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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
La musique sur le devant de la scène
Voici un spectacle fait pour le Théâtre de la Renaissance, dont la spécificité est de lier ces deux arts : deux grands de la musique, deux magnifiques et mythiques interprètes, médiatiques tous les deux, Glenn Gould et Yehudi Menuhin, mis en scène par deux virtuoses de la scène, Christiane Cohendy et Charles Berling, ce dernier incarnant le pianiste tandis que Ami Flammer, lui‑même violoniste de très haute volée, lui donne la réplique en musique et en paroles.
Charles Berling et Ami Flammer
© R. Aujard-D.R.
Le scénario, l’idée du spectacle, née de l’imagination d’Ami Flammer et Charles Berling, était de rapprocher ces deux artistes, qui professaient l’un pour l’autre un immense respect, de montrer comment chacun a profondément imprimé sa marque dans la conception et la réalisation actuelle de la musique classique. Et aussi de nous faire entendre quelques morceaux choisis – Bach, Schönberg… – et donc de ravir les mélomanes, de mettre en évidence les différences, pour ne pas dire les oppositions, entre les deux hommes.
Car, effectivement, tout oppose Glenn et Menuhin, sauf l’excellence dans l’art. L’un est perfectionniste, solitaire, taiseux : il est paradoxalement incarné par un Charles Berling qui coupe court aux questions en allant s’asseoir au piano pour mimer (évidemment) son rôle. L’autre est exubérant, bavard, et c’est le musicien qui n’est pas acteur qui va avoir la partition parlée la plus longue…
Il est intéressant à ce stade de parler de la mise en scène et de la scénographie. Christian Fenouillat a construit un décor de studio d’enregistrement et multiplie avec un plateau tournant les angles de prises de vue et l’intégration de nombreux extraits vidéo signés Pierre Nouvel. L’ensemble est techniquement d’une grande précision et d’une esthétique très efficace. Glenn Gould eût été satisfait, lui qui n’aimait plus que le studio pour le rendu épuré du son.
Berling et Ami Flammer dans les rôles-titres
Entre ces deux hommes, une jeune comédienne, Aurélie Nazillard, fait le va‑et‑vient sans qu’on sache vraiment quelle est son utilité. Certes, elle incarne les divers personnages féminins, l’épouse de Menuhin par exemple, ou bien la journaliste venue interviewer Glenn Gould. Son talent n’est pas en cause, mais plutôt son rôle dans cette pièce, qui paraît gratuit.
On peut aussi regretter que, finalement, les deux artistes ne se rencontrent jamais vraiment, ce qu’ils firent pourtant dans la vie. L’un après l’autre semble jouer un numéro, certes éblouissant, mais sans que surgisse l’émotion. Il y a dans ce spectacle un rien de désincarné, de froid (sauf en ce qui concerne les envolées d’Ami Flammer). On parle beaucoup, on écoute un peu de musique, mais le spectacle manque de la flamme qui animait les deux grands musiciens. ¶
Trina Mounier
Les Trois Coups
Gould et Menuhin, sur une idée originale d’Ami Flammer
Conception du spectacle : Christiane Cohendy, Ami Flammer, Charles Berling
Dramaturgie et collaboration artistique : Florence Bosson
Mise en scène : Charles Berling et Christiane Cohendy
Interprété par Charles Berling, le violoniste Ami Flammer, Aurélie Nuzillard et Valentin Artus, Stéphane Grand, Guillaume Rouan
Avec l’aimable participation de Jacques Mazeran pour les répétitions
Participation exceptionnelle pour l’enregistrement piano de Jean‑Claude Pennetier et de Daniel Propper sur les Variations Goldberg
Scénographie : Christian Fenouillat
Créateur vidéo : Pierre Nouvel
Créateur lumières : Bertrand Couderc
Créateur son : Jean-Damien Ratel
Créateur costumes : Mirna Rossi
Assistante à la mise en scène : Léa Ortelli
Traduction : Marie Boisson, Elana Lachaud‑Volk, Marie‑Claude Machon‑Honoré et Léa Ortelli
Remerciements particuliers à Bruno Monsaingeon et à René Bouchara
Production Théâtre Liberté à Toulon
Coproduction Théâtre national de Marseille-La Criée
Théâtre de la Renaissance • 7, rue Orsel • 69600 Oullins
http://www.theatrelarenaissance.com/
04 72 39 74 91
Les 9, 10 et 11 octobre 2012 à 20 heures
De 25 € à 17 €
« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
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