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28 mai 2010 5 28 /05 /mai /2010 16:49

Liberté, brièveté, créativité

 

Le festival des « Mises en capsules » se déroule en ce moment et jusqu’au 12 juin 2010 au Ciné 13 Théâtre. La formule est simple : cinq spectacles par soir (de trente minutes chacun), où s’entremêlent slam, théâtre, danse, auteurs classiques et contemporains. En tout dix-huit petites pièces, et la possibilité, pour le spectateur, de choisir son programme.

 

mises-en-capsules1La maîtresse des lieux (Salomé Lelouch, également auteure et metteuse en scène en cette quatrième édition des Mises en capsules) est fort justement connue pour ses choix de programmations audacieux. Le Ciné 13 et le quartier dans lequel il se situe sont tous deux magiques. Dans le cadre du présent festival, la possibilité de décompresser toutes les demi-heures (chaque pièce étant suivie d’un quart d’heure de pause) permet une concentration rare et continue de la part des spectateurs. On ne passe donc pas du coq à l’âne et les « capsules », fruit de l’exceptionnelle liberté des artistes invités, n’en sont que plus digestes. Il est en revanche difficile de parler d’homogénéité ou d’uniformité, concernant la qualité des différents projets.

 

Dans My 70’s Show, la plume de l’auteur n’est pas véritablement mise en valeur par le jeu des comédiens. La vidéo censée représenter le contexte festif d’un certain New York des années 1970 (projetée tout au long de ladite pièce) semblait plus proche d’un rallye parisien d’aujourd’hui que des flamboyantes et décadentes fêtes de la Factory. Pieryk Vanneuville campe un Warhol difficilement crédible. Un travail, donc, qui mériterait d’être approfondi par Laura Domenge (auteur, metteuse en scène et interprète), dans ce 70’s Show dont le titre ne fait que trop dangereusement référence à la désopilante série des années 1990.

 

À propos de Couple ouvert à deux battants, de Dario Fo, on ne retiendra malheureusement pas, cette fois non plus, la qualité de jeu de l’interprète masculin (Nicolas Martinez). En revanche, notons que la mise en scène de Jérôme Quintard est audacieuse, et le parti pris artistique (celui de diviser le rôle de la femme en deux) assez intéressant. La pièce atteint, de ce fait, une dimension non encore explorée pour un texte pourtant beaucoup monté depuis quelques années.

 

Dans Inventaires de Philippe Minyana, la règle d’un jeu obscur n’est autre que d’étaler publiquement sa vie. Trois femmes s’y collent, et les comédiennes qui les interprètent (Sarah Biasini, Catherine Cyler et Ludivine Chastenet) gagneront certainement à jouer cette pièce courte le plus longtemps possible. Le metteur en scène réussit le tour de force d’inscrire son travail dans un espace-temps totalement indéfini et pourtant très actuel et concret.

 

L’univers onirique et poétique d’Ionesco est, dans le Nouveau Locataire, parfaitement mis en lumière. Une scénographie étrange, des comédiens excellents : tout est là. L’exercice est périlleux, mais le pari, réussi. Une petite mention spéciale pour Paul de Launoy, qui interprète le rôle-titre et anime l’ensemble du festival. Son jeu, imbibé d’un flegme tout personnel, d’un humour hors du commun et d’une sorte de folie sous-jacente ne devraient plus tarder à le propulser dans de bien hautes sphères.

 

Dans le Godmichet royal, de jeunes comédiens exceptionnels, un montage audacieux de textes libertins des dix-septième et dix-huitième siècles ainsi qu’une mise en scène basique mais efficace effacent l’inexistence (totale et presque austère) de scénographie.

 

Les fluctuations (tour à tour : l’absence de spectateurs puis l’impossibilité de loger l’ensemble du public) donnaient parfois l’impression d’assister à un cours de théâtre plus qu’à un festival. Les artistes sont jeunes, les spectateurs également, ce qui n’est pas monnaie courante au théâtre. Voici donc un point qui mérite une attention toute particulière. Il serait fort dommage de se priver de ces Mises en capsules, dont on peut certainement affirmer qu’elles finiront par devenir incontournables.

 

Allez-y, faites-vous votre propre avis (c’est mieux), devenez spectateurs du travail de la jeune garde du spectacle français. Venez applaudir la verve et l’intelligence de ceux qui, aujourd’hui, prennent le relais. Audace, fraîcheur et renouveau sont réunis autour d’artistes qui s’octroient la meilleure et la plus rare des libertés qui soit : celle de créer comme bon leur semble. 

 

M.-A. L.M.

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Festival Mises en capsules

Le Godmichet royal

Mise en scène : Clément Thiébault

Inventaire de Philippe Minyana

Mise en scène : Damien Bricoteaux

Avec : Sarah Biasini, Catherine Cyler, Ludivine de Chastenet

Le Nouveau Locataire d’Eugène Ionesco

Mise en scène : Émilie Chevrillon et Coralie Maniez

Avec : Paul de Launoy, Guillaume Companio, Aurélien Rondeau

Couple ouvert à deux battants de Dario Fo

Mise en scène : Jérôme Quintard

Avec : Nicolas Martinez et Louise Danel

My 70’s Show de et mis en scène par Laura Domenge

Avec : Cécile Martin, Pieryk Vanneville et Laura Domenge

Réalisation (vidéo) : Xavier Bazoge

Festival créé par : Benjamin Bellecour

Administratrice : Ludivine Maffren

Maîtres de cérémonie : Paul de Launoy et Laurent Ferraro

Création lumière : Quentin Vouaux et Anaïs Souquet

Ciné 13 Théâtre • 1, avenue Junot • 75018 Paris

Réservations : 01 42 54 15 12 / www.cine13-theatre.com

Informations : www.misesencapsules.com

Du 24 mai au 12 juin 2010, du lundi au samedi à partir de 19 heures

36 € | 20 € | 12 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

Coco 06/06/2010 12:10



Un petit mot pour vous dire que je ne peux pas m'appuyer sur votre article pour choisir les prochaines mises en capsules auxquelles je voudrais assister. En effet, nous avons des goûts
diamétralement opposés. Le seul point sur lequel je suis d'accord, c'est pour dire que ce festival est super, que c'est une très bonne idée de pouvoir voir plusieurs pièces courtes le même soir.
A part cela, j'ai détesté le Ionesco, empétré dans une construction de décor fastidieuse et prétentieuse. j'ai beaucoup aimé le comédien de Couple à 2 battants car il montre la déliquescence de
son parsonnage au fil de la pièce. My 70's show se démarque vraiment du reste par sa mise en scène originalité, son esthétisme et lle texte qui recrée un univers très particulier. C'est agréable
de voir une mise en scène qui change un peu des banalités habituelles (sur les 5 pièces que j'ai vues, 2 ont le même parti pris de mise en scène, 1 personnage joué par 2 comédiens, 1 repose
complétement sur la construction d'un décor inutile, et 1 s'appuie sur l'interruption par un tiers des monologues des 3 personnages). Avec my 70'show, il y a un vrai souffle créatif et le mélange
vidéo/théâtre est très réussi;



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