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10 novembre 2010 3 10 /11 /novembre /2010 20:42

Shakespeare à l’ère numérique


Par Aurore Krol

Les Trois Coups.com


Certains thèmes traversent invariablement le travail de David Bobée : ton monochrome du plateau, musique sombrement électro, gens de cirque et apparitions décalées sont le lot de bon nombre de ses spectacles. Cet « Hamlet » ne déroge pas à la règle. Abordable sans être privée de sa complexité, l’intrigue évolue dans une atmosphère moribonde digne d’un film d’anticipation.

hamlet-rictus

« Hamlet » | © Rictus

Associant mythes populaires de l’époque élisabéthaine et références issues de la société actuelle, David Bobée puise aussi bien dans les comics que dans une cinématographie très populaire. De Batman à Dark Vador, les figures de personnages masqués apparaissent presque comme des images subliminales, sans pour autant sembler absurdes tant la pièce se colore d’ambiances pré ou postapocalyptiques.

Cette mise en scène très contemporaine, flirtant du côté des arts numériques, utilise évidemment une nouvelle traduction. Il s’agit de celle de Pascal Collin, également acteur dans le spectacle. Si cette réécriture propulse violemment le langage dans un style actuel, elle n’égratigne pour autant ni l’esprit du texte ni le style shakespearien.

Hamlet est un ado en T-shirt, au front buté, au verbe excessif et à la voix cassée. Bloqué par ses doutes, il contemple du haut de sa folie ce monde gangréné. Il se réfugie dans l’escalade d’un mât d’acrobatie, se donnant ainsi la prestance qui lui fait défaut dans l’espace des humains, sur le plateau.

Le spectacle comprend son lot de putride

Hyper esthétisé, très plastique, le spectacle ne procède pas pour autant de la joliesse. Il comprend son lot de putride, à commencer par les cadavres, dont on n’oublie jamais vraiment la présence. Le sol se recouvre progressivement d’eau, devient objet réflexif aux éclats métalliques, propice à la folie.

Dans cet espace tout autant clinique que mortuaire, on retrouve des comédiens compagnons de longue date du metteur en scène. Ainsi de Clarisse Texier, dont le phrasé et le talent déclamatoire font mouche avec toujours autant de subtilité. Ou encore d’Abigaïl Green, Ophélie au jeu burtonnien dans la scène de basculement vers la démence et la mort.

Ici, le comique et le tragique cohabitent joyeusement. Les moments les plus attendus sont représentés à contre-courant – « être ou ne pas être… » en voix off, « scène du crâne » réduite et fantôme sur écran vidéo –, et la pièce est plus politique que jamais. Dès instants de grâce surviennent néanmoins malgré une trame essentiellement nihiliste : on pense en particulier aux scènes oniriques du Roi et de la Reine de comédie.

Quatorze acteurs grandioses et convaincants pour une œuvre monument, mais sans aucun chatoiement ; un ballet tragique d’où toute chaleur aurait fui, mais dans lequel subsiste une poésie désenchantée. Un Hamlet qui a la gueule de notre époque… 

Aurore Krol


Hamlet, de William Shakespeare

Compagnie Rictus

Mise en scène et scénographie : David Bobée

Nouvelle traduction : Pascal Collin (éd. Théâtrales)

Avec : Pierre Cartonnet (Hamlet), Murielle Colvez (Gertrude), Jérôme Bidaux (Claudius), Clarisse Texier (Rozencrantz), DeLaVallet Bidiefono N’Kouka (Guildenstern), Mourad Boudaoud (Osric), Pascal Collin (Polonius), Abigaïl Green (Ophélie), James Joint (Laërte), Arnaud Chéron (Horatio), Disin Stack (Fortinbras), Malone Jude Bayimissa (le Fossoyeur), Clément Delliaux (le Roi de comédie), Caroline Leman (la Reine de comédie)

Chorégraphie : David Bobée, DeLaVallet Bidiefono N’Kouka

Collaboration artistique-création lumière : Stéphane Babi Aubert

Création musique : Frédéric Deslias

Création vidéo : José Gherrak

Création costumes : Marie Meyer

Décor : Salem ben-Belkacem – Ateliers Akelnom

Direction technique : Thomas Turpin

Réalisation du cadavre : Sylvie Ferry, Muriel Nicolle

Réglage des combats : Arman Vossougui

Logistique : Sophie Colleu

Assistanat à la mise en scène : David Guilet

Production : Groupe Rictus/David Bobée

Coproduction : Les Subsistances/Lyon – scène nationale du Petit-Quevilly/Mont-Saint-Aignan – L’Hippodrome, scène nationale de Douai – la Maison des arts et de la culture de Créteil – Scène nationale 61, Alançon-Flers-Mortagne-au-Perche – Ville de Saint-Quentin (Picardie) – Le Manège, scène nationale de Maubeuge (résidence création vidéo)

Soutien : Centre chorégraphique de Caen, Basse-Normandie – Compagnie de l’Oiseau-Mouche, Roubaix – CultureFrance – O.D.I.A. Normandie

La Cie Rictus est conventionnée par le ministère de la Culture et de la Communication, D.R.A.C. de Basse-Normandie, et le conseil régional de Basse-Normandie, est soutenue par le conseil général du Calvados (O.D.A.C.C.) et la ville de Caen

David Bobée et la Cie Rictus sont artistes associés à L’Hippodrome, scène nationale de Douai, et en compagnonnage avec la scène nationale de Petit-Quevilly/Mont-Saint-Aignan

Avec la collaboration de l’équipe technique de L’Hippodrome, scène nationale de Douai

Renseignements, réservations : 03 27 99 66 66

L’Hippodrome, place du Barlet • B.P. 10079 • 59502 Douai cedex

www.hippodromedouai.com

Les 4 et 5 novembre 2010 à 20 heures

Durée : 3 h 10 sans entracte

16 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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