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22 mars 2013 5 22 /03 /mars /2013 21:25

Répétitions au pas de charge


Par Céline Doukhan

Les Trois Coups.com


Dans les coulisses de la deuxième édition du festival Passions baroques à Montauban, « les Trois Coups » ont suivi les traces de l’orchestre des Passions depuis les premières répétitions.

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Jean-Marc Andrieu | © Céline Doukhan

Mars 2013. C’est la deuxième édition du festival Passions baroques à Montauban. À l’honneur le premier soir, l’orchestre Les Passions se prépare à donner un programme de compositions du très peu joué Chevalier de Saint-George, personnage illustre en son temps, celui des Lumières. Fils d’un riche planteur et d’une esclave sénégalaise, bretteur exceptionnel, il fit aussi l’admiration de ses contemporains en tant que chef d’orchestre, à une époque qui vit émerger les premiers orchestres privés permanents. Ses compositions rendent immanquablement hommage à son instrument fétiche, le violon, dont il fut un authentique virtuose. Une bonne nouvelle pour les violonistes. Pour les autres, c’est moins sûr…

Ce jour-là, le chef, Jean-Marc Andrieu, a mal à la gorge. Pas dramatique pour diriger un orchestre, mais quand même. Ce sont les premières répétitions, deux jours avant le concert qui aura lieu au Théâtre Olympe-de-Gouges de Montauban. Deux jours, cela semble peu. Et pourtant, contraintes budgétaires obligent, c’est tout ce que les musiciens et les solistes auront pour peaufiner leur programme. Des conditions qui semblent difficiles, mais qui sont le lot de la plupart des ensembles pour ce genre de manifestation.

Tire-tire, pousse-pousse

Il y aura six heures de répétitions chaque jour : 15 heures-18 heures, 20 heures-23 heures. Et encore ces horaires sont-ils conçus pour permettre à différents membres de l’orchestre de continuer à assurer des cours (au conservatoire de Montauban) ou des réunions dans la journée. Même en période de festival, l’emploi du temps n’est pas allégé…

Afin de pouvoir assurer une séance de travail complète le soir, les musiciens dînent tôt, entre 18 h 30 et 20 heures, dans la seule brasserie de Montauban capable de faire du yo-yo, entre ceux qui dînent tôt et les retardataires qui préféreront se sustenter après la répétition, vers 23 heures. À 19 h 40, alors que tout le monde finit tranquillement ses tapas ou sa salade composée, c’est le drame : la répétition reprenait à 19 h 30, pas à 20 heures ! Début de frayeur « pour de faux » quant à la fureur probable du chef. Jean-Marc Andrieu ne passe pas pour être un tyran, c’est certain.

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Annotation du hautbois | © Céline Doukhan

Au programme de la répétition du soir, une Symphonie concertante du « Mozart noir ». Sauf que, pour les musiciens, la comparaison entre Mozart et le Chevalier tourne vite court : les solistes sont gâtés, mais pour l’accompagnement, pas de quoi sauter au plafond. Il n’empêche : les sonorités pétillantes qui valaient au Chevalier l’admiration dans les salons commencent à émerger. On retrouve Jean-Marc Andrieu, cette fois affublé d’une grosse écharpe rouge. De sa voix éraillée, il donne les indications, s’interroge et interroge les autres. Il y a de la musique, mais beaucoup de paroles aussi, entre le chef et les musiciens, ou entre les musiciens eux-mêmes, non seulement entre les passages joués, mais aussi, et c’est tout à fait étonnant, pendant ! Il faut dire que les parties de violoncelle, par exemple, ne sont pas des plus accaparantes…

Lucien Pagnon, l’un des deux solistes, participe également beaucoup, aux côtés de Jean-Marc Andrieu, à cette recherche du « son » idéal. Avec son physique de bon élève un brin espiègle, il esquisse des sourires gourmands quand survient un passage particulièrement animé. « Quand toi, tu as le solo, les harmonies sont complètes ! », s’écrie, tout heureux, Jean-Marc Andrieu. Et de ponctuer les consignes d’indications qui en disent long sur la nécessaire (?) adaptation de l’interprétation à la salle : « Les notes d’arrivée, il faut les nourrir, sinon elles ne passeront pas la rampe au théâtre ! ».

En tout cas, sitôt l’ultime et brillant accord achevé, aucun silence particulier n’est marqué : on est loin de la solennité de la salle de concert. Au contraire, les commentaires et les questions fusent aussitôt : « Tu fais quoi, là ? Tire-tire ? — Non, pousse-pousse. ». Simple et, pour le béotien, cryptique vocabulaire des mouvements de l’archet… Autre exercice : Jean-Marc Andrieu fait parfois jouer les musiciens à un tempo beaucoup plus lent que la normale, histoire de bien leur « faire entendre » toutes les notes. Problème : l’exercice n’est pas toujours très flatteur pour la composition elle-même. « Peut-être qu’au tempo, cela sonnera moins mal… », marmotte Andrieu, légèrement dubitatif. Pédagogue et somme toute pas avare de pitreries, il glousse littéralement avec sa voix éraillée de faire « un peu comme la poule » pour obtenir un son particulièrement vif au début d’une courte série de notes récurrentes. Nirina Betoto, au violon, se tourne malicieusement vers moi : « Tu notes ça, hein ? ».

21 h 15, c’est la pause. Sûrement bien intentionnée, une musicienne en profite pour suggérer à Andrieu d’avaler du Tabasco pour éliminer définitivement toutes les bactéries de sa gorge meurtrie. Côté musique, le chef concède que tout n’est pas au point, mais après tout, ce n’est que la première répétition. Pour les musiciens, celle-ci se poursuit pendant encore une heure et demie environ. On les retrouve demain au Théâtre Olympe-de-Gouges pour une répétition en public : 280 élèves des écoles de Montauban… 

Céline Doukhan


Voir la chronique nº 2, 2013, de Céline Doukhan.

Voir Entretien avec Marion Dupouy, 2013, par Céline Doukhan.

Voir aussi Vivaldi prima donna 2011, critique de Céline Doukhan.

Voir aussi Festival de La Chaise-Dieu, 2012, chronique nº 3 de Céline Doukhan.

Voir aussi Entretien avec Jean-Marc Andrieu, 2011, par Céline Doukhan.

Voir aussi Festival Passions baroques, 1re édition, 2011, chronique nº 1 de Céline Doukhan.


Festival Passions baroques à Montauban, sous la direction artistique de Jean-Marc Andrieu

www.les-passions.fr

Divers lieux de la ville

Réservations : 05 63 63 60 60 ou 05 34 44 18 18

Du 22 mars au 24 mars 2013

20 € | 12 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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