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19 août 2012 7 19 /08 /août /2012 14:47

Goethals fait son cirque

à Bussang


Par Cédric Enjalbert

Les Trois Coups.com


À la tête du navire Bussang, un nouvel amiral : le Belge Vincent Goethals a pris la barre, succédant à Pierre Guillois. Sous sa houlette, une épopée sillonnant les frontières prise dans les flots tourmentés de l’histoire, un récital à la Brel qui tire quelques larmes et désensable les esgourdes, un cirque suranné délicieux, tenus par une bande de vieux escogriffes russoïdes. L’amiral Goethals est sur le pont, Bussang toutes voiles aux vents. Cap sur de nouveaux mondes.

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Théâtre du Peuple | © D.R.

Vieux loups de mer, jeunes mousses et compagnons de route qui connaissent la manœuvre : voici l’équipage de ce navire renversé qu’est le Théâtre du Peuple. Cette grange charpentée comme une coque de navire, accueille chaque années pour un mois et demi des dizaines de comédiens et des milliers de spectateurs pour une traversée théâtrale transartisitique. Musique et danse, des textes denses et prolixes, du théâtre d’objets et de marionnettes, du cabaret léger, de la musique.

C’est d’ailleurs le coup de barre donné cette année par le nouveau capitaine de ce théâtre : la musique. Vincent Goethals a fait monter dans la prairie qui se déroule aux côtés de la bâtisse, carré vert sur fond d’art, un chapiteau. Nadine Jadin‑Pouilly, grande élégante en robe noire, actrice passée à la chanson, y tourne sa langue sept fois dans la bouche des poètes et des chansonniers. Sous le chapiteau, pas de cirque pourtant : les chansons filent droit, sans détour ni effets de manche. Passé deux textes et mélodies faibles, le récital prend chair. Un hommage à Brel, un emprunt à Victor Hugo, un détour par Perret, une chanson en l’honneur des femmes tunisiennes qu’on aimerait ne pas voir devenir un simple complément de l’homme : le récital de Mme Jadin‑Pouilly est éclectique mais pas erratique. Droit au cœur du sujet, il tapote vivement le cardiaque, avec une chanson sur la mère, qui aime quoi qu’elle fasse, quoi qu’on en dise ; demain dès l’aube, et son bouquet de houx vert, d’un Victor Hugo pleurant sa fille ; des textes de Tachan flirtant avec Verlaine, des chansons d’Allain Leprest… Ces chansons utiles fussent‑elles futiles ne déméritent pas du lieu : par l’art, pour l’humanité.

L’humanité, on la retrouve sur la pelouse. Un verre de délicieux voyou et une tarte aux myrtilles plus tard, il est temps de reprendre dans la grange avec le spectacle du soir. Caillasses, de Laurent Gaudé, bavard, comme à l’habitude. Il a écrit son texte sur une commande de Vincent Goethals, prenant compte des contraintes du lieu : personnages nombreux, intrigue développée pour tenir les deux heures trente qui font loi, et pas trop élitiste. L’auteur de Caillasses tient la corde par les trois bouts avec plus d’acrobatie que de dextérité. La durée et la distribution de commande sont devenues contraintes, et pas de celles qui font des étincelles. Délayé, jouant des chœurs, histoire de mettre en scène des groupes, Caillasses jongle avec un sujet trop évidemment identifié pour s’élever au niveau métaphorique de la fable, et trop peu assumé pour relever du sujet d’actualité. Caillasses relate l’histoire tragique de familles et de peuples qu’une frontière déchire. Des camps, une guerre et des bombardements, des réfugiés, des déplacés, des passeurs. Bref, un conflit israélo-palestinien. Trop prosaïque pour faire rêver, voire penser, trop peu engagé pour parler du monde tel qu’il va mal, Caillasses ne trouve pas sa place. Grossier pour les uns, trop élitiste pour d’autres.

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Théâtre du Peuple | © D.R.

L’histoire débute pourtant joliment, avec une amorce à la Mouawad : un passeur et une vieille femme émigrante échangent avec joie et profondeur. Aux côtés de Marc Schapira, on retrouve une des fidèles « amatrices » du Théâtre du Peuple : Christiane Lallemand – chaque année des dizaines de rôles sont partagés entre les comédiens professionnels et amateurs, plus rarement distribués dans des rôles‑titres comme celui‑ci. Un duo réussi. Une autre réussite : la scénographie. Emporté dans les bagages de Vincent Goethals, Jean‑Pierre Demas émigré a conçu un décor minimal, constitué de quatre modules qui, grâce à l’ingéniosité des lumières, dessinent autant de mondes et d’univers.

D’univers, c’en est un tout autre qu’on retrouve dans le spectacle de l’après‑midi. Repensé espécialement par le Théâtre de la Licorne, Les encombrants font leur cirque ! Des vieux de la vieille de la piste, anciens artistes du saut périlleux, de la boîte à sardines, toqués dresseurs de moules, de lucioles, de cloportes, prestidigitateurs, escamoteurs, danseurs en charentaises, jockeys à dos de vautour : cette grande famille de bluffeurs, sérieux fantaisistes aux visages ridés par l’émotion, la passion et le temps, s’escriment à réaliser leurs rêves, aidés de mécanismes audacieux et de monstres de ferraille.

Le bestiaire forain du Théâtre de la Licorne a sillonné la France pendant près de dix ans. On peut certes s’étonner que l’arrivée de Vincent Goethals à Bussang soit marquée par une reprise. Mais quel plaisir de retrouver La Licorne mené par Claire Dancoisne, et ses marionnettistes agiles. Ses huit personnages en quête de rêve sont portés par autant de comédiens montés sur des ressorts, ceux du cirque et du cabaret, du jeu, du joyeux.

La joie prend chaque été ses quartiers à Bussang. Un chapiteau de plus cette année, sur le gazon, au cœur des festivités. Des amateurs dans les deux pièces, et une programmation qui reprend l’éclectisme des années passées. Des ateliers créés ici et là, des interventions chez les particuliers pérennisées. Il est tôt pour identifier exactement le cap tenu par Vincent Goethals (qui n’a eu qu’une petite année pour définir sa programmation et poser sa marque). Une chose certaine : Bussang reste à la fête, on ne le répète jamais assez, par l’art et pour l’humanité. Rendez‑vous en juillet 2013 pour la prochaine édition de cette saga populaire et théâtrale. 

Cédric Enjalbert


Caillasses, de Laurent Gaudé

Actes Sud-Papiers

Création 13 juillet 2012 au Théâtre du Peuple

Production du Théâtre du Peuple en coproduction avec l’Opéra‑Théâtre de Metz

Mise en scène : Vincent Goethals

Avec : Jean‑Marie Frin, Marion Lambert, Aurélien Labruyère, Marc Schapira

Et douze acteurs amateurs : Astrid Beltzung, Léonard Berthet‑Rivière, Lorenzo Bois‑Masson, Patrice Caray, Guillaume Cayet, Marion Dejardin, Élisabeth Glardon, Christiane Lallemand, Jean Martin, Isabelle Richard, Guy Stoffel, Céline Véron, Béatrice Willaume

Scénographie : Jean‑Pierre Demas

Costumes : Dominique Louis

Maquillage et coiffure : Catherine Saint‑Sever

Environnement sonore : Bernard Valléry

Lumières : Philippe Catalano

Corps et mouvement : Pascale Houbin

Conseillère dramaturgique : Isabelle Lusignan

Assistante à la mise en scène : Julia Vidit

Du 13 juillet au 25 août 2012 à 15 heures

Durée : 2 h 45 avec entracte

Tournée :

– le 29 septembre 2012 à La Rotonde de Thaon‑les‑Vosges

– les 12 et 13 octobre 2012 à l’Opéra‑Théâtre de Metz

Les encombrants font leur cirque

Création le 1er août 2012 au Théâtre du Peuple

Production du Théâtre de la Licorne en coproduction avec le Théâtre du Peuple et l’Institut international de la marionnette

Mise en scène, écriture et scénographie : Claire Dancoisne

Avec : Marie Godefroy, Nicolas Gousseff, Justine Macadoux, Nicolas Postillon, Chloé Ratte, Léo Smith et Maxence Vandevelde

Et quatre comédiens amateurs : Christophe Dagonnet, Sylvain Grépinet, Marie‑France Thomas, Marie‑Claire Utz

Création musicale : Pierre Vasseur

Création lumières : Philippe Catalano

Création des marionnettes : Hervé Lesieur

Du 1er au 24 août 2012 à 20 h 30

Durée : 1 h 5

Chansons (f)utiles. Récital

Avec : Nadine Jadin‑Pouilly au chant et Géraldine Agostini au piano

Du 20 juillet au 24 août 2012 à 19 heures

Durée : 50 minutes

Théâtre du Peuple - Maurice‑Pottecher • 40, rue du Théâtre • B.P. 03 • 88540 Bussang

www.theatredupeuple.com

Réservations : 03 29 61 62 47

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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