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Mercredi 4 juillet 2012 3 04 /07 /Juil /2012 20:42

La bataille des cœurs

 

« Hernani » de Victor Hugo. Mais pourquoi, diantre, n’en apprend‑on sur les bancs de l’école que le bruit de la bataille ? La Comédie-Française, dans le cadre du Printemps des comédiens au domaine d’O de Montpellier, en a donné une version à la fois épurée et passionnelle.

 

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« Hernani » | © Marie Clauzade

 

Dans le lieu verdoyant et nocturne du bassin du domaine d’O, un dispositif bifrontal laisse l’arène libre, sous le feu des projecteurs. Rien, aucun décor pittoresque, aucune couleur locale. Le sable, la lumière, le son, le déplacement des personnages, leurs passions, et tout est là. Des quelque vingt‑cinq personnages, il ne reste qu’un quatuor, trois hommes et une femme, centre de leurs regards, plus un homme de confiance et une femme de chambre. Don Carlos, roi de Castille et futur Charles Quint, n’est, pour l’heure, qu’un homme un peu voyou et coureur. Il n’a pas l’allure d’un futur empereur. Hernani a la fougue de la jeunesse. Épris de la belle Doña Sol et vengeur de son père, il est, héros éponyme de la pièce, en proie au dilemme qui sera le nœud de l’action : venger son père ou vivre son amour. Il scellera son destin dans la scène des conjurés, refusant d’échanger le cor, signe de sa servitude à Don Ruy Gomez, contre le droit d’être le bras armé de la conspiration.

 

Le mélange des genres étoffe les caractères

Le vieux Don Ruy aurait pu être un piètre barbon de comédie, mais il est, malgré sa faiblesse pour sa nièce, un homme d’honneur, capable de tenir tête au roi pour ne pas déroger à la mémoire de ses ancêtres. Homme d’honneur, certes, mais pas homme de raison, puisque ce sera par lui que le malheur inévitable adviendra. Insensible à l’amour des deux jeunes premiers, sans pitié, il est le destin qui, dans l’oubli du bonheur, ose se faire entendre. Ce n’est pas qu’il soit un mauvais homme. Au contraire, Bruno Raffaelli incarne avec superbe cet être pétri d’adoration pour sa jeune nièce. Mais dans cette dévotion à l’égard de Doña Sol, il est tout entier dans l’aveuglement de sa passion. Et, même quand il fait l’éloge comique de la jeune fille, qu’il voit présente à ses côtés jusqu’au seuil de la mort, il n’en devient ni ridicule ni risible. Un barbon de tragédie. Le mélange des genres étoffe les caractères, leur donnant plus de chair.

 

Don Carlos, lui aussi, amoureux comme un capricieux qui veut posséder sans réplique l’objet de son désir, gagne en humanité. Les beaux monologues sur la tombe de Charlemagne sont poignants. Exalté par son obsession de puissance et écrasé par sa crainte de faiblesse, l’homme se transforme sous nos yeux et acquiert toute sa majesté. Que dire aussi du magnifique Hernani, joué par Félicien Juttner ! Dans quels replis du cœur est‑il capable d’emporter les spectateurs avec la douloureuse scène du coffret. Sur le vide de la scène, au‑delà de l’homme, il est le désarroi, le désespoir, l’errance vivants. Seule Doña Sol est constante. C’est un bloc d’amour incarné. La partie n’est pas facile, car elle est surtout la destinataire de tirades passionnées. Loin s’en faut pour autant qu’elle ne soit pas une femme de caractère. Le visage juvénile, candide et angélique de Jennifer Decker ne saurait cacher que Doña Sol est d’une résolution sans faille. Seul l’amour d’Hernani la commande jusqu’à vouloir le précéder dans la mort. Quel magnifique final que la scène du poison, jusqu’au trait pictural de Don Ruy Gomez levant la dague sur lui‑même ! Il ne faudrait pas oublier de citer Catherine Sauval et Elliot Jenicot qui, très précis, jouent en contrepoint une partition plus comique.

 

On n’aura parlé que de caractères et de passions. C’est que la vacuité du lieu avait pour ambition de les mettre à nu. Cependant, il suffit d’une évocation pour qu’un espace soit créé : un grincement de porte, le bruit de pas dans un couloir, le hennissement des chevaux, une lumière sur le sol, des déplacements chorégraphiés. Être uniquement à l’écoute des cœurs. 

 

Fatima Miloudi

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Hernani, de Victor Hugo

Mise en scène : Nicolas Lormeau

Avec : Catherine Sauval, Bruno Raffaelli, Jérôme Pouly, Félicien Juttner, Jennifer Decker, Elliot Jenicot

Costumes : Renato Bianchi

Lumières : Christian Pinaud

Musique : Bertrand Maillot

Collaboration artistique : Patrick Haggiag

Coproduction de la Comédie‑Française, en coréalisation avec le Printemps des comédiens

Représentations au bassin du domaine d’O

Le Printemps des comédiens • 178, rue de la Carriérasse • 34097 Montpellier cedex 5

Réservations : 04 67 63 66 67

http://www.printempsdescomediens.fr

Vendredi 29 juin et samedi 1er juillet 2012 à 22 heures

Durée : 2 h 10

De 11 € à 31 €

Publié dans : FRANCE-ÉTRANGER 1998-2012 - PUBLIER UN COMMENTAIRE ? - Voir les 0 commentaires
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