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10 octobre 2014 5 10 /10 /octobre /2014 19:23

Une fièvre peu contagieuse


Par Trina Mounier

Les Trois Coups.com


« La Fièvre du samedi soir », à force de distance, et malgré le talent de ses interprètes, était un peu pâlotte hier soir…

fever-615 rebecca-bowring

« Fever / À la vie à la mort » | © Rebecca Bowring

C’est le problème quand trop de curiosité précède la vision d’un spectacle. « Librement inspiré de la Fièvre du samedi soir », ce sous-titre nous ramenait en effet à une époque lointaine et réveillait la nostalgie d’une musique et d’un danseur qui en leur temps avaient marqué les esprits. Le jeune metteur en scène Attilio Sandro Palese annonçait une relecture très personnelle où devaient se glisser des images de ses parents, reprenant dans la cuisine les chorégraphies du film de John Badham.

Or, si l’on excepte la référence aux litres de sauce tomate que sa mère préparait, cette incursion de l’intime et de l’autobiographie demeure extrêmement discrète. Reste le film avec John Travolta en toile de fond.

La reconstitution historique est parfaite : pour tout décor, le grillage des terrains de basket urbains, qui bien sûr évoque le mur contre lequel se désarticulent leur jeunesse et leurs illusions ; costumes et coiffures sont fortement datés et nous plongent presque quarante ans en arrière. Mieux, les postures, les gestes, les regards semblent tout droit sortis des pochettes de disque des seventies, quand ils ne font pas carrément ressurgir sous nos yeux James Dean dans la Fureur de vivre.

Attilio Sandro Palese nous brosse une série de portraits de jeunes dont on ne sait pas grand-chose, si ce n’est qu’ils s’ennuient, prennent des poses, vérifient l’effet qu’elles font sur les autres, puis retournent s’ennuyer. Leur détresse est palpable, no future pourrait être écrit en surtitre tant ils donnent un sentiment de vacuité. Leurs apparitions, tels des mannequins dans un défilé, un petit tour et puis s’en vont, sont chorégraphiées avec précision. Entre chacune d’entre elles, comme entre chaque jour de la semaine plus loin dans la pièce, de grands moments de silence comme d’immobilité : arrêts sur images trop longs qui ne font qu’ajouter de la distance à la distance.

Rien n’explique leur violence stupide, leur machisme primaire, car Attilio Sandro Palese ne donne aucune piste qui permette de comprendre ces jeunes qui vivent dans le paraître.

Mais d’où vient donc que cela ne « passe » pas ? Car on n’arrive pas à s’intéresser à ces gens réduits à leur apparence. L’absence d’histoire sans doute. À peine saura-t-on qu’ils attendent le samedi soir pour danser. Mais nous serons même privés de ce samedi soir-là et, du concours de danse, nous ne verrons que des répétitions ratées.

Il est toujours difficile de parler d’un spectacle qui vous laisse au bord du chemin. Surtout quand on en reconnaît par ailleurs les qualités objectives. Impossible de nier l’engagement de ces jeunes acteurs ni la précision de la mise en scène. Et si, après tout, ce qui manquait, c’était cela : une histoire avec des personnages, de l’émotion, de la vie, de vrais dialogues et une véritable dynamique ? 

Trina Mounier


Fever / À la vie à la mort, de Attilio Sandro Palese, librement inspiré de la Fièvre du samedi soir

Mise en scène : Attilio Sandro Palese

Avec : Jérôme Denis, Aurore Faivre, Blaise Granget, Nathan Heude, Julie Kazuko Rahir, Bastien Semenzato

Chorégraphie : Caty Eybert

Créateur lumières : Cédric Caradec

Musique : Eagle

Créateur costumes : Tania d’Ambrogio

Consulting littéraire : Laure Mi Hyun Croset

Coproduction : Théâtre de Poche à Genève, Célestins, Théâtre de Lyon, Cie Love Love Hou

Les Célestins • 4, rue Charles-Dullin • 69002 Lyon

Réservations : 04 72 77 40 40

www.celestins-lyon.org

Du 7 au 17 octobre 2014, du mardi au vendredi à 20 h 30, samedi à 16 h 30 et 20 h 30

Durée : 1 h 15

21 € | 18 € | 15 € | 12 €

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Publié par Les Trois Coups - dans Rhône-Alpes | 2014-2015
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