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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Des dames en tête d’affiche
Dès le deuxième jour, les inquiétudes que pouvaient nourrir les organisateurs face au petit nombre de réservations sont balayées. Les spectateurs ne réservent pas, mais sont bien là, en nombre. Le soleil généreux n’y est sans doute pas étranger, et la qualité de la programmation et la curiosité du public non plus.
Carmen Maria Vega : un concentré d’énergie et de talent
Dans sa courte robe rouge portée sur des bas noirs, la dame est de petite taille, presque « portative » comme le disait Sartre de lui-même, mais son entrée est tonitruante. « Salut les cons ! », s’exclame-t-elle le poing levé, avant qu’un sourire enjôleur ne vienne démentir l’insulte. Elle est comme ça, Carmen Maria Vega, Mme 100 000 volts, tonitruante, gouailleuse, forte en gueule et fragile, provocante, séductrice et pudique : un sacré caractère.
La voix est puissante, claire, avec une belle tessiture. Les musiques que lui a composées Max Lavégie, qui tient aujourd’hui la guitare, sont simples mais efficaces. Le groupe qui l’accompagne est complété par Alain Arnaudet (contrebasse) et Toma Milteau (batterie). Les textes, du même Lavégie, composent de vraies petites scènes de vie dans une langue nerveuse, pas toujours très bon genre, mais très percutante. La critique sociale est incisive (Hiérarchie ou le Jaune) et la complainte amoureuse douce-amère (En attendant et Mia).
Carmen Maria Vega | © Sylvain Gripoix
Carmen Maria Vega, très éclectique, se promène entre les genres et multiplie les ambiances : jazzy (avec la Menteuse, son premier « tube », ou Avec mon poteau), rock (les Antidépresseurs, Bozotomie), « chanson française » (Dessous les toits, Finir mon verre). On lit parfois qu’elle vient du théâtre, et c’est assez vraisemblable tant elle joue ses textes, bien secondée en cela par Max Lavégie. S’il faut retenir un seul bémol pour cette soirée, ce serait la sono un peu survitaminée et la présence trop souvent indiscrète de la batterie.
Carmen Maria Vega, la jeune Lyonnaise, d’origine guatémaltèque, découverte aux Francofolies de La Rochelle en 2007, remarquée au Printemps de Bourges en 2008 et qui bénéficie du partenariat de Radio FIP pour le disque et la scène, est à coup sûr un espoir sérieux de la chanson française.
Hindi Zahra : (presque) dans la cour des grandes
Lorsque Hindi Zahra pénètre sur la scène du Cabaret botanique, la longue file d’attente qui serpentait dans les jardins du Thabor vient tout juste d’occuper les dernières places sous le chapiteau. La belle voix, chaude et plutôt grave, repérée sur son premier album, Handmade, établit aussitôt une grande qualité de silence.
Elle est aujourd’hui accompagnée par un quatuor comprenant batterie, basse électrique, guitare électrique et claviers, c’est dire si l’atmosphère est différente de son disque.
Si Set Me Free a des allures de blues, la tonalité générale emprunte plutôt à la soul (Beautiful Tango est sans doute la chanson la plus connue avec Imik Simik). Et le public du parterre, debout, ne tarde pas à se balancer en essayant de suivre la cadence. Quelques morceaux font aussi entendre des échos orientaux.
Hindi Zahra | © Assam Ajja
Peut-on avouer qu’on ne partage pas l’enthousiasme de nombreux spectateurs ? La balance ne met pas suffisamment la voix en avant, les effets d’écho, de réverbération et de saturation sont vraiment indiscrets sur quelques titres, et le concert souffre d’un manque criant de mise en scène. Ce Handmade-là ne sent pas le « cousu main », façon haute couture, mais plutôt la simple confection ou le « fait maison » sans chichis. Hindi Zahra, elle-même, a un visage très expressif, mais s’est montrée assez statique au début du concert avant d’exécuter quelques pas de danse orientale et de se déchaîner dans une sorte de transe.
C’est avec plaisir qu’on a retrouvé la Hindi Zahra de son album dans une ballade qu’elle interprète seule en s’accompagnant à la guitare acoustique, puis dans un trio avec une autre guitare acoustique et la batterie, dans une chanson interprétée en berbère, enfin.
Hindi Zahra, si attachante sur son album, gagnerait, à coup sûr, à rester dans le registre acoustique, à moins qu’elle ne trouve un excellent ingénieur du son. Et si l’on peut exprimer un souhait, ce serait celui-ci : que celle qui déclare « difficile de faire groover la langue française », tout en reconnaissant qu’un Nougaro y a excellé, mette un jour ses pas dans ceux du grand Toulousain. Nous aurons peut-être, alors, notre Amalia Rodriguez, notre Ella Fitzgerald ou notre Billie Holiday, qui comptent parmi ses modèles. ¶
Jean-François Picaut
Les Trois Coups
Festival Mythos, Rennes du 6 au 11 avril 2010
Festival des arts de la parole
Festival Mythos • 57, quai de la Prévalaye • 35000 Rennes
T. : +33 (0)2 99 79 00 05 / télécopie : + 33 (0)2 99 79 26 07
Association Paroles traverses
Présidente : Magali Julien
Directeur artistique : Maël Le Goff
Carmen Maria Vega
Avec : Carmen Maria Vega (chant), Max Lavégie (guitare), Alain Arnaudet (contrebasse), Toma Milteau (batterie)
Régie lumière : Sophie Besse
Régie son : Mickaël Sacchetti
www.carmenmariavega.com ou www.myspace.com/carmenmariavega
Label AZ/Universal
Contact tournée : F2F Music
Fabrice Coalava : 01 43 46 88 78 | fab@f2fmusic.com
Celia Bessonnard : 01 43 46 88 78 | celia@f2fmusic.com
Jeudi 8 avril 2010 à 20 h 30
Le Diapason, auditorium de l’université Rennes I • 263, avenue du Général-Leclerc • 35000 Rennes
Handmade, de Hindi Zahra
Astérios Spectacles • 68, rue de la Folie-Méricourt • 75011 Paris
Tél. : 01 53 36 04 70 | télécopie : 01 53 36 04 26
Avec : Zahra Hindi (chanteuse), Abdenour Djemai (guitariste), Thomas Naïm (guitariste), Nicolas Liesnard (claviériste), Lawrence Clais (batteur)
Vendredi 9 avril 2010 à 18 heures
Cabaret botanique (chapiteau), parc du Thabor à Rennes
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