?

 

« Hiroshima mon amour » | © Marc Ginot

 

Ce spectacle traite d’un sujet dur avec des moyens d’expression multiples et complexes. L’univers de Duras est un carrefour d’esthétiques modernes au service d’une évocation poétique symbolique. La mise en scène n’a écarté aucune difficulté d’approche et de traitement. Julien Bouffier a su aborder le problème du point de vue, et parfaitement bien saisir la dialectique du sujet, de sa forme littéraire, tout en préservant une identité propre. Rien n’est omis. C’est une prouesse audacieuse, une création en temps réel, une sorte d’œuvre totale, qui sublime le message de Duras et la sève même de son propos : l’amour dans l’horreur et l’horreur au milieu de l’amour.

 

Toute cette technique, froide, métallique, portée par la guitare experte de Dimoné, se met paradoxalement au service d’un jeu d’acteur très organique, charnel, chorégraphique par moments, où les corps tout en courbes prennent leur place à côté du texte photographique de Duras. En tout cas, cet Hiroshima mon amour ne tombe jamais dans le pathos. Le rythme est parfaitement bien orchestré par Julien Bouffier. Vanessa Liautey est excellente, simple et juste, juste ce qu’il faut, tout ce qu’il faut, comme l’écriture de Duras. 

 

Ilène Grange

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Hiroshima mon amour, de Marguerite Duras

Compagnie Adesso e sempre

www.adessoesempre.com

Mise en scène : Julien Bouffier

Avec : Vanessa Liautey, Ramzi Choukair

Musique : Dimoné

Scénographie : Emmanuelle Debeusscher et JB

Création lumière : Christophe Mazet

Création vidéo : Laurent Rojol et JB

Costumes : Marie Delphin

Travail chorégraphique : Hélène Cathala

Univers sonore : Éric Guennou

Photos : Marc Ginot

Théâtre des Treize-Vents • domaine de Grammont • 34965 Montpellier

Réservations : 04 67 99 25 25

www.theatre-13vents.com

Du 13 au 24 octobre 2009

21 € | 14 € | 5 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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