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21 novembre 2010 7 21 /11 /novembre /2010 13:20

Un festival qui se rit
des intempéries


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


La ville vit au ralenti, transie sous les trombes d’eau. Le festival Mettre en scène, lui, continue de réchauffer les cœurs et de faire bouillonner les esprits. Pour cette fin de semaine, le programme reste chargé et il n’y aura pas trop du dimanche et du lundi pour récupérer avant la deuxième partie.

black-tie anne-van-aarschot

« En atendant » | © Anne Van Aarschot

Vendredi 12 novembre 2010

Black Tie de Helgard Haug et Daniel Wetzel : est-ce
du théâtre ?

Rimini Protokol est un collectif allemand qui essaie de produire un théâtre documentaire et social. Leurs spectacles reposent toujours sur des situations réelles. Ils sont souvent interprétés sur scène par leurs protagonistes dans la vie réelle.

Ainsi Black Tie est-il interprété par Miriam Yung Min Stein, une jeune femme d’origine coréenne, adoptée par un couple d’Allemands. À travers le cas de Mlle Stein, « trouvée dans un carton, en 1977, en Corée du Sud, enveloppée dans du papier journal », les auteurs s’interrogent sur la question des origines, sur le phénomène social et politique de l’adoption, sur la nouvelle industrie liée à la découverte du génome humain.

Miriam Stein raconte, avec aisance, son histoire sur le ton de la conversation ou de la conférence familière. Son récit est étayé par la projection de documents administratifs, de photographies, de petits reportages. Hye Jin-choi lui donne la réplique dans quelques scènes et Ludwig tient la console et joue de la guitare, sur le plateau.

Le documentaire est bien construit, attrayant, mais, bien qu’il soit scénarisé, n’appartient pas au domaine du théâtre. À moins de considérer que les conférences de Connaissance du monde soient du cinéma.

Hamlet and the something pourri d’Alexis Fichet :
une demi-réussite

Pour cette nouvelle création, Alexis Fichet, le fils de Roland, signe à la fois le texte et la mise en scène. La pièce repose sur la relecture de la pièce de Shakespeare par Paul McCarthy, l’artiste américain célèbre par ses performances centrées sur le corps, le sexe et notre société de consommation.

On se désintéressera vite du propos idéologique sur notre rapport profond à la nature et à l’écologie qui n’est guère prétexte qu’à de la logomachie. L’intérêt de la pièce est ailleurs. Il réside dans la scénographie de Bénédicte Jolys : on n’oubliera pas de sitôt le château gonflable qui se dresse et s’effondre à volonté ou les dauphins gonflables. Il est dans le charme et l’invention des costumes de Laure Mahéo. Il est dans le rythme de la première partie de la pièce et dans le jeu décalé des acteurs : Yoan Charles (Hamlet) et Bérangère Lebâcle (Ophélie). Il se manifeste avec éclat dans la performance de Thomas Gonzalez en Paul McCarthy. Pourquoi faut-il que tout cela s’enraye dans la deuxième partie ?

L’Arlequin de Trickster de Didier Galas : excellent
quand il sait se taire

On le reconnaît dès ses premiers pas en scène. Avec sa démarche souple et saccadée à la fois, son allure facétieuse, c’est bien lui, Arlequin. Avec lui, un balai devient cheval de sorcière ou de dressage ou un sexe démesuré. Son numéro tient, en effet, de la pantomime et de la commedia dell’arte et ne répugne pas à la scatologie.

C’est également un expert dans l’art des masques. Didier Galas, par des changements à vue astucieux, devient avec aisance un Chinois, un Japonais ou une poupée gonflable. L’interaction avec le public se fait parfaitement, sans paroles.

Hélas, le verbe arrive. D’abord simple borborygme, il s’élabore et devient parole. Malgré un travail vocal intéressant, le spectacle semble alors patiner. Il s’enlise même dans les dernières minutes avec l’histoire du grand-père. Espérons qu’il ne s’agit là que d’imperfections liées à une œuvre encore en construction et qu’elles auront disparu pour la tournée départementale.

En atendant d’Anne Teresa De Keersmaeker :
une polyphonie (dé)concertante

En atendant (avec un seul t comme en ancien français) commence par un remarquable solo de flûte traversière interprété par Michael Schmid. Sans reprendre son souffle, pendant un temps qui paraît infini, plusieurs minutes, il fait alterner un son soufflé et deux émissions, l’une aiguë et l’autre grondante, jusqu’au cri final quand il reprend enfin sa respiration. C’est que, comme dans ses pièces précédentes, Anne Teresa De Keersmaeker explore les rapports entre danse et musique. Ici, il s’agit de l’ars subtilior, cette forme musicale du xive siècle, à la polyphonie ambitieuse.

On est un peu surpris par les tenues peu élégantes des danseuses, qui arborent des baskets avec des robes peu seyantes. Mais, visiblement, Anne Teresa De Keersmaeker ne cherche pas à faire dans la joliesse sur ce plateau nu, délimité par une bande de terre ocre et où le seul ornement est le banc de bois sur lequel s’asseyent les musiciens.

L’esprit se perd un peu dans cette polyphonie savante de mouvements, parfois bien raides, qui fait écho à la polyphonie musicale. Cependant, au milieu des courses, des chocs, des rencontres, la grâce se fait jour, fugacement, comme une pause dans le mouvement infini du temps. Dans le dépouillement et l’épure, de toute leur puissance, les huit danseurs (trois femmes et cinq hommes) nous entraînent en dehors du temps pour un spectacle d’une heure quarante qu’on aimerait prolonger. 

Jean-François Picaut


Mettre en scène

Du 4 au 20 novembre 2010

Rennes Métropole, Quimper, Lannion

Black Tie, de Helgard Haug et Daniel Wetzel

Du mercredi 10 au samedi 13 novembre 2010

Musée de la danse / C.C.N.R.B. • 38, rue Saint-Melaine • 35000 Rennes

Durée : 1 h 20

Hamlet and the something pourri, d’Alexis Fichet

Du mardi 9 au samedi 13 novembre 2010

Théâtre de la Parcheminerie • 23, rue de la Parcheminerie • 35000 Rennes

Durée : 1 h 30

L’Arlequin de Trickster, de Didier Galas

Du mardi 9 au samedi 13 novembre 2010

L’Aire libre • 2, place Jules-Vallès • 35136 Saint-Jacques-de-la-Lande

Durée : 1 h 20

En atendant, d’Anne Teresa De Keersmaeker

Vendredi 12 et samedi 13 novembre 2010

Le Triangle / Cité de la danse • 1, boulevard de Yougoslavie • 35200 Rennes

Théâtre national de Bretagne, Centre européen théâtral et chorégraphique • 1, rue Saint-Hélier • 35000 Rennes

Réservations : 02 99 31 12 31

www.t-n-b.fr

18 € (24 € pour En atendant) | 10 € | 8 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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