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8 juillet 2010 4 08 /07 /juillet /2010 22:19

À Jazz à Vienne, c’est tous
les jours que la fête continue


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Jazz à Vienne est entré dans sa dernière semaine après une pause dominicale mise à profit pour célébrer le trentième anniversaire. Cette deuxième semaine est au moins aussi riche que la première. Le programme varié offre Michel Portal, Manu Katché, Carlinhos Brown, Angélique Kidjo, Diana Krall, entre autres…

Dimanche 4 juillet 2010

Aujourd’hui, c’est la pause pour les scènes du festival. Le spectacle est dans la rue. Sur une idée de la compagnie La Belle Zanka, un défilé retraçant les trente ans de Jazz à Vienne à travers les affiches de Bruno Théry (depuis 1988) a parcouru la ville, accompagné par plusieurs millers de personnes. Le public a pu apprécier plus de 200 costumes bariolés et pleins de fantaisie réalisés par des bénévoles dans l’atelier du Kabaret Fabtik. Ce Jazz Carrousel s’est terminé sur la place de l’Hôtel-de-Ville par un spectacle de danse et d’acrobatie, visible uniquement des premiers rangs de la foule compacte, hélas ! C’est bien dommage d’ailleurs, car cette belle fête à laquelle de très belles percussions donnaient un air africain aurait mérité d’être appréciée de tous.

Lundi 5 juillet 2010

La musique reprend tous ses droits avec la carte blanche à Michel Portal et Manu Katché, une soirée S.P.E.D.I.D.A.M.. L’affiche est superbe et le programme a de quoi satisfaire tous les amateurs de jazz, même si Manu Katché déclare ne pas être « un vrai batteur de jazz » – il est vrai qu’il se compare alors à Elvin Jones et autres pointures. Ne soyez pas trop modeste, Manu, votre talent n’est pas mince. Les deux maîtres de cérémonie avaient convié le guitariste Sylvain Luc et le contrebassiste Miroslav Vitous, un des fondateurs de Weather Report. On les a d’abord entendus en quartette pour Manu Katché, avec Alfio Origlio (claviers), Laurent Vernerey (basse) et Tore Brunborg, excellent au saxophone. Portal, lui, s’est d’abord produit en quintette avec Bojan Z (claviers), Ambrose Akinmusire (trompette), Nasheet Waits (batterie) et Scott Colley (basse). Auparavant, Sylvain Luc, en guitare solo, avait été très applaudi pour des morceaux tirés de son dernier album, Standards (Dreyfus Jazz/Sony Music-2009).

Si ces mises en bouche étaient particulièrement consistantes et appétissantes, il était clair que le public se réservait un peu pour ce qu’il considérait comme le plat de résistance : la rencontre des quatre grands. Et il n’a pas été déçu. Dans une symbiose qui est allée croissant jusqu’au bis, sans que les musiciens y perdent leur personnalité, Portal, Katché, Luc et Vitous ont donné une bonne illustration de ce que peuvent accomplir quatre grands qui consentent à se livrer. Le public, même s’il n’a pas toujours entendu des choses familières ou faciles, a su le reconnaître par une très longue ovation.

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Mart’nalia | © Jean-François Picaut

Mardi 6 juillet 2010

Ce soir, le Théâtre antique vit à l’heure du Brésil, c’est dire si la soirée s’annonce fiévreuse. C’est d’abord Mart’nalia qui fait danser le parterre et bientôt tout le théâtre. Cette chanteuse, guitariste, percussionniste, naturelle et très décontractée mais fort sensible à l’évidence, a d’emblée séduit le public par une voix ample et chaleureuse, à laquelle un léger voile, ou un grain charnu si l’on préfère, confère un charme supplémentaire. La samba de Miss Mart’nalia ne ronronne pas, et la chanteuse sait bouger et danser comme elle sait entraîner le public par sa bonne humeur, sa gentillesse et son sourire. À marquer d’une pierre blanche.

Après l’entracte, c’est l’arrivée très spectaculaire de Carlinhos Brown, que les habitués de Vienne connaissent bien. Costume blanc, lunettes noires, énorme panache que n’aurait pas renié un grand chef indien, le percussionniste, chanteur et danseur déchaîne immédiatement l’enthousiasme. Le citoyen engagé qu’il est ne manque pas non plus, faisant l’effort de parler français, de plaider pour ses thèmes familiers : la dignité humaine, la justice sociale, le respect de tous, avec une teinte de religiosité.

Comme son homologue américain, feu James Brown, il est doté d’une présence scénique peu commune, et son spectacle est très physique. D’entrée de jeu, il sollicite le public, le fait bouger, danser puis chanter, n’hésitant pas à descendre dans l’arène pour être plus convaincant. La vedette est parfaitement soutenue par un groupe de dix musiciens pétris de talent qui ne ménagent pas leur peine non plus. Inutile donc de préciser que l’enthousiasme du public a été à la hauteur des efforts fournis : alors que Carlinhos Brown était déjà en studio avec Elsa Boublil sur France Inter, les appels désespérés du public l’ont fait revenir sur scène accompagné de l’excellente animatrice de Summertime, comme les auditeurs de la station ont pu l’entendre.

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Mahotellas Queens | © Jean-François Picaut

Mercredi 7 juillet 2010

Ce soir, le cœur du festival bat au rythme de l’Afrique et plus précisément de l’Afrique du Sud. Ce sont d’abord les Mahotellas Queens (Semola Hilda Tloubatla, Nontsomi Mildred Mangxola et Nobesuthu Gertrude Mbaduun, trio de mamies chanteuses âgées de 64 ans à 68 ans). Dans leur tenue très colorée, elles montrent que l’âge, qui a épaissi leur silhouette (elles en plaisantent), n’a en rien altéré la puissance de leur voix ni leur sens du spectacle. Ces femmes chantent en dansant des airs que le régime d’apartheid avait interdits, mais qu’ont repris, entre autres, Harry Belafonte, Johnny Clegg ou Manu Dibango. Séduit par leur engagement et leur simplicité, le public, de bas en haut du théâtre, ne tarde pas à entrer dans la danse.

Après l’entracte, à l’initiative d’Angélique Kidjo, Jazz à Vienne célèbre Mama Africa, à la fois Miriam Makeba, la grande chanteuse sud-africaine disparue et l’Afrique mère de l’humanité. Pour ce Tribute to Miriam Makeba, la chanteuse d’origine béninoise a réuni un plateau africain de rêve : Rokia Traoré (Mali), Asa (Nigéria), Baaba Maal (Sénégal), Sayon Bamba (Guinée-Konakry) et Vusi Mahlasela (Afrique du Sud). À ces vedettes, il convient d’ajouter Faith Kekana, Stella Khumalo et Zamo Mbutho, qui furent longtemps les choristes de Makeba.

Comme le dit Angélique Kidjo, quand on parle de l’Afrique, c’est toujours en termes péjoratifs ou sous forme de clichés. Ce spectacle montre, et de quelle manière, que c’est également un continent qui regorge de talents. C’est évidemment une grande émotion que de retrouver, le temps d’un concert, celle qui fut non seulement une très grande artiste, mais une vraie citoyenne du monde ou, comme l’on dit, une conscience. À travers vingt titres (il faudrait les citer tous), cette pléiade d’artistes montre, chacun à sa façon, que le chant de Miriam Makeba n’a pas pris une seule ride.

Tous ont un talent fou, mais on se permettra de citer particulièrement Angélique Kidjo, qui, tout en se mettant au service de ses camarades, s’est signalée par un engagement artistique et citoyen total. Rokia Traoré, elle, a interprété Makeba, avec modestie, de cette voix inimitable qui a donné une autre dimension aux titres originaux. Sayon Bamba, dans un style très engagé, proche de la gestuelle traditionnelle, a su donner une belle jeunesse aux chansons qu’elle avait choisies. Et il ne faudrait pas oublier Asa, ce petit bout de femme à la voix puissante, qui a fait swinguer Makeba en lui conférant quelques tonalités blues. À la fin du spectacle, le public sous le charme avait du mal à quitter le théâtre. 

Jean-François Picaut


Festival Jazz à Vienne (38), 30e édition, du 25 juin au 9 juillet 2010

Festival Jazz à Vienne • 21, rue des Célestes • 38200 Vienne

Tél. 04 74 78 87 87

Fax 04 74 78 87 88

Renseignements : www.jazzavienne.com

Billetterie : billetterie@jazzavienne.com

Commandez en ligne et imprimez vous-mêmes vos billets à domicile.

Infoline : 0892 702 007 (0,34 euros/min)

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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