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24 septembre 2014 3 24 /09 /septembre /2014 22:11

Gérard Violette nous a quittés


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Les Trois Coups.com


Emmanuel Demarcy-Mota, directeur, et toute l’équipe du Théâtre de la Ville ont la profonde tristesse de vous faire part du décès de Gérard Violette survenu le 24 septembre 2014.

Pendant quarante ans, Gérard Violette a œuvré sans relâche pour faire du Théâtre de la Ville, une maison d’art pluridisciplinaire incontournable à Paris, en France et dans le monde.

De 1968 à 1985, il a été administrateur général aux côtés de Jean Mercure. Il participe à l’ouverture du Théâtre de la Ville, où il contribue au développement d’un projet artistique et culturel innovant.

Nommé directeur en 1985, il n’a eu de cesse de privilégier la création, révéler de nouveaux talents et accompagner de manière exceptionnelle des artistes du monde entier, chorégraphes, metteurs en scène, musiciens, en ayant le souci constant des publics.

Nous tenons à saluer et à remercier Gérard Violette, visionnaire engagé, homme attentif et passionné, bâtisseur toujours proche des artistes et de son équipe, ardent militant du service public, véritable novateur sans lequel la vie culturelle parisienne ne serait sans doute pas ce qu’elle est aujourd’hui.

De Sciences-Po au Théâtre de la Ville

Études : droit et Institut des sciences techniques et humaines.

1957-1959 : Institut d’études politiques de Paris, diplômé de la section économique et financière.

1962-1967 : Fondé de pouvoir à l’Union immobilière et financière.

Remarqué par Jacques Frances, président de la Banque de Suez et de l’Union des mines, lors d’un conseil d’administration, pour son indépendance de ton et de comportement.

Il commence à travailler à l’élaboration d’un bureau d’études dans le spectacle avec Michel Bidou, qui assume la direction des divers organismes sociaux du spectacle (Capricas, Canras, Congés spectacles).

1968-1985 : administrateur général du Théâtre de la Ville

En 1967, Jean Mercure l’invite à participer à ses côtés à la fondation d’un théâtre municipal populaire dans l’ancien Théâtre Sarah‑Bernhardt.

Il devient administrateur général et s’engage dans le développement du projet artistique et culturel du Théâtre de la Ville.

1985 : directeur du Théâtre de la Ville

Le 4 juillet 1984, Jacques Chirac nomme Gérard Violette à la direction du Théâtre de la Ville.

« En plein accord avec moi, Gérard Violette maintiendra cette diversité des genres qui a tant contribué à la renommée du Théâtre de la Ville […] La nomination de Gérard Violette, homme pleinement indépendant, qui connaît et aime le théâtre, signifie avant tout qu’il doit aller de l’avant sur ce chemin. Je lui souhaite pleine réussite. »

Aucun des axes fondateurs à vocation populaire n’est en effet abandonné, même si Gérard Violette y apporte parfois des modifications pour les adapter au nouveau paysage culturel parisien.

En 1992, à l’aube de la 25e saison, Gérard Violette rappelait dans son éditorial ce qu’est le Théâtre de la Ville :

« Une identité forte, forgée au fil des saisons, en luttant contre toutes les frontières, y compris et surtout celles des genres, en conjuguant au-delà d’une simple programmation l’audace, les passions assumées, la continuité des choix ; en privilégiant la création, la découverte, l’affirmation des talents nouveaux, en luttant pour conquérir de nouveaux publics et pour faire bouger leurs goûts, en s’investissant profondément dans la vie culturelle nationale et internationale, et en jouant un rôle de stimulant de la vie culturelle parisienne qui doit être celui d’une institution financée exclusivement par la Ville de Paris ».

1996 : ouverture des Abbesses

La Mairie de Paris confie au Théâtre de la Ville « Les Abbesses », un nouveau théâtre de 420 places, situé sur la butte Montmartre.

Deux théâtres pour une seule et même politique, tel est l’esprit dans lequel Gérard Violette en prend la direction.

18 novembre 1996 : ouverture des Abbesses.

Juin 2008 : Gérard Violette quitte le Théâtre de la Ville

Les grandes lignes d’un projet

Théâtre

Gérard Violette a toujours articulé la politique théâtrale autour de créateurs de différentes générations, Georges Lavaudant, Jean‑Paul Wenzel, Jacques Nichet, Alain Françon, Matthias Langhoff, Omar Porras, Emmanuel Demarcy‑Mota, Thierry de Perreti… Il l’a ancrée dans la réalité d’aujourd’hui en accordant une place de plus en plus grande aux auteurs contemporains : Agota Kristof, Bernard‑Marie Koltès, Jan Lauwers, Edward Bond, Jean‑Luc Lagarce…

Danse

Gérard Violette a toujours mené une action en profondeur au service de la création chorégraphique. Il soutient la création des jeunes chorégraphes français et étrangers qu’il découvre aux quatre coins du globe. Le Théâtre de la Ville est devenu l’une des scènes françaises les plus importantes de l’art chorégraphique.

La liste des talents révélés est impressionnante : de Josef Nadj, Angelin Preljocaj, Catherine Diverrès à Anne Teresa De Keersmaeker en passant par Sankai Juku, Jan Fabre, Wim Vandekeybus, Alain Platel, Meg Stuart, Claude Brumachon, Mathilde Monnier, Maguy Marin… Sans oublier Mats Ek, Sasha Waltz, Sidi Larbi Cherkaoui, Emio Greco, Akram Khan… et Pina Bausch, dont le Tanztheater Wuppertal revient chaque année depuis 1979.

Gérard Violette a toujours considéré comme « indispensables les danseurs, les chorégraphes jeunes et moins jeunes, qui s’interrogent, interrogent le corps, la représentation, leur statut, les règles du jeu, contestent, revendiquent, cherchent… trouvent parfois ».

Chanson et musiques du monde

Le Théâtre de la Ville est devenu le lieu privilégié de rencontres musicales de tous horizons. Chaque saison, Gérard Violette a programmé de grandes voix populaires et des musiciens des cinq continents : de Mory Kante, Youssou N’Dour à Paolo Conte, Maurane, Madredeus, Jean Guidoni, Cesaria Evora, Juliette, Cristina Branco… des voix au croisement de la tradition et de la modernité comme celles d’Angélique Ionatos, d’I Muvrini…

Face au monde, Gérard Violette veut « approfondir certaines musiques, bien vivantes », qawwali du Pakistan, radif d’Iran, fado du Portugal, chant khyal et chant dhrupad d’Inde, maqâm d’Irak, mugham d’Azerbaïdjan, autant de formes musicales représentées. Des voix du monde entier se font entendre : Nusrat Fateh Ali Khan du Pakistan, Mohammad Shadjarian et Sharam Nazeri d’Iran, Sheikh Hamza Chakour de Syrie, Alim Qasimov d’Azerbaïdjan, Shruti Sadolikar et Pandit Jasraj d’Inde du Nord… ainsi que de fabuleux maîtres vituoses de leurs instruments : le ney de Mohamad Musavi, la veena de Ranganayaki Rajagopalan, le sarod d’Ali Akbar Khan, le santour de Shivkumar Sharma, le tabla de Zakir Hussain, le violon de Subramaniam, la flûte bansuri de Chaurasia…

Musique

Dans ce domaine, l’image du Théâtre de la Ville est multiple : instrumentistes baroques et modernes alternent tour à tour ; Anner Bylsma succède à János Starker, Fabio Biondi à Gidon Kremer, Gustav Leonhardt à Elisabeth Chojnacka, Andreas Staier à Nelson Freire.

Une attention toute particulière est accordée aux jeunes interprètes : des formules comme « trois concerts en un » présentant en une fois ceux qui sont devenus les grands d’aujourd’hui tels Juan Manuel Quintana, Andreas Scholl, Ronald Van Spaendonck, Marc Coppey, Piotr Anderszewski, Alexandar Madzar…

« D’autres musiques » (Michael Nyman, John Hassel, Glenn Branca…) et fidélité au Kronos Quartet et à Bang on a can all-stars qui en font sa spécificité.

Nom : Violette

Prénoms : Gérard, Gaston, Jacques

Date et lieu de naissance : né le 18 novembre 1936 à Neuilly-sur-Seine

État civil : marié, trois enfants

Nationalité : française

Décorations :

• Chevalier de la Légion d’honneur

• Chevalier de l’ordre des Arts et Lettres

• Officier de l’ordre national du Mérite

• Médaille Grand Vermeil de la Ville de Paris

Paris et le Théâtre de la ville

Le 25 janvier 2008, dans les salons de l’hôtel de ville, Bertrand Delanoë, maire de Paris, a remis à Gérard Violette, directeur du Théâtre de la Ville, la médaille Grand Vermeil de la Ville de Paris, devant 400 personnes et personnalités de la vie culturelle française et européenne. (EXTRAITS.)

« On dit souvent qu’il y a des directeurs de théâtre qui ne sont pas des artistes, moi je pense qu’il y a un art de diriger un théâtre et que Gérard Violette est vraiment un immense artiste de la direction d’un théâtre. »

« Gérard Violette est un artiste et vous savez bien que ses décennies au Théâtre de la Ville ont été exceptionnelles pour ce théâtre, pour Paris, pour la culture, et pour ce qu’est Paris dans le monde. Gérard l’a fait avec une ambition immense pour Paris et pour la culture : chercher à avoir les meilleurs ; chercher à mettre en valeur les auteurs contemporains ; faire le pari de la diversité des arts qui trouvent leur place dans un théâtre, tous les arts. »

« Je veux aussi vous saluer chaleureusement pour ce que vous avez osé. Il y a tant et tant de passionnés de la culture du beau, ici, que nous savons bien que le conformisme, l’immobilisme, sont précisément nos ennemis. Nous sommes des amoureux du beau, de ce qui naît, et il faut des Gérard Violette pour nous mettre en situation de découvrir. Gérard s’est mis en danger. Il a été parfois critiqué, et alors ? Dans ce métier-là, si on n’est pas critiqué, c’est extrêmement inquiétant. Car alors, où est l’audace ? la prise de risques ? »

« La gratitude de Paris, l’admiration de Paris, l’affection de Paris et – si je puis me permettre, c’est un mot qui me vient de mes parents et que j’aime tellement mais que je n’emploie pas souvent – si je vous remets cette médaille Grand Vermeil de la Ville de Paris, c’est parce que, et je vous le dis au présent, vous faites honneur à Paris. »

Les Trois Coups

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Publié par Les Trois Coups - dans Île-de-France | 2014-2015
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