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19 novembre 2013 2 19 /11 /novembre /2013 22:33

« Falstaff » à la ferme ?
Il fallait oser !


Par Florent Coudeyrat

Les Trois Coups.com


Massy accueille une production de « Falstaff », créée à l’Opéra de Monte-Carlo voilà trois ans, qui transpose la farce dans une basse-cour déjantée et bariolée de couleurs. Un pari imparfaitement réussi du fait d’une direction d’acteur un peu désordonnée.

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« Falstaff » | © Opéra de Massy

Vous n’allez pas à Massy ? Vous avez bien tort. Cette année encore, son directeur Jack‑Henri Soumère a concocté une saison des plus équilibrées, alternant les piliers incontournables du répertoire (Don Giovanni, la Traviata) avec de stimulantes curiosités (l’Empereur d’Atlantis d’Ullmann ou Un train pour Johannesburg de Weill), sans oublier un heureux détour par le baroque (King Arthur, Orfeo). Si Soumère célèbre en ouverture de saison le bicentenaire de la naissance de Giuseppe Verdi (1813-1901), le choix de Falstaff ne constitue en rien une facilité. En effet, la toute dernière œuvre lyrique du compositeur ne fait pas partie de ses opéras les plus souvent représentés, et ce en raison de mélodies moins immédiatement identifiables et entêtantes pour le profane.

Verdi ponctue là une carrière longue de plus de cinquante ans de succès, dévoilant un nouveau chef-d’œuvre salué par la critique, résultat d’une lente et minutieuse maturation. Un opéra qui représente surtout l’une des rares incursions du maître italien dans la comédie, genre abondamment défendu par son illustre aîné Rossini. Mais là où les premières œuvres de Verdi devaient beaucoup aux virtuosités fulgurantes du « Cygne de Pessaro » (surnom de Rossini), ce Falstaff se tourne résolument vers le xxe siècle, annonçant ainsi Richard Strauss par la fluidité de la conversation musicale et une écriture rythmique étourdissante au niveau orchestral.

Un orchestre national d’Île-de-France superlatif

Le maestro Roberto Rizzi-Brignoli s’empare de ce matériau sans jamais se départir d’une vigueur qui fait ressortir toute la modernité de la partition. À peine lui reprochera-t-on un manque de respiration dans la première partie de l’opéra, mais fort heureusement compensé par un Orchestre national d’Île-de-France superlatif dans ce répertoire, incontestable satisfaction de la soirée. Côté mise en scène, en effet, malgré des éléments scénographiques (costumes et décors notamment) d’une créativité constante, la farce élaborée par Jean-Louis Grinda peine à animer de manière convaincante une action transposée en une insolite basse-cour que n’aurait pas reniée La Fontaine.

Faute d’une direction d’acteur serrée, les chanteurs semblent souvent mal à l’aise sur le plateau, tandis que la chorégraphie de la scène de la forêt pèche par ses déplacements maladroits du chœur, et ce malgré la délicate poésie visuelle due aux merveilleux costumes de créatures abyssales tout droit sortis des marais. Affublée de costumes d’animaux aussi bariolés que truculents, toute la troupe maquillée façon punk-rock se démène ainsi face au malotru Falstaff pour le réprimander collectivement.

Ce personnage d’infatigable coureur de jupons, issu de la pièce les Joyeuses commères de Windsor de Shakespeare, se trouve ici engoncé dans un déguisement de coq qui ne lui permet pas de donner à son personnage une dimension autre que celle de l’ivrogne décadent. En effet, c’est bien par le souvenir de sa grandeur passée que Falstaff accepte la leçon finale en seigneur, entraînant joyeusement ses pourfendeurs à entonner la célèbre fugue qui conclue l’opéra.

Un Falstaff en demi-teinte

Côté voix, Olivier Grand (Falstaff) démontre de belles qualités d’ampleur vocale dans les envolées lyriques des dernières scènes, mais déçoit dans les parties bouffes avec un jeu d’acteur assez terne et convenu. Hormis le Docteur Cajus de Gilles Ragon, constamment à la peine vocalement, tout le reste du plateau convainc pleinement. On retiendra notamment l’agilité gracieuse et délicate de la Nannetta de Valérie Condoluci. ou le Ford d’Armando Noguera, artiste complet qui démontre des qualités d’acteur et une prestance vocale de tous les instants. Assurément deux chanteurs que l’on espère retrouver très vite. 

Florent Coudeyrat


Falstaff, de Giuseppe Verdi

Opéra en trois actes, sur un livret d’Arrigo Boito d’après les Joyeuses Commères de Windsor de Shakespeare

Ouvrage chanté en italien, avec surtitres en français

Direction musicale : Roberto Rizzi-Brignoli

Mise en scène : Jean-Louis Grinda

Assistante à la mise en scène : Marguerite Borie

Avec : Olivier Grand (Sir John Falstaff), Armando Noguera (Ford, riche bourgeois), Gilles Ragon (Docteur Cajus), Carl Ghazarossian (Bardolfo, serviteur de Falstaff), Éric Martin‑Bonnet (Pistola, autre serviteur de Falstaff), Julien Dran (Fenton, jeune gentilhomme), Isabelle Cals (Mrs Alice Ford), Élodie Mechain (Mrs Quickly), Marie Lenormand (Meg Page), Valérie Condoluci (Nannetta, fille d’Alice Ford)

Décors : Rudy Sabounghi

Costumes : Jorge Jara

Lumière : Laurent Castaingt

Vidéo : Jérôme Noguera

Chef de chant : Marie-Claude Papion

Chef de chœur : Geoffroy Jourdain

Chœur Les Cris de Paris

Orchestre national d’Île-de-France

Opéra de Massy • 1, place de France • 91300 Massy

Site du théâtre : http://www.opera-massy.com

Réservations : 01 60 13 13 13

Vendredi 15 novembre 2013 à 20 heures et dimanche 17 novembre 2013 à 16 heures

Durée : 2 h 30 avec un entracte

78 € | 72 € | 58,5 € | 54 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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