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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 20:56

Arias fait son cinéma, olà !


Par Cédric Enjalbert

Les Trois Coups.com


Rengaines surannées et mélodrames hors d’âge, hors d’âge comme on dit du meilleur alcool : les numéros du grand Alfredo enchantent le Petit Montparnasse. Sous ses airs de tango, et ses dehors de mélo, Alfredo Arias et ses acolytes chanteurs entonnent à nouveau un air de « dolce vita » qui respire le bon souvenir.

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« Hermanas » | © D.R.

Deux spectacles chaque soir. Un music-hall tout droit venu d’un cabaret argentin, pour débuter : Hermanas, en hommage aux sœurs jumelles qui l’interprètent, doubles chantants, miroirs parfaits qui se doublent, se dédoublent et se redédoublent. Les Doppelgänger del sol. Une courte série de mélodrames pas piqués des vers ensuite. Tout aussi sud‑américain, tout aussi chantants, tout aussi surannés, et tout aussi réjouissants : Cinelandia.

Hermanas, les sœurs : il y a Sandra Guida, lèvres rouges, Rimmel et mascara, d’un côté ; Alejandra Radano de l’autre : la même. Toutes deux coiffées d’un chignon cerné d’une paire de mains en guise de serre‑tête. Ces demoiselles de Buenos Aires sont introduites par deux meneurs de revue au timbre d’autrefois – des textes de René de Ceccaty et Alfredo Arias. Ce qui fait donc quatre voix, pour une même personne, huit mains, et une kyrielle de chansons sans âge, comprendre datées sans être ringardes, bref entrées dans une mémoire pleine d’échos et de troubles.

Trouble, c’est le mot qui vient à la bouche… et aux oreilles. Car, ni réelle nostalgie ni simple ironie, le cabaret conçu et orchestré par Alfredo Arias ressemble à des cartes postales colorisées. Les couleurs semblent passées certes, mais elles le sont depuis la création, avant même que le temps ne se charge de les vieillir.

Il en va de même de ces chansons : Paris une autre fois, J’ai deux amours, la Tour Eiffel, un tube italien ou deux, un passage par des accents sud‑américains et un retour à la source, dans cette « ville de Buenos Aires qui nous fatigue avec son anarchie, mais nous fascine avec son je-ne-sais-quoi de je-ne-sais-où ». « Un je-ne-sais-quoi », précisément ce reste dont un philosophe féru de musique et spécialiste du temps, Vladimir Jankélévitch, faisait un charme, donnant du corps à ce qui demeure présent par‑delà ce qui n’est plus.

Parmi les genres oubliés, il en est un qu’Alfredo Arias n’entend pas laisser sombrer dans l’oubli, avec la mémoire et tout le reste : le mélodrame. Réemployant les deux jumelles d’Hermanas, épaulé par un vieux beau éloquent sorti tout droit des années 1950, blazer croisé noir à revers en pointe sur pantalon blanc. Noir et blanc, voici les teintes de ce second spectacle : Cinelandia, le pays du cinéma, Cinecittà patagon, un Hollywood dans la pampa, au pays de l’amour et des gauchos. Et quelle est la spécialité de cette terre de ciné ? La passion ! Le mélodrame inspiré. Sous la houlette du metteur en scène Alfredo Arias, trois acteurs, qu’on imagine tirés du muet, façon Sunset Boulevard, reprennent par tableaux les blockbusters du mélo sud‑américain d’autrefois : Besos brujos ou el Grimen de Oribe, mais aussi une spectaculaire adaptation de la Dame aux camélias passée à la Moulinette du tire‑larmes et du jeu à effets, qui vaut son pesant de tacos.

Chapeau pour le dernier morceau de bravoure de cette saga du mélo en poncho : Carne. Une sombre histoire de bimbo, déflorée dans un abattoir sur des carcasses sanguinolentes, finit en chansons et dans une miséricorde universelle bien épicée. Vengée des malfrats, exposant sa poitrine, son plus gros talent, à la face du monde, la bimbo entonne le The End, tête haute. Olà !

Les effets de music-hall, la grandiloquence et les bouleversifiants atermoiements du mélodrame savamment coordonnés par Alfredo Arias parviennent étonnamment à esquisser une tonalité légère, subtile, saisissant avec tendresse un peu de ce je-ne-sais-quoi… qu’il tire d’on ne sait où. La sensibilité, peut‑être ? 

Cédric Enjalbert


Hermanas. Music-hall

Mise en scène : Alfredo Arias

Avec : Sandra Guida et Alejandra Radano

Arrangements : Diego Vila

Costumes : Pablo Ramirez

Lumières : Jacques Rouveyrollis

À partir du 7 septembre 2012, du mardi au samedi à 19 h 15, dimanche à 15 heures

26 € | 22 € | 16 €

Cinelandia. Théâtre avec chansons

Texte d’Alfredo Arias et René de Ceccatty

Avec : Alfredo Arias, Sandra Guida, Antonio Interlandi et Alejandra Radano

Arrangements : Diego Vila

Costumes : Pablo Ramirez

Lumières : Jacques Rouveyrollis

À partir du 7 septembre 2012, du mardi au samedi à 21 heures, dimanche à 16 h 45

32 € | 28 € | 20 €

Théâtre du Petit-Montparnasse • 31, rue de la Gaîté • 75014 Paris

www.theatremontparnasse.com

Réservations : 01 43 22 77 74

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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