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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
En direct du Festival et du Off d’Avignon 2012
Diastème, Andréa, Évelyne, Jean‑Jacques et nous
D’accord, ma consœur des « Trois Coups », Aurore Krol, a déjà rédigé une critique sur « Fille | mère ». Magnifique, qui plus est. D’accord, d’accord. Mais qu’est‑ce qui m’empêche d’en parler aussi ? Autrement. Mais ça ne se fait pas habituellement dans les journaux « sérieux » ! J’m’en fous.
« Fille | mère » | © Richard Schroeder
Je voudrais dire avec d’autres vocables la douleur, les larmes versées, le plaisir, la jouissance, banderillés en nous par cette pièce du torero Diastème. J’insiste sur ce mot, car je pense que cet auteur a percé le mystère infini de ce qu’est, selon moi, une écriture théâtrale. C’est‑à‑dire des situations, des personnages, des dialogues. Des gens, quoi. Peints et musiqués par un écrivain d’ici et maintenant, qui remue les mains dans la mélasse humaine. Qui forge des êtres qui se renvoient la balle du verbe, dans une langue d’aujourd’hui. Des personnes qui se parlent, s’engueulent, se déchirent, se déchiquètent. S’apprivoisent parfois. Se caressent sûrement. S’aiment peut‑être.
Mais, pour que ça irrigue le public, que ça le ruisselle, que ça l’enfleuve, que les digues lâchent, il faut de beaux et bons passeurs. Et ici, nous sommes sur les hauteurs. Andréa Brusque, au bord de la rupture, interprète avec sauvagerie et tendresse la Fille, soûle de l’irréparable, boule rouge de culpabilité. Évelyne Bouix, la grande, compose avec justesse la Mère perdue, au cœur de femme esseulé, qui essuie de son visage joli les traces de sa tristesse lasse à coups de cognac. Prête pour un nouveau sourire. Jean‑Jacques Vanier, lui, fignole à l’artisanale un rôle apparemment figé dans les habits d’un psychanalyste roumain. Il le décoince à petits pas, à petits gestes, à petites touches d’âme, et le rend drôlement captivant par sa sobriété même.
En tout cas, je prétends que Diastème invente le lexique dramatique de notre temps. Celui qui vise notre cœur avec un pistolet poétique, qui nous touche au plus profond. Nous émeut aux larmes et aux rires. Pour longtemps. Comme une musique entêtante. ¶
Vincent Cambier
Les Trois Coups
Fille | mère, de Diastème
Mise en scène : Diastème, assisté de Mathieu Morelle
Avec : Évelyne Bouix, Andréa Brusque, Jean‑Jacques Vanier
Costumes : Fred Cambier, assisté de Spot
Scénographie et lumières : Stéphane Baquet
Musique : Valentine Duteil
Coréalisation : Théâtre du Chêne‑Noir (direction Gérard Gelas)
Production : Les Déchargeurs / Le Pôle diffusion et Corisande Production
Théâtre du Chêne‑Noir • 8 bis rue Sainte‑Catherine • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 86 74 87
Du 7 au 28 juillet 2012, tous les jours à 21 h 15
Durée : 1 h 15
22 € | 15 € | 12 € | 8 €
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