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25 septembre 2011 7 25 /09 /septembre /2011 17:01

Voyage vers l’Orient en breton


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


La musique bretonne contemporaine a dû et doit toujours une large part de son succès à sa volonté de se frotter aux musiques du monde. Le cas de Bayati qui fraie son chemin entre l’Orient et l’Occident pourrait bien être emblématique de cette démarche.

bayatiBayati, le nom du groupe, c’est aussi un terme technique qui désigne un mode musical fréquemment utilisé en Turquie, dans le monde arabe et dans la musique persane. Curieusement, ce mode oriental est très proche d’une gamme que l’on rencontre autour de Lorient. Coïncidence ?

Issus pour cinq d’entre eux de la Kreiz breizh akademi (un programme de formation musicale axé sur la musique modale et la musique populaire bretonne), les musiciens de Bayati sont au nombre de six : Faustine Audebert (chant), Florian Baron (oud), Gabriel Faure (violon), Gurvant Le Gac (flûtes traversières en bois), Gaël Martineau (daf, derbouka, udu, davul) et Gaëtan Samson (daf, derbouka, zarb, riqq, bendir).

« Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques », disait André Chénier. Le nouvel opus de Bayati, Foñs ar bed, semble renverser le propos et sur des textes anciens (pas tous) pose des airs nouveaux. Le premier morceau, ar Men du (les Pierres noires), est emprunté à Per-Jakez Hélias. Son prologue au oud introduit immédiatement au cœur du sujet : chanter des textes bretons ou traduits en breton sur des airs orientaux, sans aucun des instruments les plus typiques de la musique bretonne (biniou, bombarde, accordéon diatonique). Les musiciens sont assis, y compris la chanteuse, en arc de cercle, comme pour une veillée. Des spots orange éclairent de l’intérieur la peau tendue des percussions, leur donnant des teintes de feu de camp ou de soleil couchant. L’éclairage, souvent sommaire, ne sera pas, hélas, toujours aussi inspiré.

L’ivresse du vin et de l’amour

La plupart des textes sont empruntés à Omar Khayyam (poète et savant persan du xie siècle) et Abu Nuwas (poète arabo-persan des viie et viiie siècles). Comme certains textes occidentaux rares, il chantent l’ivresse du vin et de l’amour, sans que l’on sache toujours si c’est de façon métaphorique ou non. La musique, toujours des compositions originales, est souvent issue d’une création collective sur des thèmes de Gurvant Le Gac. La coloration orientale évoque les univers d’Hasan Yarimdünya, le clarinettiste turco-tsigane, de la chanteuse égyptienne Oum Khalsoum ou du virtuose du kanun turc Göksel Baktagir.

On sent un certain décalage entre la technique de chant, plutôt empruntée à la musique traditionnelle bretonne, et les parties instrumentales parfaitement orientalisantes. La forte présence de voyelles nasalisées dans les chants en breton vient sans doute conforter cette distance. On en veut pour preuve que la seule pièce chantée en français, à la manière gallèse, Mon amant, donne l’illusion parfaite de l’Orient. Et quand Faustine Audebert se met à bouger comme dans la dernière pièce et le rappel (elle gagnerait à le faire plus souvent), on pourrait se croire sur les bords du Bosphore ou sur les rives du Nil. Au demeurant, cette chanteuse, qui pratique aussi une forme de scat, est dotée d’une voix agréable et très ductile, caressante parfois.

Les morceaux laissent souvent une large place à l’expression des instrumentistes en solo, et c’est heureux car ils sont excellents. Les deux percussionnistes ont parfaitement assimilé les rythmes orientaux qu’ils mettent en scène de façon très subtile. Et quand on y ajoute l’humour, comme Gaëtan Samson, c’est un vrai délice.

Le spectacle, un peu perdu peut-être sur la grande scène du T.N.B., gagnerait, nous semble-t-il, à être monté dans un cadre plus intimiste, avec des éclairages plus chauds et plus variés. Cependant, si vous vous laissez conduire, Foñs ar bed de Bayati vous fera voyager entre la Bretagne et l’Orient par des chemins originaux où vous vous laisserez entraîner comme par la magie d’un conte des Mille et Une Nuits

Jean-François Picaut


Foñs ar bed, de Bayati

Naïade Productions • 3, rue de Lorraine • 35000 Rennes

Téléphone : +33 (0)6 23 11 39 11 ou +33 (0)2 99 85 44 04

Courriel :  prod@naiadeproductions.com

Site : www.naiadeproductions.com

Avec : Faustine Audebert (chant), Florian Baron (oud), Gabriel Faure (violon), Gurvant Le Gac (flûtes traversières en bois), Gaël Martineau (daf, derbouka, udu, davul) et Gaëtan Samson (daf, derbouka, zarb, riqq, bendir)

Théâtre national de Bretagne • salle Vilar • 1, rue Saint-Hélier • 35000 Rennes

www.t-n-b.fr

Réservations : 02 99 31 12 31

Le 22 septembre 2011 à 20 heures

Durée : 1 h 30

25 € | 10 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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