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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 13:57

T. Hamasyan et A. Cohen :
un finale en apothéose


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Pour sa dernière soirée, le festival a vu grand en s’installant au Liberté, la plus grande salle de Rennes intra-muros. Plus de mille festivaliers ont répondu présent pour les concerts de Tigran Hamasyan et d’Avishai Cohen. Les deux artistes ont offert des prestations à la hauteur de l’attente, qui était grande.

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Tigran Hamasyan | © Jean-François Picaut

Vendredi 18 mars 2011

Tigran Hamasyan : un grand moment de piano

Nos lecteurs ont déjà rencontré le jeune prodige arménien à l’occasion du premier festival Jazz à L’Étage. En trio, nous avions eu affaire à un virtuose quelque peu survitaminé. Un an plus tard, nous le retrouvons en solo, toujours aussi virtuose, mais beaucoup plus apaisé pour un programme issu de son dernier album, A Fable, chez Universal Music.

Adieu la chemise à carreaux, façon bûcheron canadien, Tigran arbore une seyante tunique noire sur un pantalon gris clair. Il ne se lève plus sans cesse de son siège de piano pour rechercher ou asséner tel ou tel accord. Il se penche toujours autant sur son instrument, à en effleurer les touches de son nez, mais ce n’est plus dans une forme de lutte. L’attitude est plutôt celle de la conversation confiante où l’on se penche pour écouter ou murmurer à l’oreille. Éloigné de son instrument, il donne toujours l’impression d’un frêle jeune homme un peu timide. L’absence d’écran vidéo le fait paraître un peu perdu avec son piano au milieu de cette grande scène. Cette apparence est encore plus sensible du balcon.

La musique se fait plus mélodique, moins tonitruante et plus subtile, envoûtante. On serait tenté de qualifier cette nouvelle attitude de maturité si l’artiste n’était pas aussi jeune (24 ans). On pense aussi au qualificatif de « classique », mais c’est pour y renoncer immédiatement sachant la connotation qu’il a pour trop de gens, hélas ! Un morceau semble sonner à nos oreilles comme du Squiban. Pour Longing, il chante vraiment, et son chant fait penser aux berceuses de son pays. Il sait vocaliser aussi. Le musicien et son public avec lui semblent en état de grâce. Un état que l’entracte vient interrompre trop tôt.

Avishai Cohen danse avec sa contrebasse

Pour la deuxième partie de la soirée, l’attente paraît encore plus forte. Elle ne sera pas déçue par le parrain du festival qui aura à cœur de donner une vision complète de ses grands talents. Le programme est, pour partie, tiré de Seven Seas, son dernier album (Blue Note EMI), mais il puise également dans les précédents et comporte aussi des standards. Avishai Cohen démarre par une mélodie très douce, aux allures de chant juif, sur lequel il murmure dans une tonalité grave. Le morceau suivant, en pizzicato, évoque un phrasé de guitare arabo-andalouse. Sur un autre morceau, il démarre en duo avec le piano par un travail à l’archet en cordes frottées puis frappées, avant de passer aux cordes pincées lorsque les balais du batteur entrent en jeu. Un autre titre encore commence par un superbe solo mêlant pizzicato et jeu percussif, puis le piano et la batterie font une entrée tonitruante qui se mue en un dialogue apaisé, conclu par un finale déchaîné de la batterie tandis qu’Avishai Cohen danse avec sa contrebasse. Le batteur se nomme Amir Bresler. Retenez bien ce nom, car il s’agit encore d’un jeune talent très prometteur auquel le public a justement réservé une véritable ovation.

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Avishai Cohen | © Jean-François Picaut

Suivent une version instrumentale très originale de Besa me mucho et Seven Seas, une pièce qui commence dans la fièvre de l’urgence pour finir dans un climat serein. Amore permet à Shaï Maestro, le pianiste, de faire admirer toute la finesse de son jeu. Le public, debout, applaudit longuement la fin du concert. Pour le premier rappel, Avishai Cohen interprète en solo Alfonsina y el Mar, en hommage à Mercedes Sosa. Il y déploie ses talents de chanteur, récemment révélés, en prouvant qu’il a l’étoffe d’un excellent crooner avec une voix agréable, légèrement voilée. Il rappelle ensuite sa fierté d’avoir été choisi comme parrain de ce festival, auquel il promet un bel avenir. On sent qu’il est totalement libéré, l’osmose entre lui et son public est à son faîte. Le concert n’est pas fini.

Et après ?

Pour Yann Martin, le directeur artistique de Jazz à L’Étage, les choses sont claires : « Le festival est désormais installé pour durer ». Et d’énumérer ses projets : « Nous allons collaborer très étroitement avec le festival Couleurs jazz de Saint-Malo et investir l’ensemble du département, notamment dans le cadre de la journée City jazz, qui fut un réel succès ». Il parle aussi « d’augmenter considérablement la jauge pour la dernière soirée et d’investir de jolies salles dans l’agglomération rennaise… ». Pour la programmation, il confesse avoir d’ores et déjà commencé à y travailler, mais souhaite garder le secret, ce qui se comprend. Il faut reconnaître que le bilan, encore provisoire, a de quoi donner des ailes à de plus timorés que Yann Martin. Le festival n’a-t-il pas accueilli plus de 3 300 personnes (payantes) tout au long des cinq jours (dont plus de 400 personnes, le mercredi, et 1 300, le vendredi, au Liberté). Les deux soirées ont d’ailleurs affiché complet. Nos chroniques ont fait état de l’adhésion du public et les partenaires se disaient enchantés, ce qui constitue un gage pour le futur. Avec de tels auspices, on attend avec impatience la troisième édition. 

Jean-François Picaut


Jazz à L’Étage 2011

http://www.jazz35.com/index.php/jazz-a-letage/infos-pratiques/contacts

Du 14 au 18 mars 2011

À Rennes et dans diverses villes de Rennes Métropole

Association Jazz35

http://www.jazz35.com

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

phil 23/03/2011 11:28



Amir Bresler ! Merci !


J'ai  cherché partout le nom du batteur sur le web, en vain. Même la chronique du concert, sur le site organisateur de l'évenement se trompe en créditant Itamar Doari.


Merci pour cette trouvaille ! Ce batteur est un phénomène, il a un sens du chorus énorme.


 



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