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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
En direct d’Avignon
Le combat d’un marionnettiste chinois
Yeung Faï propose un spectacle très personnel dans lequel il met en scène sa propre histoire.
« Hand Stories » | © Mario Del Curto
L’art de Yeung Faï, c’est la marionnette. Un art, que dis-je, une passion, qu’il a dans le sang, dans les doigts et même sur le dos : bouffant de la vache enragée à New York, Faï se trimbale avec une pancarte « 5 generation pupeteer » (« marionnettiste depuis 5 générations »). C’est donc sa propre histoire et celle de son illustre famille que l’ultime rejeton de la dynastie choisit de raconter. Il mêle des épisodes de la vie de ses aïeux, des numéros de marionnettes traditionnels et le récit de son propre parcours. Mais vous vous mourez de curiosité : de quelles marionnettes parlons-nous ? De marionnettes à gaine, of course. Celles de la grande tradition chinoise, millénaire. C’est tout cela que Yeung Faï aborde dans son spectacle : comment être l’héritier d’une tradition si ancienne, portée si haut par sa famille ? Et cette autre question : comment comprendre et vivre avec les traumatismes passés ?
Car la vie n’a pas été un long fleuve tranquille pour ces artistes. Les plus belles scènes du spectacle sont celles qui évoquent la répression qui s’abat sur le père de Faï. Revêtu d’une immense coiffe et d’un écriteau infâmants, cette pauvre figurine (une trentaine de centimètres sous la toise) est absolument poignante. Yeung Faï parvient ainsi à porter très haut le degré d’expression de ses marionnettes, qu’il crée lui-même. Il y en a en fait deux types : d’une part, celles qui racontent l’histoire des cinq générations, réalistes, sévères ; et les autres, qui ne représentent personne en particulier, et servent à divertir. Il faut voir ces petits personnages bondir, se défier, se taper dessus, employer mille ruses pour casser la gueule à leur adversaire, nettement mieux que dans n’importe quelle émission de catch de la T.N.T. Et tout cela, grâce à l’invraisemblable dextérité de Yeung Faï, qui vous sidérera à coup sûr par l’échauffement drastique qu’il inflige à ses doigts dans les premières minutes du spectacle.
Mais, plus que du grand spectacle, Hand Stories fait naître un univers visuel et sonore souvent magique. Symbole de la répression des années Mao, un affreux serpent envahit parfois l’espace, subtilement manipulé par Yoann Pencolé. Avec de beaux éclairages et une bonne pincée de fumée, c’est vraiment de toute beauté. À l’inverse, le programme est mensonger, qui annonce « théâtre sans paroles », car il faudra vous enquiller un long passage en anglais – simple, tout de même – dans lequel un ange se met à chanter du Queen. Passage un peu longuet, d’ailleurs. Mais allez découvrir ce spectacle atypique, et soutenez ainsi l’entreprise de Yeung Faï : faire perdurer son art. ¶
Céline Doukhan
Les Trois Coups
Hand Stories, de Yeung Faï
Scénographie, marionnettes, conception : Yeung Faï
Jeu, manipulation : Yeung Faï, Yoann Pencolé
Musique : Colin Offord
Conception vidéo : Yilan Yeh
Assistanat : Yoann Pencolé
Lumière : Christophe Kehrli
Regard extérieur : Pauline Thimonnier
Conseiller artistique : Thierry Tordjmann
Théâtre du Chêne-Noir • 8 bis, rue Sainte-Catherine • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 82 40 57
Du 7 au 29 juillet 2011 à 11 h 30
Durée : 1 h 15
20 € | 14 € | 8 €
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