Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 16:19

« Harper Reagan » : l’exact rapport à l’être


Par Fatima Miloudi

Les Trois Coups.com


Tournée du succès pour la pièce de Simon Stephens, mise en scène par Lukas Hemleb. Après une création à Amiens et des débuts au Théâtre du Rond-Point, « Harper Regan » continue un sans-fautes. Tout y est d’une extrême justesse. La scénographie, dans son esthétique des lignes, annonce la sobriété du jeu. C’est un parcours tout en sensibilité dans l’intimité des vies par un casting au savoir-être maîtrisé.

harper-regan2 maison-de-la-cultute-damiens-615

« Harper Regan » | © maison de la culture d’Amiens

Harper Regan est une femme de quarante et un ans. Une femme moderne qui, jusque-là, s’est imposée sur tous les fronts. Cependant, la première scène annonce le début d’une déflagration. Son patron, Elwood Barnes, maître du harcèlement, soufflant le chaud et le froid, la retient dans l’espace vitré du bureau pour lui refuser le simple droit humain d’aller visiter son père mourant. Enfermée comme dans un aquarium, avec toutes les contraintes de la vie qui l’obligent à céder aux autres, à son patron, mais aussi à sa famille dont elle est le soutien financier, elle décide, néanmoins, de partir sans se justifier et sans rien dire. Juste partir pour revoir celui qu’elle n’a pas vu depuis deux ans et qu’elle idolâtre : son père. Mais, quand elle arrive, il est trop tard. Trop tard même pour le voir mort. C’en est fini d’un pan de sa vie. Cependant, ce que la pièce nous apprend surtout, c’est qu’il était temps, temps de sortir de l’enfance, du secret et du mensonge.

Faites tourner le plateau !

Sur un plateau tournant, une structure métallique, sur laquelle coulissent des portes en Plexiglas, permet de faire émerger tous les lieux narratifs. Le défilement du temps – deux jours dans l’histoire – est figuré par le changement d’angle de vue sur la structure mouvante. Lors des noirs, où s’opère une modification de l’espace-temps, une bande-son urbaine laisse entendre bruits de circulation, bruits de talons aiguilles résonnant sur la chaussée, etc. Le temps paraît alors à la fois étrangement réel et distendu. Harper Regan semble errer, lors de son séjour à Manchester, dans un hors-temps. Là se fait la découverte de soi. La voici, d’abord, dans un bar où, lasse de se faire agresser par un journaliste aviné, elle lui brise un verre sur le crâne. Cela sonne comme une première victoire. La voilà, ensuite, dans une chambre d’hôtel avec un internaute de passage où elle laissera jaillir le secret qui la ronge. Enfin, c’est le retour chez sa mère, la confrontation au réel où, malgré la colère, il lui faudra affronter ce qui est et découvrir la face cachée de son père. Le décor est à l’image de l’intériorité de Harper : une même structure, un même être, mais le point de vue change tout. Ne dit-elle pas de la culpabilité qu’elle vient du fait «  que l’on a des idées des choses que l’on croit vraies » ? Faites tourner le plateau !

Le personnage éponyme conquiert la liberté de dire sans mauvaise conscience, afin que les rapports humains – de la mère et de la fille, de la femme et du mari – soient justes sans aucun reniement de soi. Et la dernière scène, dans la lumière apaisée du matin, dans l’espace ouvert du jardin, semble comme un renouveau où chacun peut trouver une place que la parole vraie a permise. Et l’on comprend, dans la recherche de l’exact rapport à l’être, le choix scénographique d’une recherche calculée des déplacements et des poses prolongées, pour accéder à une plus grande et plus juste sensibilité. Il est clair que Marina Foïs excelle dans ce registre. Elle est, d’ailleurs, entourée de comédiens de haute tenue. À commencer par Gérard Desarthe à la triple figure : tantôt patron sans-gêne, tantôt amant impatient mais courtois, tantôt mari d’une vulgarité sans pareille. C’est aussi Louis Do de Lencquesaing dans les rôles du mari aux désirs troubles ou dans celui du journaliste des bas-fonds. Il serait bien trop long de faire les louanges de chacun. C’était vraiment une belle pièce. Que Harper Regan continue de tourner ! 

Fatima Miloudi


Harper Regan, de Simon Stephens

Traduction : Dominique Hollier

Mise en scène : Lukas Hemleb

Assistante à la mise en scène : Charlotte Lagrange

Avec : Caroline Chaniolleau, Gérard Desarthe, Marina Foïs, Alice de Lencquesaing, Louis-Do de Lencquesaing, Pierre Moure

Scénographie : Csaba Antal

Costumes : Gerhard Gollnhofer

Lumières : Csaba Antal, Lukas Hemleb

Son : Jean-Louis Imbert

Maquillage : Élise Kobisch-Miana

Spectacle créé à la maison de la Culture d’Amiens du 10 au 14 janvier 2011 puis au Théâtre du Rond-Point du 19 janvier au 19 février 2011

Production : maison de la Culture d’Amiens/centre de création et de production

Coproduction : Théâtre du Rond-Point/Le Rond-Point des tournées, maison de la Culture de Bourges, Théâtre des 13-Vents-Montpellier avec la participation du Théâtre national

Théâtre des 13-Vents • domaine de Grammont • CS 69060

• 34965 Montpellier cedex 2

Réservations : 04 67 99 25 00

http://www.theatre-13vents.com/Accueil/

Du mardi 22 février 2011 au jeudi 24 février 2011 à 19 heures, vendredi 25 et samedi 26 février 2011 à 20 h 45

Durée : 2 h 10

24 € | 16 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher