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17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 16:09

Tous les jazz

pour tous les publics


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Pour sa vingt-troisième édition, Jazz à l’Ouest irrigue l’agglomération rennaise avec une programmation de qualité internationale, nationale et régionale. La M.J.C. Bréquigny et ses partenaires peuvent se flatter d’avoir organisé, avec les préludes et les suites, un bain de jazz durant un mois entier.

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François Moutin | © Jean-François Picaut

Essaimant à partir de la maison mère que constitue la M.J.C. Bréquigny, Jazz à l’Ouest cette année aura été présent dans les communes de Cesson‑Sévigné, Mordelles, Noyal‑Châtillon-sur‑Seiche et Pacé, dans huit lieux de spectacle rennais sans compter les bars et autres caves. Preuve supplémentaire de la vitalité du jazz autour de la capitale bretonne, nous y reviendrons prochainement.

La richesse de la vie culturelle dans cette ville, source de satisfaction et de frustration aussi pour les chroniqueurs, nous aura fait manquer des pointures comme le contrebassiste Butch Warren, compagnon de Thelonious Monk, ou Paco Séry, le batteur qui accompagna notamment Pastorius et Zawinul. Nous n’aurons pas vu non plus les jeunes talents de la scène régionale que sont Laura Perrudin Quartette, Flat Iron, Chlorine Free et Julia Chesnin, sans parler d’E.S.P.+1 qui fut la découverte de l’édition 2010. Nous avons néanmoins vu de fort belles choses.

Moutin, Pilc, Hoenig trio : au cœur du sujet

Le 11 novembre, la M.J.C. Bréquigny accueillait le trio composé d’Ari Hoenig (batterie), François Moutin (contrebasse) et Jean‑Michel Pilc (piano). Inutile de dire que les aficionados étaient nombreux à s’être déplacés. Ils auront été récompensés par un concert d’une grande densité, mêlant l’inventivité, l’émotion et toujours la plus grande musicalité.

L’écoute entre ces trois‑là est telle qu’elle donne souvent l’impression d’une totale osmose. On passe fréquemment de la plus grande lenteur, qui donne l’impression d’un rythme et d’un temps suspendus, au déchaînement sonore le plus puissant, mais pour mieux faire apprécier le retour à un calme quasi élégiaque.

Hoenig est aussi à l’aise avec un délicat travail aux balais dans une ballade que dans une pièce rapide où il va progressivement faire donner toutes ses caisses et ses cymbales, jusqu’au paroxysme. Entre‑temps, il pimente de ses trouvailles rythmiques ou mélodiques le jeu de ses compagnons. Ajoutons que ses mimiques feraient à elles seules un spectacle complet.

Flegmatique, Jean‑Michel Pilc lui concède quelques apartés avec le grand François Moutin qui semble faire corps avec sa contrebasse ou danser avec elle, sans se priver d’y glisser quelques commentaires bien venus. Pilc est un pince-sans-rire qui affecte volontiers l’air bougon, mais vous passe subrepticement quelques notes d’Ils ont des chapeaux ronds dans un morceau très sérieux ! Lui aussi est un adepte des voyages express douceur-frénésie aller-retour. On aime ses trouvailles harmoniques et son inventivité dans l’improvisation.

François Moutin, bien qu’il se tienne légèrement en retrait sur la scène, a l’air de trôner entre ses deux complices. Qu’il assure la mélodie grâce à sa technique éblouissante dans l’aigu ou qu’il mène le rythme (du plus lent au plus infernal), tout chez lui a l’air aisé. Et pourtant, il ne ménage pas sa peine, sa longue chevelure blonde lui envahissant souvent totalement le visage. Mais, quand il relève la tête, c’est le plaisir de jouer, plaisir contagieux, qui éclate dans ses yeux et dans son sourire.

Que reprocher à ce trio ? Seulement d’avoir cédé au snobisme de ne pas présenter ce qu’ils ont joué, sous le prétexte fallacieux « qu’on a déjà oublié ce qu’on vient de jouer et on ne sait pas encore ce qui va venir ». Mais que ne pardonne‑t‑on pas au talent ! On ne se lasse pas de ce trio.

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Gaël Horellou | © Jean-François Picaut

Gaël Horellou quartette : invention et générosité

C’est sur la scène de la salle Hubert-Curien, aux Champs libres (Rennes) que nous retrouvons Gaël Horellou. Le jeune saxophoniste normand (il n’a pas encore quarante ans) est ici entouré par Étienne Déconfin (piano), Antoine Paganotti (batterie) et Nicolas Moreaux (contrebasse).

Le programme est composé quasi exclusivement de compositions du saxophoniste, à l’exception de Come Sunday. Le quartette donne de cette ballade de Duke une version très éloignée de l’électro‑jazz qui eut un temps les faveurs d’Horellou. On peut goûter sans retenue la sonorité délicate et soyeuse du saxophone et le swing solide de tout le groupe. Étang-Salé permet d’apprécier une contrebasse mélodique. Au fil des morceaux de belle longueur (Saint‑Leu, Jackie McLean, Clifford Jordan), on apprécie la complicité du quartette, qu’il s’agisse de rivaliser en dextérité et en virtuosité comme dans une joute ou de glisser de passages paroxystiques à la plus grande douceur, tout naturellement.

Gaël Horellou plaît par la précision de son toucher, un son rond et plein des graves aux aigus, son sens de la mélodie et du rythme. Il n’écrase pas pour autant ses compagnons : Nicolas Moreaux à qui il arrive de jouer de la contrebasse comme d’une guitare, Étienne Déconfin très subtil au piano et Antoine Paganotti puissant et délicat selon les moments, mais toujours dans le jeu. Ces quatre‑là nous ont offert une belle heure de musique longuement applaudie par la salle.

Madeleine Peyroux quintette : une belle assurance

Les circonstances ont fait que nous n’avons pu assister qu’à une petite partie du concert de Madeleine Peyroux au Carré Sévigné à Cesson-Sévigné (35). Ces quelques morceaux ont été suffisants cependant pour effacer le souvenir d’une Madeleine Peyroux paralysée par la scène lors de Jazz à Vienne 2005.

Ici, toute forme de timidité a disparu et la chanteuse guitariste porte fièrement son répertoire jazz‑folk tiré de son dernier album, Standing on the Rooftop (Emarcy, 2011). La présence scénique est réelle, la voix plus assurée, tout le groupe porte un répertoire dynamique. Vraiment, de quoi inspirer des regrets ! 

Jean-François Picaut


Festival Jazz à l’Ouest à Rennes Métropole (35)

23e édition, du 8 au 16 novembre 2012

M.J.C. Bréquigny • 15, avenue Georges-Graff • 35200 Rennes

Réservations : 02 99 86 95 95

www.mjcbrequigny.com

28 € | 18 € | 15 € selon les lieux et les concerts et tarifs réduits

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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