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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 19:01

La grande kermesse du théâtre


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Après le succès public du premier épisode d’« Henry VI » par Thomas Jolly, l’an passé, le second épisode annoncé pour la dix‑septième édition de Mettre en scène était attendu avec impatience.

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« Henry VI » | © D. R.

Henry VI est une œuvre vraiment énorme ! Quinze actes, douze mille vers, cent cinquante personnages et trois pièces sont mobilisés pour peindre le règne de ce roi d’Angleterre qui commença à l’âge de neuf mois et dura cinquante ans (1422 à 1461, puis de 1470 à 1471), au xve siècle donc, celui de la guerre de Cent Ans. Le Théâtre national de Bretagne a choisi de la représenter en trois épisodes, un par soir, et une dernière soirée pour présenter l’ensemble : treize heures avec entractes !

Le premier épisode fait largement appel à des ressorts comiques. Nous découvrons sous forme de farce la guerre sans fin qui oppose Anglais et Français. Le deuxième, moins farcesque, resserre l’action et met l’accent sur ce qui va devenir la guerre des Deux‑Roses. On y prépare la tragédie. Enfin, le troisième n’est guère que fracas et chaos, peinture quasi cinématographique de la guerre civile avec son cortège d’horreurs. Ces pages ont déjà présenté et critiqué les deux premiers épisodes, nous nous consacrerons donc au troisième *.

Le fracas et la fureur

Ce dernier épisode n’est guère qu’une geste sanglante et tonitruante dans laquelle s’enfonce l’Angleterre. Au milieu du fracas et de la fureur, les discours populistes enflamment les foules promptes à changer d’humeur et d’avis. Le peuple souffre le premier des combats qui déchirent des chefs sans scrupules. On ne peut cependant le plaindre tout à fait, car il se fait volontiers l’instrument de ces ambitions rivales que rien ne réfrène. Au cœur de cette tourmente, le roi Henry, malgré son opposition ferme à la guerre civile, ne parvient guère à nous émouvoir : il est trop pusillanime.

Thomas Jolly parvient à rendre la folie de cette histoire, sans décors sophistiqués, mais en ne ménageant pas les effets de lumière, souvent très réussis, ni la grandiloquence du son. Utilisant des titres de la musique la plus contemporaine et des extraits de comédie musicale, il télescope hardiment les époques pour mieux souligner l’actualité mutatis mutandis du propos shakespearien. Le public jeune, très nombreux dans la salle, semble, lui, prendre ces signes pour de la connivence et réagit instantanément. La mise en scène se fait parfois très picturale, évoquant des scènes de la peinture historique ou mythologique comme le Ecce homo. Cependant, toutes les ressources de la lumière et du son utilisées pour dramatiser la bataille de Saint-Albans (1461), au cours de la guerre des Deux‑Roses, n’empêchent pas qu’elle donne l’impression de se traîner en longueur. C’est l’un des très rares passages où l’attention du public semble faiblir.

Au total, sur le plan du sens et peut-être aussi de la réussite scénique, ce troisième épisode nous semble le moins abouti. Il déchaîne cependant l’enthousiasme de la plupart des spectateurs, notamment les plus jeunes qui manifestent bruyamment leur approbation, allant jusqu’à se lancer dans quelques olas. On a vu aussi l’excellente Manon Thorel, dans le rôle du rhapsode dont elle a composé le texte, susciter des réactions ordinairement réservées aux étoiles de la pop.

Les comédiens, dans une grande salle comme Vilar, auraient gagné à être un peu secondés vocalement par la technique : certains peinaient vraiment à se faire entendre vers la fin. Cette représentation en continu représente une vraie performance physique pour les acteurs (et un peu pour les spectateurs aussi…). Mais le grand mérite de Thomas Jolly et de ses interprètes est d’avoir fait de cette œuvre fleuve et parfois aride une grande fête populaire du théâtre. Il suffisait pour s’en convaincre de regarder et d’écouter, aux entractes et à la fin, les neuf cents spectateurs de cette édition au long cours. 

Jean-François Picaut


* Nous avons assisté à la séance qui présentait les trois épisodes.


Festival Mettre en scène, 17e édition

Du 4 au 27 novembre 2013 à Quimper, Lannion, Vannes, Brest, Lorient, Saint-Brieuc et Rennes-Métropole

Henry VI, de William Shakespeare

Traduction : Line Cottegnies

Mise en scène et scénographie : Thomas Jolly

Cycles 1, 2 et 3

Avec : Johann Abiola, Jean Alibert, Damien Avice, Bruno Bayeux, Alexandre Dain, Geoffrey Carey, Éric Challier, Flora Diguet, Émeline Frémont, Damien Gabriac, Thomas Germaine, Thomas Jolly, Pier Lamandé, Martin Legros, Julie Lerat‑Gersant, Charline Porrone, Jean‑Marc Talbot, Manon Thorel

Théâtre national de Bretagne • salle Vilar • 1, rue Saint-Hélier • 35000 Rennes

Réservations : 02 99 31 12 31

www.t-n-b.fr

Du 5 au 7 novembre 2013 à 19 h 30 (un épisode chaque soir)

Le samedi 9 novembre 2013 à 11 heures (intégrale)

Durée : 13 heures avec entractes pour l’intégrale

Réservations : 02 99 31 12 31

20 € | 12 € | 7,50 € et abonnements

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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