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4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 22:57

Voyage « gyromancié »
au pays des femmes oiseaux


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


La petite boîte à surprises du Théâtre de la Girandole s’ouvre cette semaine pour faire surgir chaque jour les formes surprenantes, effrayantes ou amusantes mais toujours différentes de la marionnette pour adultes. Dans ce cadre (peu cadrant), Roland Shön, étrange conférencier mâtiné d’enjôleur charlatan, invitait, la nuit tombée, à découvrir l’incroyable vérité sur l’art de la gyromance : une conférence « érudito-buissonnière », un conte au long cours, une expérience en tout cas…

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« Gyromances » | © Éric Benard

« Entrez, braves gens, au Théâtre de La Girandole ! Enhardissez-vous, chalands, à attendre, peut-être en vain, que s’ouvre, au fond du couloir, la porte interdite ! » On serait tenté de faire ainsi la retape pour le spectacle de Roland Shön. Car on se croit sur le boulevard du crime tandis que l’ours et le singe, animaux peu sages, tournent une manivelle sur leur passage. Car on remonte aussi le temps jusqu’à l’époque où le cinéma, dans des baraques de foire, déroulait l’écheveau de ses histoires. Vivre une heure de Gyromances consiste à se replonger dans ce monde désormais aboli, celui d’un cabinet de curiosités insaisissables ou du dernier étage de la Cinémathèque avec son bric-à-brac d’objets dépareillés.

Que se passe-t-il une fois que l’on a pénétré dans ce drôle de monde ? Apparemment, on nous narre un conte qui commence en 1442 et nous entraîne dans le sillage d’une caravelle jusqu’en Chine…Mais, en vérité, le voyage est bien plus grand encore. Bien malin qui en déterminerait la latitude et la longitude. Dans le nom du plus célèbre gyromancier, « Mnemo », il y a d’ailleurs à la fois l’idée de mémoire et son abolition (nemo veut dire « personne » en latin). Et dans le nom du premier gyromancier, « Maon », on serait tenté de percevoir le début du mot mensonge. Comme Borgès qui ne parvient pas à trouver dans la première nouvelle de Fictions la trace de la cité d’Uqbar, on ne trouvera donc pas le mot gyromance dans le dictionnaire. Il reste à l’imaginer, à le rêver. Et c’est bien sur ce plan, irréductible au planisphère, que se fait finalement le voyage de Gyromances.

Le récit part en promenade

Le récit ne se suit pas de fil, mais coupe, colle, part en promenade. On pense à un cadavre exquis. D’ailleurs, on ne s’étonnera pas de reconnaître dans la main de Roland Shön un volume de J. Delteil. De plus, en découvrant un à un les tableaux, les objets que brandit malicieusement l’artiste, comme les preuves de son plus grand sérieux, on songera peut-être à ces photographies qu’insère Breton dans ses ouvrages. Les mots, les objets et les images sont alors des totems qui brisent la logique et les tabous. Et voilà que l’on se retrouve bien avant l’homme, ce descendant du singe qui ne sait que descendre. Alors, avant le cinéma, avant le papier de la lointaine Chine, Roland Shön et son musicien font apparaître des signes qu’on imagine d’autant mieux peints sur une paroi qu’ils sont projetés sur un écran immense. Ces signes passant par notre rétine s’inscrivent sur le revers de notre peau, dans les rêves. Il y a, par exemple, des femmes oiseaux, des êtres poissons, figures aussi irréelles que belles. La rotation n’a pas d’axe : ce qui se déroule s’enroulera autant autour du commencement que de la fin.

On peut dire ce que Gyromances n’est pas (seulement) : un concert, une pièce de théâtre, un spectacle de marionnettes. On peut dire ce que Gyromances prétend être : une conférence pour public averti sur l’art de la gyromance avec discours au présent de vérité générale, commentaire fantaisiste d’œuvres d’art et remerciement à une fondation mécène plus qu’improbable. S’il s’agit d’une conférence bien utile puisqu’on y apprend notamment ce qu’est un estourni, un camembert la louche, ou d’où vient l’adresse de Keaton… il est plus difficile d’en conclure ce qu’est la gyromance. Il faut en faire l’expérience. Et c’en est une sensuelle et cocasse. 

Laura Plas


Gyromances, de Roland Shön

Texte, interprétation, peinture du rouleau : Roland Shön

Musique : Jean-Jacques Martial et Roland Shön

Construction : Ludovic Billy

Traduction en latin : Carine Reumeau

Rouleaux de l’exposition : Paul Bonmartel, Drane, Élisabeth Erkel Deleris, Paolo Faber, Marti Folio, Konu, Sylvie Laroche, Bertrand Legros, Michel Mangard, Roland Shön, Pierre Verbraeken

Production : Théâtrenciel

Théâtre de la Girandole • 4, rue Édouard-Vaillant • 93100 Montreuil

Site du théâtre : www.girandole.fr

Réservations : 01 48 70 75 51

Le 31 janvier à 20 h 30

Durée : 1 heure

15 € | 12 € | 8 €

Reprise de Gyromances

Lieu :

Le Grand Parquet • jardins d’Éole, 35 rue d’Aubervilliers • 75018 Paris

Métro : Stalingrad / Riquet / Marx-Dormoy

Du jeudi 29 novembre au dimanche 23 décembre 2012

Jeudi, vendredi, samedi à 21 heures et dimanche à 17 heures

Réservations :

– Théâtre de la Marionnette à Paris : 01 44 64 79 70

www.theatredelamarionnette.com

– Le Grand Parquet : 01 40 05 01 50

www.legrandparquet.net

Texte, interprétation, peinture, objets : Roland Shön

Musique (composition) : Jean-Jacques Martial

Interprétation en direct : Jean-Jacques Martial (guitares et samplers) et Roland Shön (bugle)

Mise en jeu avec la complicité de Jean-Paul Viot

Construction : Ludovic Billy

Lumières : Éric Guilbaud

Traduction en latin : Carine Reumeau

Administration : Hélène Le Gall

Production : Théâtrenciel (Dieppe)

Le Théâtrenciel bénéficie de conventions avec la D.R.A.C. Haute‑Normandie, le conseil régional de Haute‑Normandie et la ville de Dieppe

Remerciements à La Logomotive Théâtre

Tournée 2013 :

– 18 janvier 2013, théâtre Le Passage de Fécamp (76)

– 16 et 17 avril 2013, Théâtre de Bourg-en-Bresse (01)

Circulaires du service des instruments de mesure

Jeudi, vendredi, samedi à 18 h 45 et dimanche à 14 h 45

Texte, interprétation, peinture, objets, vidéos : Roland Shön

Mise en jeu avec la complicité de Jacques Bourgaux et François Small

Bande-son et musique : Jean-Jacques Martial

Construction : Ludovic Billy

Lumières : Claude Couffin

Administration : Hélène Le Gall

Production Théâtrenciel et Le Grand Parquet

Coproduction L’Hectare, scène de Vendôme

Avec l’aide du département de Seine-Maritime, de la ville de Paris, de la région Île‑de‑France, de la mairie du XVIIIe et de l’espace Château-Landon à Paris

Le Théâtrenciel bénéficie de conventions triennales avec la D.R.A.C. Haute‑Normandie, le conseil régional de Haute‑Normandie

Tournée 2013 :

– 4 décembre 2012, Théâtre de l’Arlequin de Morsang-sur-orge (91)

– 15 janvier 2013, théâtre Le Passage de Fécamp (76)

– 1er et 2 février 2013 et du 4 au 9 février 2013, Théâtre de Bourg‑en‑Bresse (01)

– 25, 26, 27, 28 février 2013 et 1er mars 2013, Scène nationale de Dieppe (74)

– 22 mars 2013, L’Hectare de Vendôme (41)

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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