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6 novembre 2009 5 06 /11 /novembre /2009 22:51

Une provocation magnétique


Par Ingrid Gasparini

Les Trois Coups.com


Zone de turbulences à Beaubourg. Le sulfureux Steven Cohen nous présente sa dernière création, « Golgotha ». Une performance solo en forme de vanité, qui réintroduit la mort dans le champ poétique. Son style unique et « barré » superpose danses et vidéos, fétichisme et images pieuses dans une chorégraphie flamboyante et magnétique.

D’abord, il y a ce magnifique personnage que s’est créé Steven Cohen. Ce double fictif semble hésiter entre la poésie du clown et l’extravagance de la drag-queen. En un paradoxe somptueux, il convoque anges et démons dans un même corps. Son maquillage outrancier fait presque figure de masque. Ses cils, interminables, sont prolongés par des ailes de papillon, et sa bouche fardée de noir évoque le sourire figé des geishas. Du haut de ses talons hypertrophiés, le plasticien, moulé dans des bustiers rococo, se livre à l’assistance. Il déambule lentement et toise son public avec un mélange de soumission et d’insistance.

L’art de Steven Cohen relève presque de l’hypnose. Cet état de grâce se prolonge dans chaque geste avec une lenteur infinie. La seule empreinte de ses mains caressant un écran de latex sous-éclairé fascine. Sur les vieux airs d’un Gramophone, il parade pudiquement, la démarche entravée par des « platform shoes » qui évoquent les sabots d’un Centaure. En funambule kamikaze, il explore les limites de l’équilibre.

« Golgotha » | © Marianne Greber

Une vidéo projetée en fond de scène présente alors une de ses performances tournée à New York. Même maquillage de Pierrot, costume sombre de yuppie avec aux pieds, détail de taille, des talons aiguilles posés sur de vrais crânes. Un montage morcelé montre à ce moment les étalages d’une boutique chic de Soho où on acquiert des ossements humains contre argent comptant. S’ensuit une ballade surréaliste de cet ange funeste dans les quartiers d’affaires de Manhattan. Aux plans serrés des crânes flottant sur l’horizon répond la quasi-indifférence des passants. Les indices financiers défilent.

Cette approche frontale du sujet, parfois très appuyée, est tout à fait assumée. Steven Cohen ne fait pas dans la subtilité. Il cherche une forme décapante capable de contourner les blocages de chacun. Qu’il évoque l’amoralité du commerce ou le suicide de son frère, il ne pose aucune limite au traitement de son sujet. Il va même jusqu’à simuler une pendaison en utilisant des accessoires SM sur fond d’écran irradié. Et, bizarrement dans ce paroxysme de l’exhibition, se niche un silence, une pudeur.

Cette plongée dans les recoins sombre de l’intime, il la joue. Vêtu d’un scaphandre et accablé de bottes de plomb, il traverse le plateau pour rejoindre un gigantesque crucifix composé de porcelaines kitsch. Le micro embarqué sous le scaphandre amplifie les respirations rauques du performeur. Un sentiment de claustrophobie s’impose alors, et le malaise est tangible. Mais l’acte de destruction qui s’ensuit a quelque chose de libérateur. Et, après cinquante minutes d’une immersion totale et consentie, on respire enfin. 

Ingrid Gasparini


Golgotha, de Steven Cohen

Dans le cadre du Festival d’automne à Paris

www.festival-automne.com

Concept et interprétation : Steven Cohen

Photos : Marianne Greber

Vidéo : Steven Cohen, Marianne Greber, Joshua Thorsonn et Jonas Pariente

Montage : Samuel Doux, Christophe Leraie et Steven Cohen

Lumière : Érik Houllier

Costumes : Steven Cohen

Régisseur video : Cyril Leclerc

Scénographie : Steven Cohen

Production associée vidéos : Agathe Berman-Les Films d’ici, et avec la participation du Fresnoy-Studio national des arts contemporains

Production : Steven Cohen

Production déléguée : Latitudes Prod. (Lille)

Coproduction : Les Subsistances, Festival d’automne à Paris, Les Spectacles vivants-Centre Pompidou, Ballet atlantique-Régine Chopinot, Les Halles (Bruxelles), le Centre chorégraphique national de Montpellier-Languedoc-Roussillon

Avec le soutien du département Afrique et Caraïbes et de culturesfrance-ministère des Affaires étrangères

Centre Pompidou • place Georges-Pompidou • 75004 Paris

http://www.centrepompidou.fr/

Réservations : 01 44 78 12 33

Du 4 au 7 novembre 2008 à 20 h 30

Durée : 50 minutes

14 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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