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24 novembre 2010 3 24 /11 /novembre /2010 18:04

La crise n’affecte pas
la fréquentation du festival


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


À la fin de Mettre en scène, le samedi 20 novembre 2010, son directeur, François Le Pillouër, pouvait se féliciter d’une fréquentation égale à celle de 2009 : 29 000 spectateurs contre 32 000 l’an passé, mais avec deux spectacles en moins pour cause de subvention rabotée par le ministère de la Culture. Il faut croire que la crise incite aussi les gens à demander aux artistes de les aider à mieux comprendre le réel.

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« le Château de Wetterstein » | © Mario Del Curto

Vendredi 19 novembre 2010

Hamlet Machine d’après Heiner Müller : une saisissante beauté

Le texte d’Heiner Müller (1977) est ici adapté pour marionnettes et « formes marionnettiques » par la Cie Sans soucis. Les marionnettes et le théâtre y croisent les arts plastiques, le cinéma et la danse. Le texte très court (9 pages) et très dense, tiré d’Hamlet de Shakespeare par le dramaturge allemand, n’y gagne pas en facilité de compréhension. On est parfois un peu perdu dans cette transposition de l’histoire du Danemark à Budapest après la révolte de 1956. Mais le spectacle qui se déroule avec « dans le dos les ruines de l'Europe », véritable théâtre d’ombres, de masques, de marionnettes et de lumières, dégage une puissante poésie qui vous prend à la gorge.

L’Empereur de Chine d’après Georges Ribemont-Dessaignes : entre le rire et l’émotion

Il faut être Madeleine Louarn pour oser adapter cette œuvre (dont Aurore Krol a déjà parlé ici) et la confier aux acteurs professionnels handicapés avec lesquels elle travaille depuis deux décennies. Écrite en 1916, la pièce de Ribemont-Dessaignes est une bonne illustration de l’esprit dada au théâtre. Tous les ingrédients y sont : le sens de l’absurde, la dérision, mais aussi l’émotion subvertie par l’humour. L’adaptation de Madeleine Louarn pour l’atelier Catalyse est un chef-d’œuvre de respect pour l’esprit du texte. Qui, mieux que les comédiens handicapés de Catalyse, ouvertement soutenus par leurs camarades non handicapés, sans fausse pudeur et sans le moindre paternalisme, pouvait incarner l’esprit de subversion dadaïste ? Il arrive, certes, que le texte soit un peu moins compréhensible que souhaitable quand l’ingénieux système de sous-titres fait défaut, mais qu’importe ? L’ensemble dégage une telle force qu’on ne saurait s’en fâcher. Et puis quand tout, de la mise en scène à la lumière en passant par les costumes et la scénographie, est une réussite, on aurait mauvaise grâce à bouder son émotion et son plaisir.

Samedi 20 novembre 2010

Le Château de Wetterstein de Frank Wedekind : un texte somptueusement mis en scène

À sa parution en 1912, la pièce sulfureuse, il faut le dire, de Wedekind a été interdite en Allemagne. Très peu jouée depuis, elle n’avait jamais été montée en France. Il en aurait fallu beaucoup plus pour impressionner Christine Letailleur, désormais artiste associée du Théâtre national de Bretagne (Rennes). N’a-t-elle pas déjà adapté et mis en scène à Rennes la Philosophie dans le boudoir (2006), de réjouissante mémoire, la Vénus à la fourrure (2008) et Hiroshima mon amour, l’an passé ?

Imaginez une veuve noble de vieille extraction, Leonore von Gystrow (admirable Valérie Lang), qui succombe au verbe charmeur du baron Rüdiger de Wetterstein, le propre assassin de son mari, qui vient lui avouer qu’il n’a agi que pour la posséder. Imaginez encore la fille de la précédente, Effie (excellente Julie Duchaussoy, ex-élève de l’école de théâtre du T.N.B.), qui, dans sa quête de liberté et sa volonté d’éprouver toutes les possibilités de sa sensualité, finit par devenir une prostituée de luxe, et vous aurez une petite idée du non-conformisme de la pièce, même si tout finit mal.

La tendance du festival est de montrer plutôt un théâtre qui évolue vers la performance en alliant la danse, les arts plastiques, le cirque, souvent au détriment du texte. Ici, le texte, qui n’est peut-être pas le plus grand de Wedekind, retrouve toute sa place sans que la modernité y perde quoi que ce soit.

Christine Letailleur se saisit à bras le corps de cette pièce foisonnante et la traite sur un rythme enlevé, un peu dans la manière de la Philosophie dans le boudoir. Sous sa direction précise (on lui doit également la scénographie et les costumes), les acteurs servent le texte dans ses multiples dimensions, caustique, cynique, émouvant, drôle ou tout simplement réaliste. La lumière de Stéphane Colin est vraiment somptueuse. Un spectacle à marquer d’une pierre blanche.

Le festival a connu une fréquentation importante de programmateurs, dont 37 étrangers venus de 20 pays parmi lesquels l’Italie, la Suède, le Danemark et même le Brésil. Encouragé par le succès de la 14e édition, François Le Pillouër, après Quimper et Lannion, rêve désormais d’étendre à Vannes sa collaboration. Mettre en scène pourrait ainsi devenir un festival qui mobilise peu à peu toute la Bretagne, un festival à la hauteur du dynamisme des artistes et créateurs bretons, en matière de danse et de théâtre. 

Jean-François Picaut


Festival Mettre en scène

Du 4 au 20 novembre 2010

Rennes Métropole, Quimper, Lannion

Hamlet Machine d’après Heiner Müller

Adaptation pour marionnettes et formes marionnettiques par la Cie Sans soucis

Mise en scène, scénographie, création des marionnettes : Max Legoubé

Du jeudi 18 au samedi 20 novembre 2010 à 19 heures

T.N.B., salle Parigot • 1, rue Saint-Hélier • 35000 Rennes

Durée : 1 heure

L’Empereur de Chine d’après Georges Ribemont-Dessaignes

Adaptation et mise en scène : Madeleine Louarn

Du jeudi 18 au samedi 20 novembre 2010 à 17 heures ou 19 heures ou 21 heures

L’Aire libre • 2, place Jules-Vallès • 35136 Saint-Jacques-de-la-Lande

Durée : 1 h 45

Le Château de Wetterstein de Frank Wedekind

Traduction de Jean-Louis Besson

Mise en scène, conception, scénographie et costumes : Christine Letailleur

Du mardi 9 au samedi 20 novembre 2010 à 18 heures ou 19 heures ou 20 heures

Durée : 2 h 15

T.N.B., salle Ropartz • 14, rue Guy-Ropartz • 35700 Rennes

Théâtre national de Bretagne, Centre européen théâtral et chorégraphique • 1, rue Saint-Hélier • 35000 Rennes

www.t-n-b.fr

Réservations : 02 99 31 12 31

18 € | 10 € | 8 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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