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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 23:30

Un hommage qui décoiffe


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Il ne manque pas de chanteuses pour rendre hommage à celles qui les ont précédées. La réussite de tels projets est variable : question de talent, bien sûr, mais aussi d’appropriation de l’univers de l’autre et d’interprétation personnelle. Le nouvel album de Térez Montcalm fait partie des projets réussis. Nous avons eu la chance de la voir et de l’entendre en direct au Théâtre national de Bretagne à Rennes.

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Térez Montcalm | © Katz

Here’s to You-Songs for Shirley Horn (Verve-Universal Music 2011) ne rend pas hommage à la plus médiatique des chanteuses de jazz, et pour cause. Shirley Horn (1934-2005) fut une pianiste virtuose, une grande arrangeuse et une chanteuse unanimement admirée de ses pairs. Mais elle n’hésita pas à mettre sa carrière en sourdine pendant plus d’une décennie pour mieux s’occuper de sa famille. Parmi ses plus grands admirateurs qui ont travaillé avec elle, citons Quincy Jones, Miles Davis et les frères Marsalis. C’est Winton Marsalis, d’ailleurs, qui signale son exceptionnelle maîtrise du « timbre » : une qualité que partage Térez Montcalm.

Le personnel de l’enregistrement ne manque pas de titres de noblesse : Gil Goldenstein (arrangements et piano), Rufus Reid (basse) et surtout Steve Williams (batterie) qui fut, vingt-sept ans durant, l’accompagnateur de Shirley Horn. On y retrouve aussi, sur quelques titres, la trompette de Roy Hargrove et le saxophone ténor d’Ernie Watts. Le quartette qui accompagne Térez Montclam sur la scène du T.N.B. conserve Steve Williams, qui a brillé tout au long du concert et plus particulièrement dans la longue introduction dune pièce qui ne figure pas sur l’album, Voodoo Child, interprétée en rappel. Au piano, on apprécie le brio et la finesse de Pierre de Bethmann (prix Django-Reinhardt 2004) qui s’approprie l’univers de la grande pianiste que fut Shirley Horn et sert celui de sa leader. Jean-Sébastien Williams (guitare) n’est pas pour rien le compère de toutes les tournées de Térez Montcalm, avec qui il entretient une grande complicité (de guitaristes ?). Quant au contrebassiste d’un soir, Morgan Moore, il a fait beaucoup mieux que de la figuration.

Des ballades

Ceux qui suivent la carrière de Térez Montcalm et qui ont particulièrement apprécié ses albums Voodoo (2006) et Connection (2009) seront sans doute déroutés par Here’s to You-Songs for Shirley Horn. Suivant en cela celle à qui elle a voulu rendre hommage, la chanteuse québécoise a surtout choisi d’interpréter des ballades à l’exception notoire de Great City (Curtis Lewis), pièce rapide et particulièrement rythmée, où Roy Hargrove fait de très belles interventions et de Just in Time où la chanteuse retrouve des accents rock.

À ceux qui s’étonnent de ce choix qui favorise la ballade et qui pourraient croire qu’il ne s’agit là que d’un simple souci de renouveler son image, Térez Montcalm réplique qu’il correspond au contraire à un goût qui vient de loin. On peut même penser qu’il remonte à sa première rencontre avec l’univers de Shirley Horn, elle avait alors dix-sept ans. Sur les traces de son modèle, Térez Montcalm s’adonne donc aux charmes de la lenteur, voire de l’extrême lenteur. L’étonnant est que, comme Shirley Horn, elle ne s’y perd pas. Même quand le temps semble comme suspendu, dans Here’s to Life par exemple, la pulsation demeure : Steve Williams n’y est sans doute pas étranger.

Et puis, comment ne pas parler de la voix ? Celle de Térez Montcalm est difficile à définir, faite de contrastes. On peut la qualifier de fêlée, voilée, éraillée, rauque ou nasalisée parfois, mais il faut dire aussi qu’elle peut être très claire, limpide même. On la dira plutôt grave, mais il faudra ajouter qu’elle peut être aiguë comme une voix de tête. Si on mentionne ses intonations enfantines, il faudra citer aussi sa gouaille moqueuse, insolente même, et préciser qu’elle est également capable d’une infinie douceur caressante. Et il restera toujours à mentionner ce qui est peut-être sa marque de fabrique, sa façon bien à elle d’articuler, de triturer la phrase. L’exemple le plus frappant pour des Français en est peut-être If You Love Me (Parsons-Monnot), que nous connaissons mieux dans sa version originale puisque c’est l’Hymne à l’amour, immortalisé par Piaf. Sur un rythme ralenti jusqu’à l’extrême, elle casse la rhétorique de Piaf et son pathos grandiloquent et se fait tantôt agressivement féline, tantôt timidement suppliante pour finir sur un écho de Piaf : redoutablement décapant et déstabilisant, mais quelle vérité humaine !

Bref, que vous connaissiez ou non Térez Montcalm et Shirley Horn, si vous ne pouvez pas profiter d’une des nombreuses dates de sa tournée, vous ne regretterez pas d’écouter Here’s to You-Songs for Shirley Horn

Jean-François Picaut


Here’s to You-Songs for Shirley Horn, de Térez Montcalm

Un album Verve et Universal Music Classic & Jazz France

Avec : Térez Montcalm (guitare et voix), Gil Goldenstein (arrangements et piano), Rufus Reid (basse), Steve Williams (batterie), Roy Hargrove (trompette) et Ernie Watts (saxophone ténor)

Théâtre national de Bretagne, Centre européen théâtral et chorégraphique • salle Vilar • 1, rue Saint-Hélier • 35000 Rennes

Réservations : 02 99 31 12 31

www.t-n-b.fr

Le 12 mars 2012 à 20 heures

Durée : 1 h 30

25 € | 10 €

Prochaines dates :

• 20 mars 2012 : Valenciennes (59), Le Phénix

• 23 mars 2012 : Dijon (21), Théâtre des Feuillants

• 30 mars 2012 : Élancourt (78), Le Prisme

Site : http://www.vegamusique.com/terez_montcalm/evenements/

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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