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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
« Giselle » ou le maléfice de la danse
Toute œuvre classique revisitée suppose, loin de la servile imitation, qui n’est plus de mise – si jamais elle l’a été –, un jeu et un écart avec les codes. Gary Stewart, le chorégraphe de l’Australian Dance Theatre, semble exceller dans ce genre et, après « Birdbrain », sa relecture déconstructive du « Lac des cygnes », en 2000, il reprend « Giselle », ballet emblématique du romantisme.
On sait d’entrée qu’il ne sera pas question de tutus blancs, légers et vaporeux, ni de corps sublimant la souffrance dans une épure théâtralisée. S’il est une esthétique de la douleur, elle est ancrée dans les chairs. Ici, le spectacle des corps, pris dans un mouvement perpétuel, signale le rapprochement de la danse et de la folie. Plus de narration continue à laquelle se raccrocher. Seulement quelques éléments nécessaires à la compréhension, posés comme des jalons sur un écran : le nom des personnages, réduit à l’initiale, des phrases courtes – légendes ou sous-titrages de l’action –, des mots signalant des thématiques ou des états – B : Subterfuge, aBstinence, Béatitude ; G : Giselle, Gothique, Gonorrhée ; H : Hystérie…). À peine a-t-on le temps de lire. Comme les danseurs, les mots défilent, voulant éviter au spectateur tout support, l’hypnotisant et l’entraînant dans le cycle infernal.
« G » | © Chris Herzfeld
Gary Stewart tronque ou concentre – selon le point de vue – le propos autour des thèmes, chers aux romantiques, de l’amour et de la mort. Il n’y a cependant aucun sentiment d’exaltation, mais l’empreinte certaine du bas monde, digne d’une toile de Bosch ou des patientes de Charcot. À l’instar du chorégraphe Mats Ek et sa Giselle de 1982, il choisit la psychiatrie, ici l’hystérie, comme toile de fond. Quelques attitudes ou objets condensent des éléments de l’histoire : bras croisés, évocateurs de l’amour ; corps qui se jettent sur le sol, signe du désespoir ; épée pointée vers le cœur, annonciatrice de la mort… Des gestes ou des mouvements inscrivent l’œuvre dans une lignée et une modernité : rappel de la position recroquevillée d’Ana Laguna sur le dos d’Albrecht, du port des mains croisées vers l’avant de Noureev, des pointes réservées à Giselle dans la partition chorégraphique originelle… Si le cœur de l’histoire tend à se concentrer sur un érotisme morbide et mortifère, les références chorégraphiques évoquent l’œuvre dans sa longévité.
La captation du spectateur
Afin que le spectateur ne soit plus à distance, tel qu’il peut l’être dans l’atmosphère de beauté évanescente du « ballet blanc », tout concourt à l’entraîner, même contre son gré. La musique électronique de Luke Smiles produit un martèlement d’une puissance cardiaque. Le flux continu des danseurs, comme sur un tapis roulant, de jardin à cour, subjugue le regard. La vélocité et le timing impeccable dans la variation des mouvements ne laissent aucune prise. La grâce associée à la performance athlétique éblouit. Les musculatures découvrent la matérialité des corps. Tout défile devant l’écran de diodes lumineuses à une vitesse vertigineuse jusqu’à la démence. ¶
Fatima Miloudi
Les Trois Coups
G (Giselle)
Chorégraphie : Gary Stewart
Danseurs de l’Australian Danse Theatre
Concept et direction artistique : Gary Stewart
Directrice artistique associée : Elizabeth Old
Assistante à la chorégraphie : Larissa Gowan
Concept du décor : Gary Stewart
Création lumières : Geoff Cobham
Compositeur : Luke Smiles-Motion laboratories
Costumes : Daniel Jaber et Gaelle Mellis
Régie de tournée et direction technique : Paul Cowley
Gestion compagnie : Gabrielle Hornhardt
Coordinateur de production-opérateur de son : Damon Jones
Régie plateau : Lucie Balsamo
Coordinateur technique tournée Europe : Pascal Baxter
Conseillère pour la dramaturgie : Anne Thompson
Photographe : Chris Herzfeld
Création épées : John Coory
Diffusion : Frans Brood Productions
Théâtre de Nîmes • 1, place de la Calade • BP 1463 • 30000 Nîmes cedex 1
Réservations : 04 66 36 65 00
Jeudi 9 décembre 2009 à 19 heures et vendredi 10 décembre à 20 heures
Durée : 1 heure
22 € | 20 € | 13 € | 9 €
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