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30 juillet 2012 1 30 /07 /juillet /2012 12:50

 En direct du Festival et du Off d’Avignon 2012

 

Coup de cœur pour
les « Femmes de fermes »


Par Céline Doukhan

Les Trois Coups.com


Henri Dalem signe une adaptation fine et attachante d’un essai sociologique sur les femmes de ferme du Haut‑Doubs. Le résultat touche et surprend.

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« Femmes de fermes » | © Cyril Manetta

C’est un spectacle qui donne à entendre ce (et celles) qu’on n’entend jamais : la parole de femmes vivant ou travaillant dans des fermes. Si les témoignages sont ceux de femmes du Haut‑Doubs, la teneur en est universelle. On est plongé dans un quotidien fait de tâches immémoriales : la traite des bêtes, le potager, la lessive, les repas… Dans ces confessions tendres ou plus âpres, on voit défiler une vie exigeante, avec ses frustrations et ses joies aussi. Mais le spectacle n’est‑il qu’une ode à la gloire des travaux des champs, à des valeurs paysannes perdues ?

Pas du tout : la vie dans les fermes telle qu’elle est présentée est loin d’être idyllique. Et ce, d’autant plus que ces femmes abordent des aspects personnels, voire intimes de leur vie. Le premier amour, le mariage… Ces moments sont souvent drôles mais aussi touchants. Difficile de ne pas se reconnaître un peu dans ces récits.

Et on se laisse embarquer dans ce spectacle qui dévoile peu à peu une authentique humanité. On les aime, ces femmes ! Il ne s’agit pas de personnages clairement identifiés : les trois comédiennes se glissent tour à tour dans la peau de plusieurs femmes, formant un patchwork coloré. Il n’y a pas d’indication de temps, mais l’on sent à travers la succession des récits se dessiner une multitude d’évolutions qui ont bouleversé les habitudes en quelques décennies. Une jeune femme évoque, dans un mélange de moquerie, de tendresse et d’admiration, les mains calleuses de sa grand‑mère. Un livre d’histoire à elles toute seules ! L’enterrement d’une vieille paysanne suscite un crêpage de chignon en règle pour l’héritage. Une femme lit une lettre laissée par sa mère dans le tiroir de sa table de nuit : une lettre annonçant qu’elle en a marre, qu’elle va partir. Mais elle n’est jamais partie…

Les couleurs de la vie

On en vient donc à une des grandes qualités de ce spectacle : c’est du vrai théâtre. De l’essai sociologique, matériau non théâtral, Henri Dalem est parvenu à tirer un texte d’une vraie valeur dramatique, avec un rythme, des variations de ton bien orchestrées, une pluralité de voix, de points de vue. Autre qualité : il arrive parfois que dans ce genre de spectacle inspiré par des témoignages d’habitants, la mise en scène fasse défaut, reléguée au second plan dans une optique « brut de décoffrage » un peu pauvre. Ce n’est pas le cas ici. La scénographie est très épurée, mais l’émotion est là. Il y a juste quelques chaises et accessoires. En revanche, les lumières très soignées permettent de former des espaces distincts, et ces changements d’espaces lumineux servent par là même à donner son rythme au spectacle. Un train régulier mais pas monocorde. Certains effets sont plus spectaculaires, comme lorsque deux spots habilement disposés colorent différemment la femme d’aujourd’hui et sa mère, réunies dans une très belle séquence.

Il faut enfin terminer en saluant la prestation magnifique des trois comédiennes, Marie‑Aline Roule, Muriel Racine et Paméla Ravassard, qui codirige aussi la compagnie Paradoxe(s). Chacune joue avec beaucoup de cœur et de sincérité, comme en empathie avec ces personnages plus vrais que nature. Elles font preuve d’une sensibilité remarquable, et expriment une riche palette d’émotions qui donnent à ce spectacle ce qu’on serait tenté d’appeler les couleurs de la vie. Elles donnent à voir tantôt la force, tantôt la vulnérabilité, l’entrain, la détermination, la tristesse, la révolte. Bref : les personnages ne disparaissent jamais derrière les actrices, qui ne sont pas là pour faire leur numéro, mais pour incarner, tout simplement. Bravo ! 

Céline Doukhan


Femmes de fermes, d’après l’ouvrage de Marie‑Anne Dalem

Presses du Belvédère, 2008

Compagnie Paradoxe(s) • 14, rue de Valoreille • 25380 Droitfontaine‑Belleherbe

www.paradoxes.over-blog.org

Mise en scène, masques et scénographie : Henri Dalem

Avec : Muriel Racine, Paméla Ravassard, Marie‑Aline Roule

Lumières et régie : Cyril Manetta

Théâtre Alizé • 15, rue du 58e‑R.I. • 84000 Avignon

www.theatrelalize.com

theatre.alize@laposte.net

Réservations : 04 90 14 68 70

Du 7 au 28 juillet 2012 à 21 h 45, relâche le 22 juillet 2012

Durée : 1 h 15

16 € | 11 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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