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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Les Sardines font un carton
Hybride, inclassable et (forcément) très attachant, le « Faust » de Murnau « sonorisé en direct » par le Cartoun Sardines Théâtre vaut le déplacement.
Mais comment font-ils ? Tandis que le film est projeté sur un écran, les trois compères produisent dialogues, musique et bruitages en tout genre. Bon sang, mais c’est bien sûr ! D’un côté, deux musiciens équipés d’un clavier et de divers instruments à vent. De l’autre, un homme-orchestre qui interprète tous les personnages. Mais alors, vraiment tous : Faust vieux, Faust jeune, Mephisto (rien de moins que le diable en personne), mais aussi la jeune et jolie Marguerite, sa mère et sa tante, etc.
Cet homme aux mille personnages, cet hurluberlu aux idées folles et aux improbables bruitages se nomme Patrick Ponce. Décrire sa prestation, c’est en fait décrire celle d’un marionnettiste, à la manière de Camille Trouvé, décoiffante Madame 100 000 voix d’une géniale Antigone évoquée dans ce journal. Avec bien des risques : comment insuffler la vie aux personnages, les animer littéralement, sans pour autant leur voler la vedette ? C’est tout un équilibre à trouver entre l’écran, lieu du film, et la scène, ou plutôt le petit podium sur lequel est juché le comédien. Comment éviter que le premier ne devienne la simple toile de fond, le faire-valoir du second ? Comment empêcher que le film muet ne devienne… invisible ? Heureusement, les Sardines ont plus d’un tour dans leur boîte.
« Faust » | Elian Bacchini
En effet, comme cela se produit souvent dans les bons spectacles adaptés de classiques, l’humour fait ici le meilleur des hommages. Les Sardines font feu de tout bois tout en collant avec une candeur très maîtrisée à cette théâtralité qui rend les films muets si touchants. Emil Jannings (Mephisto) se fend d’un éclatant autant que sardonique sourire ? Toutes dents dehors, Patrick Ponce fait retentir un rugissement démoniaque, pas muet pour deux sous, lui. L’impression très convaincante d’avoir en face de soi un véritable double sonore est renforcée par un mimétisme astucieux entre les mouvements des personnages et ceux du comédien. Quant à la panoplie de bruitages utilisés, elle est aussi simple que convaincante, fidèle en cela à ces trucages à la fois surannés et poétiques qui peuplent le film de Murnau. Par exemple, comment évoquer le bruit du crépitement des flammes ? En triturant un sachet de pâtes Panzani, pardi. Simple donc, mais pas vieillot : oublié, le piano-bastringue qui servait autrefois à créer en direct la bande-son des films muets. Les musiques, interprétés par Jérôme Favarel et Pierre Marcon, sont résolument modernes.
Au final, quoi qu’à la fois réaliste et déformé, le son paraît aussi fidèle au film que du plâtre coulé dans un moule, en offrant le parfait négatif. Mais, en termes de point de vue, le parti pris du spectacle est délibérément humoristique : trop, parfois ? Ne faudrait-il pas plus de sérieux dans ce film au sujet plutôt lourd ? En fait, toutes les moqueries sont placées à l’intérieur du cadre du film, et ne sont pas plaquées de l’extérieur. Il faut voir ce coquin de Mephisto railler le délicat Faust serré dans ses collants de troubadour ! Tout cela paraît aussi inattendu qu’évident. L’humour se fait aussi souvent burlesque, voire absurde, comme dans cet aparté quasi subliminal murmuré par Mephisto dans une scène avec Faust : « Tiens, je vais aller dans le mur. Hop ! ». Et de disparaître effectivement dans le mur de la pièce. Il fallait oser, et ça marche. Autre trouvaille intéressante : l’insertion, au beau milieu du film, de commentaires sur la mise en scène, par un Patrick Ponce cette fois dans la peau de Murnau lui-même. Il n’y a pas à dire : drôle et intelligent sont deux mots qui vont très bien ensemble. ¶
Céline Doukhan
Les Trois Coups
Faust, de Murnau, sonorisé en direct par le Cartoun Sardines Théâtre
Cartoun Sardines Théâtre • 9, avenue Maxime • 13000 Marseille
04 95 06 92 60
prod@cartounsardinestheatre.com
www.cartounsardinestheatre.com
Sur une idée originale de Patrick Ponce
Musique : Pierre Marcon
Conseil artistique : Yves Favrega
Jeu, voix : Patrick Ponce
Interprétation de la musique : Jérôme Favarel, Pierre Marcon
Costume : Christian Burle
Accessoires : André Ghiglione
Lumière : Julo Étievant
Son : Pedro Theuriet
Assistanat : Stéphane Gambin
Régie son : Pedro Theuriet, puis Chloé Catoire, puis Guillaume Rouan
Régie lumière : Jean-Yves Pillone, puis Richard Marcadier, puis Jean-Bastien Nehr ou Ludovic Desclin
Secrétariat : Benjamin Tudoux
Assistanat technique : Georges Rullier
Affiche : Julo Étievant
Théâtre de Fontainebleau • 6, rue Denecourt • 77300 Fontainebleau
Réservations : 01 64 22 26 91
Le 6 février 2010 à 20 h 30
Dates de la tournée sur le site www.cartounsardinestheatre.com
Durée : 1 h 30
20 € | 14 € | 8 €
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