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19 mars 2011 6 19 /03 /mars /2011 17:19

Jazz à L’Étage : la pression monte


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


La douceur printanière des deux premiers jours s’est estompée, mais les festivaliers, eux, ont un début de fièvre. La journée promet d’être chaude avec trois concerts : Guillaume Saint-James et son Jazzarium, Prysm pour « Five » et, the last but not the least, Jus de bosce avec Médéric Collignon en personne. Attention, ça va (sur)chauffer !

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Jus de bocse | © Jean-François Picaut

Jeudi 17 mars 2011

Guillaume Saint-James : avis de tempête dans un sextette

Jazzarium, c’est-à-dire le trio formé par Geoffroy Tamisier (trompette), Guillaume Saint-James (saxophones) et Jean-Louis Pommier (trombone), complété par Franck Tortiller (vibraphone), Jérôme Séguin (basse électrique) et Christophe Lavergne (batterie), ouvre les festivités pour l’avant-dernier jour du festival Jazz à L’Étage 2011. Le programme est tiré de leur dernier album autoproduit, Météo Songs. Le public, cueilli à l’heure de l’apéritif, se laisse emporter sans chavirer par un Caprice des tornades. Le trombone de Jean-Louis Pommier fait des merveilles dans Tango pour Sirius. Le mélodieux Souffle d’éden nous berce pendant quelques mesures avant que l’évidence ne s’impose : le Verglas ne fond pas. Nous arrivons cependant à bon port, soutenus par l’humour de bon aloi du capitaine Saint-James, qui a signé les compositions et les arrangements. Ces variations climatiques, très écrites, font la part belle à l’harmonie et chaque membre du sextette tient parfaitement sa partie, en interventions souvent courtes, pour ce voyage qui sait nous faire rêver, en ce pays de tempêtes, sans trop nous décoiffer.

Prysm : Giuliani en maestro assoluto

Nos lecteurs connaissent déjà le trio Prysm. Ce soir, l’accident de Pierre de Bethmann [voir chronique nº 1] l’a réduit au duo formé par Christophe Wallemme (contrebasse) et Benjamin Hénocq (batterie), mais il est complété par deux invités : le jeune guitariste (29 ans), venu du classique et membre de l’Orchestre national des jeunes (ONJ), Pierre Perchaud, et le grand saxophoniste italien Rosario Giuliani. Le programme est en grande partie issu de Five, le dernier album de Prysm (Plus loin music), mais l’absence de Pierre de Bethmann lui confère une autre coloration. On s’en rend compte dès le premier morceau, Reflexion, une composition de Christophe Wallemme, qui met Giuliani en avant. La chose est confirmée avec Secret World (Benjamin Hénocq), où le saxophoniste italien fait des merveilles avec son alto. Il est également la vedette incontestée de Mr Dodo, une de ses compositions (Dreyfus jazz), caractéristique de son style alliant un grand sens de la mélodie et un swing impeccable. Il ne faudrait pas croire pourtant que ses compères n’ont fait que de la figuration. Certes le duo Wallemme-Hénocq constitue une paire rythmique de tout premier plan, mais ils nous ont également montré leurs talents de solistes. C’est tout particulièrement vrai de Walemme dans une improvisation heureusement intitulée Jazz à L’Étage (!), qui comporte notamment de très beaux passages à l’archet et quelques accents qu’on pourrait qualifier de « balkaniques orientaux ». Quant à Perchaud, c’est évidemment un sideman qui n’a rien d’un simple comparse. Ses interventions, toujours justes et mesurées, nous ont donné un aperçu de son talent qui est grand. À ce stade, la pause est nécessaire avant de plonger dans un tout autre bain avec Médéric Collignon.

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Médéric Collignon | © Jean-François Picaut

Jus de bocse et Médéric Collignon, l’être-musique : fabuleux

L’atmosphère est déjà très électrique, dans une salle comble, lorsque, aux environs de 22 heures, Jus de bocse (Frank Woeste aux claviers, Frédéric Chiffoleau à la basse électrique, Philippe Gleizes à la batterie et Médéric Collignon au cornet et à la voix) fait son entrée en scène. D’entrée de jeu, le ton est donné par une rythmique enfiévrée sinon endiablée. Tel un nouveau Monsieur 100 000 volts, Médéric Collignon, le trublion du jazz, qui en est aussi le ludion sans cesse en mouvement, mène la danse. On a peine à croire que le feu follet qui s’agite sous nos yeux est le même homme, professionnel maniaque, qui réglait lui-même minutieusement son micro et ses « trucs » quelques instants auparavant, en nous expliquant : « C’est tellement précis et sensible, ces petites choses-là, que tout le monde gagne du temps si je le fais moi-même ! ». Bientôt, le corniste virtuose (quelle vélocité et quels aigus !) va laisser la place au vocaliste. Encore n’est-on pas sûr que le terme convienne vraiment tant l’homme sollicite différentes modalités de la « voix » : paroles, onomatopées, borborygmes, jeux de glotte, claquements de langue, vibration du larynx, etc. Il va même jusqu’à siffler comme un vulgaire voyou. Comme si cela ne suffisait pas, il arrive à Collignon de prêter main forte aux cymbales ou aux claviers. Il assure lui-même également les commentaires, désopilants. Quand la tornade semble se calmer, c’est un peu comme la bonace : l’accalmie avant la tempête ! Ajoutez à cela une gestuelle de rock star et vous comprendrez l’enthousiasme du public, surtout le plus jeune. Les trois complices de Collignon dans cette affaire, même s’ils jouent impeccablement, sont un peu relégués à l’arrière-plan par la personnalité exubérante de Médéric Ier.

La musique elle-même, en hommage à la période électrique de Miles Davis, est souvent plus proche de ce qu’il est convenu d’appeler les « musiques actuelles » que du jazz de papa. Deux morceaux inspirés du maître ont déchaîné l’enthousiasme : Mademoiselle Mabry et surtout Interlude. Ils figurent sur le dernier album de Jus de bocse, Shangri-Tunkashi-La (Plus loin music). Après deux heures de concert, le spectacle prend fin dans un déluge de décibels, et le critique, épuisé mais ravi comme un nageur au long cours, aborde aux rives calmes de la nuit.

Cette deuxième édition est décidément riche en émotions puisque demain nous avons rendez-vous avec deux nouveaux monstres sacrés de la scène jazz : Tigran Hamayan et Avishai Cohen. 

Jean-François Picaut


Jazz à L’Étage 2011

http://www.jazz35.com/index.php/jazz-a-letage/infos-pratiques/contacts

Du 14 au 18 mars 2011

À Rennes et dans diverses villes de Rennes Métropole

Association Jazz35

http://www.jazz35.com

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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