Lundi 24 octobre 2011 1 24 /10 /Oct /2011 23:55

Montauban, ville rose Passions


Par Céline Doukhan

Les Trois Coups.com


Autour de l’ensemble montalbanais Les Passions, le chef-lieu de Tarn-et-Garonne organise la première édition d’un festival sans doute appelé à s’enraciner, Passions baroques à Montauban. La première des deux journées apporte déjà une jolie moisson.

benjamin-alard-615 jean-jacques-ader

Benjamin Alard | © Jean-Jacques Ader

Ce festival, c’est Jean-Marc Andrieu qui l’a voulu, lui qui dirige depuis vingt-cinq ans maintenant l’orchestre baroque Les Passions. Un ensemble dont l’envergure régionale – il est depuis ses débuts installé à Montauban – a fini par devenir internationale. Avec un tel point de départ, le festival avait un sérieux atout, mais pas question d’avoir les yeux plus gros que le ventre : cette première édition aurait un format volontairement réduit, celui d’un « galop d’essai » avant, peut-être, un développement plus ambitieux. La formule serait donc : un festival, trois lieux, trois concerts, sur deux jours. On n’est pas dans le ramdam d’Avignon, et ça n’est pas plus mal…

Aussi le programme ménage-t-il un crescendo savamment dosé. Pour la première journée, c’est Benjamin Alard, claveciniste jeune (26 ans) mais déjà expérimenté, qui ouvre le bal, avec un récital autour de Rameau. Le soir, c’est l’ensemble Les Passions qui investit le vaste temple protestant des Carmes. Et le lendemain, place à la contralto Nathalie Stutzmann et son ensemble Orfeo 55 au Théâtre Olympe-de-Gouges. Eh oui ! La célèbre féministe du xviiie siècle est native de Montauban. Comme Ingres et Daniel Cohn-Bendit…

Au clavecin, un jeu délicat et précis

C’est un Benjamin Alard plutôt tendu qui se produit au clavecin. Un jeune homme à l’air sérieux, allure B.C.B.G. avec ses petites lunettes. La deuxième partie de son récital propose un contraste intéressant entre les délicates Grâces de Jacques Duphly (1715-1789), l’un des maîtres du clavecin du xviiie siècle, et Rameau, dont Alard propose ses propres transcriptions de passages des Indes galantes. Comme Rameau paraît exubérant en comparaison de Duphly ! Il est d’ailleurs amusant de voir comment le célèbre morceau des Sauvages, très connu, a l’air de swinguer quand il est légèrement syncopé par un orchestre, à la manière de William Christie, ou bien a contrario sonne plutôt comme un brillant exercice de style quand il ne l’est pas, comme ici.

En tout cas, les conditions ne sont pas optimales pour Benjamin Alard : entrées et sorties de spectateurs au fond de la salle, photographe qu’il a fallu éloigner à l’entracte, qualité d’écoute pas vraiment optimale (un grand-père expliquant longuement à son petit-fils la composition d’un vitrail, qui s’est justement attiré des « chut ! » furibards des spectateurs environnants)… Mais le jeu du jeune titulaire de l’orgue de Saint-Louis-en-l’Île, à Paris, est délicat et précis. On a l’impression de percer quelque peu le mystère de cette machine à remonter le temps qu’est le clavecin : les deux mains, entremêlant les notes pincées, font naître une sorte de dialogue galant, une conversation raffinée, qui s’autorise la douceur, la dissonance, la passion, la fureur. Peut-être est-ce de cette alchimie que naît le côté si précieux des sons de cet instrument ?

L’ensemble chouchou de Montauban

Le soir, un plus gros morceau attend les festivaliers : les chouchous de Montauban, l’ensemble Les Passions, dirigé par Jean-Marc Andrieu. Le programme a des allures d’avant-première puisqu’il reprend celui d’un disque qui ne sortira que dans quelques jours, intitulé Beata est Maria. Soit une série de motets pour trois voix d’homme composés par Marc-Antoine Charpentier *, dont certains n’avaient plus été entendus depuis des siècles.

Si la qualité des musiciens est indéniable, ce sont plutôt les chanteurs qui ont ici la vedette. Il n’est pas tellement question de prouesses vocales, mais plutôt d’une osmose d’ensemble entre les voix et les instruments, d’une émotion sachant se dispenser de fioritures superflues. Les chanteurs, donc, sont à la hauteur, mais Vincent Lièvre-Picard se révèle particulièrement convaincant, dans le registre le plus aigu, celui de haute-contre. Son chant est naturel, tour à tour délicat, puissant et hautement expressif. D’ailleurs, on ne manque pas de remarquer le demi-sourire qu’il arbore quand il ne chante pas, donnant l’impression que la douceur du chant est l’émanation naturelle d’une joie intérieure, d’une sérénité qui sied bien à cette mélodie du bonheur marial. Par ailleurs, on aurait parfois aimé entendre mieux Howard Crook, la voix de taille (pour résumer, l’ancien nom du ténor), qui, soit dit en passant, fut le professeur de Vincent Lièvre-Picard.

Quant à la musique elle-même, elle possède une force expressive touchante, même une certaine sensualité : balancement des Litanies de la Vierge, faste tranquille et plein d’allant de l’Ouverture pour l’église qui rappelle Lully, ou encore tournoiement sans fin du rythme ternaire d’un Magnificat dont la basse « obstinée » reproduit 89 fois le même motif mélodique ! Dans ce dernier morceau, d’ailleurs, les instruments épousent à merveille la souplesse des voix, tant et si bien que violonistes et flûtistes accomplissent régulièrement de discrètes génuflexions. Une belle manière de conclure ce concert et cette première journée de « passions ». Au prochain épisode : Nathalie Stutzmann et Vivaldi…

Céline Doukhan


Beata est Maria, 1 C.D. Ligia-Harmonia Mundi. Sortie le 27 octobre 2011.


Festival Passions baroques à Montauban

Impasse des Carmes • 82000 Montauban

05 63 22 19 78

www.les-passions.fr

Autour de Rameau, récital de clavecin de Benjamin Alard

http://www.myspace.com/benjaminalard

Avec : Benjamin Alard

Œuvres de François Couperin, Antoine Forqueray, Jacques Duphly, Jean-Philippe Rameau

Cloître des Carmes • impasse des Carmes • 82000 Montauban

Réservations : office de tourisme 05 63 63 60 60, maison Midi-Pyrénées 05 34 44 18 18

www.fnac.com

Le 22 octobre 2011 à 16 heures

Durée : 1 heure

20 €

Motets à trois voix d’hommes, de Marc-Antoine Charpentier

Les Passions, orchestre baroque de Montauban • impasse des Carmes • 82000 Montauban

05 63 22 19 78

www.les-passions.fr

Direction : Jean-Marc Andrieu

Avec les musiciens des Passions, orchestre baroque de Montauban, et Vincent Lièvre-Picard, Howard Crook, Jean-Manuel Candenot

Temple des Carmes • rue des Carmes • 82000 Montauban

Réservations : office de tourisme 05 63 63 60 60, maison Midi-Pyrénées 05 34 44 18 18

www.fnac.com

Le 22 octobre 2011 à 21 heures

Durée : 1 h 30

20 €

Publié dans : France-Étranger 1998-2013 - PUBLIER UN COMMENTAIRE ? - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Recherche sur le site

Qui ? Quoi ? Où ?

  • : Les Trois Coups
  • Les Trois Coups
  • : Le journal quotidien du spectacle vivant en France. Critiques, annonces, portraits, entretiens, Off et Festival d’Avignon depuis 1991 ! Siège à Avignon, Vaucluse, P.A.C.A.
  • Retour à la page d'accueil

Nous contacter

Le journal vous recommande

choses-vues-numero1-290

choses-vues-numero2-290

choses-vues-numero3-290

choses-vues-numero4-290

choses-vues-numero5-290

choses-vues-numero6-290

choses-vues-numero-7-290

choses-vues-numero-huit-290

choses-vues-numero-neuf-290

choses-vues-numero-dix nous-tziganes-290

choses-vues-615-numero-11-290

Nos partenaires

ASPTHEATRE RED

theatre-des-carmes-290

chene-noir-290

tcqf-290-copie-1

theatre-des-halles-290

fabrik-theatre-290

hivernales-partenaire-290

maison-jean-vilar-260

 

surikat-290

L’association Les Trois Coups

« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
Lire la suite.

W3C

  • Flux RSS des articles
Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés