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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 21:42

La petite boîte à frissons


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


« Froid dans le dos » juxtapose deux contes cruels de Perrault : « le Petit Poucet » et « Barbe-Bleue » et entrelace langue des signes (L.S.F.) et mots ordinaires. L’idée est digne d’intérêt, le résultat n’est pas déplaisant, mais manque d’originalité et de rythme.

theatre2-reduit

© D.R.

Les contes ne vieillissent pas. Fond des bois, marâtres et ogres continuent de faire frissonner de peur et de plaisir au fond des lits. Au programme, ici infanticide et crimes sanglants : catharsis enfantine programmée. Froid dans le dos puise en effet dans deux des contes les plus terrifiants et les plus connus de Perrault en en changeant à peine le contenu. On se trouve loin des réécritures de Joël Pommerat ou Jean-Michel Rabeux. Le spectacle fait preuve de peu d’originalité. C’est un peu dommage, mais au moins les enfants suivent-ils mieux la fable, qu’ils connaissent déjà.

Or, ce n’est pas du luxe, car en mêlant L.S.F. et langue parlée, ou plutôt en les alternant le plus souvent, la pièce ne facilite pas toujours la compréhension. « T’as compris ? » demande un petit derrière. — À peu près », répond mal assuré son copain. L’ouverture en particulier est difficile. Que les uns révisent leur L.S.F. et les autres règlent leurs appareils auditifs… Petit à petit, néanmoins, grâce aux interventions d’une sorte de conteuse, on retrouve le fil. Mais le procédé a son revers : les nombreuses explications gestuelles ou verbales freinent le récit qui perd en fluidité ce qu’il gagne en intelligibilité.

En général, on peut reprocher à la pièce son manque de rythme. Comme se suivent deux récits, on a à peine le temps de vivre l’un que l’on doit passer à l’autre. Les multiples lieux de l’action entraînent des changements de décors nombreux lors de noirs qui saucissonnent un peu l’action. En même temps, cela ne semble pas être une énorme gêne pour les enfants qui en profitent pour commenter.

Si le spectacle présente un intérêt, c’est donc davantage dans son interprétation et dans son esthétique de plateau. D’une part, les trois interprètes savent passer d’un personnage à un autre avec beaucoup de prestance, d’autre part la scénographie et les costumes sont réussis. Ils permettent d’instaurer une ambiance angoissante et de créer des personnages crédibles. Cela suffit-il à faire un grand spectacle ? Peut-être pas, mais on passe un moment sympathique, où on ouvre en famille une petite boîte à frissons. 

Laura Plas


Voir aussi Peau d’âne, critique de Fabrice Chêne.

Voir aussi le Petit Chaperon rouge, critique de Laura Plas.


Froid dans le dos, de Bachir Saïfi et Antoine de la Morinerie

Mise en scène : Bachir Saïfi et Antoine de la Morinerie

Avec : Manon Andersen, Rodolphe Boucher, Delphine Saint-Raymond

Scénographie et croquis : Marion Rivolier

Costumes : Irène Bernaud

Maquillages et perruques : Catherine Saint-Sever

Création lumière : Cyril Desclès

Création sonore : François Marillier

Production : International Visual Theatre

International Visual Theatre • 7, rue Chaptal • 75009 Paris

Site du théâtre : www.ivt.fr

Réservations : 01 53 16 18 18

Du 4 au 22 décembre 2012, séances tout public les mercredis à 15 heures, les jeudis à 19 heures, les samedis à 18 heures ; séances scolaires les mardis à 10 heures et 14 h 30, les jeudis 6 et 13 décembre à 10 heures, vendredi 7 décembre à 10 heures et 14 h 30, vendredi 21 décembre à 19 heures

Durée : 1 heure

18 € | 14 € | 12 €

Spectacle bilingue français / Langue des signes française

Tout public à partir de sept ans

Tournée :

– Les 27, 28 février et 1er mars 2013 au domaine d’O à Montpellier

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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