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18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 19:02

Beauté froide


Par Élise Ternat

Les Trois Coups.com


Premier évènement marquant de la saison aux Nouvelles Subsistances, le week-end ça trace, avec son lot de performances et de spectacles en tout genre durant trois jours. Parmi un programme aussi pléthorique qu’attractif figure la très attendue performance de l’étonnant Steven Cohen, « Golgotha », précédemment annulée puis reportée.

Le terme Golgotha a pour origine le mot araméen gulgota, qui signifie « crâne », et fait également référence à la colline à l’extérieur de Jérusalem sur laquelle les Romains crucifiaient les condamnés. C’est à tous ces signifiants que semble renvoyer la performance de Steven Cohen, forme de cérémonie païenne en hommage à son frère défunt considéré par l’artiste comme « suicidé économique ».

Sous l’immense verrière des Subsistances, c’est tout d’abord l’écran du fond de scène qui attire l’œil avec la projection en gros plan du scintillant tutu du performeur, véritable pièce d’orfèvrerie baroque. C’est également l’occasion pour le public de découvrir au passage certaines parties anatomiques du danseur au look de drag queen. Steven Cohen va plus loin encore et se définit lui-même comme un « monstre juif homosexuel », véritable point d’ancrage du travail qu’il effectue avec pour outil principal son propre corps. Sur scène, des bustes et tenues faits d’ossements s’éclairent peu à peu. Un immense crucifix disposé dans une des diagonales du plateau consiste en un assemblage de miroirs, de plaques mortuaires et autres fleurs en céramique colorée. Sur un autre des versants, on distingue un appareil semblable à une machine de torture. Tous ces éléments participent à un décorum artistique étonnant.

Au-delà de son esthétique, la performance Golgotha consiste en une succession de passages filmés entrecoupés d’interventions du performeur, qui revêt des tenues toujours plus extravagantes. Toute une série de mouvements lents et précis alternent avec jeux d’ombre et passages violents exécutés par Steven Cohen, qui apparaît tantôt tel une danseuse transgenre, tantôt costumé en cosmonaute. Son visage, sorte de masque composé d’ailes de papillons, demeure fardé à outrance. Sur l’écran, les chiffres de la Bourse défilent sans cesse tout en donnant l’illusion de leur chute, en alternance avec les déambulations du danseur dans les rues de New York, affublé de ses chaussures aux semelles en crânes humains. Ces invraisemblables déplacements se font pourtant dans l’indifférence la plus totale des passants d’un monde où tout s’achète et se vend sans l’ombre d’une considération éthique. Tel est un des axes du discours critique du chorégraphe, qui n’épargne pas au passage la politique américaine menée en direction d’Israël.

Pourtant, cette performance, qui se veut forte et intense avec les douloureux sujets qu’elle aborde, est surtout remarquable pour sa capacité à bercer le public, porté par une esthétique sidérante. Golgotha apparaît finalement telle une œuvre ultra-esthétisée, faite de métaphores muettes dont la beauté froide et fade éloignent le public d’un discours parfois difficile à cerner. Et, loin d’une cérémonie qui mettrait ses disciples en transe, cette performance revêt finalement les contours d’une messe anesthésiante. 

Élise Ternat


Golgotha, de Steven Cohen

Concept et interprétation : Steven Cohen

Vidéo : Steven Cohen, Marianne Greber, Joshua Thorson et Jonas Pariente

Montage : Samuel Doux, Christophe Deraie et Steven Cohen

Création lumière : Éric Houllier

Créations costumes : Steven Cohen

Scénographie : Steven Cohen

Production associée vidéo : Agathe Berman – Les Films d’ici

Photos : Marianne Greber

Les Nouvelles Subsistances • 8 bis, quai Saint-Vincent • 69001 Lyon

www.les-subs.com

Réservations : 04 78 39 10 02

Le vendredi 9 octobre 2009 à 23 heures et le samedi 10 octobre 2009 à 23 h 15 dans le cadre du week-end Ça trace

Durée : 50 minutes

5 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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