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23 avril 2011 6 23 /04 /avril /2011 17:44

Humour et truculence
à l’Opéra de Rennes


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Verdi et son librettiste, Arrigo Boïto, ont choisi pour le dernier opéra de la carrière du maestro de s’inspirer des « Joyeuses commères de Windsor » et de plusieurs passages « d’Henri IV » de Shakespeare. C’est dire que le sujet est plus joyeux que ceux des opéras précédents. La vision du monde et des hommes n’est pas plus optimiste, mais elle passe ici par le filtre de l’humour et de l’ironie.

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« Falstaff » | © Jef Rabillon pour Angers-Nantes Opéra

On connaît l’argument. Falstaff, un vieux beau sur le retour et passablement désargenté, entreprend de se refaire en essayant de séduire deux riches bourgeoises. Confiant dans son charme naturel, il fait porter aux deux femmes, Alice et Meg, exactement la même lettre enflammée. Malheureusement pour lui, les deux commères éventent le stratagème et décident de se venger. En outre, trahi par deux de ses anciens compères, Bardolfo et Pistola, Falstaff encourt aussi la colère du mari d’Alice, Ford. Parallèlement à cette intrigue qui sent bon la farce, deux tourtereaux, Nannetta et Fenton, viennent apporter un peu de fraîcheur.

Les décors aux couleurs voyantes évoquent furieusement les années soixante et soixante-dix. Falstaff et ses acolytes sont des rockeurs un peu has been qui ont gardé le look de leur jeunesse déjà lointaine. Un système d’eccyclème * astucieux permet pratiquement de changer de décor à vue.

Falstaff haut en couleur, truculent à souhait

John Hancock (baryton), sorte de géant tantôt débonnaire, tantôt colérique, imbu de lui-même puis abattu par le sort, est un Falstaff haut en couleur, truculent à souhait. Un maquillage remarquable transforme un homme de belle stature en un vrai colosse vieillissant. Face à lui, Bardolfo (Éric Huchet, ténor) et Pistola (Jean Teitgen, basse) ont bien l’air de seconds couteaux, aussi couards que fanfarons. Véronique Gens, soprano, est une Alice Ford très drôle. Il faut l’avoir vue se trémousser dans son survêtement fuchsia ou tortiller du popotin en repassant pour aguicher Falstaff et mieux le piéger ! Kathleen Wilkinson (mezzo-soprano) est une Mrs Quickly adorable de rouerie et de malice. Quant aux deux jeunes gens, Amanda Forsythe (soprano) dans le rôle de Nannetta et Luciano Botelho (ténor) dans le rôle de Fenton, ils sont pleins de fraîcheur et de grâce dans leur rôle d’amoureux transis.

La direction musicale de Mark Shanahan, légère et précise, met en valeur la richesse d’une partition brillante, à la mesure d’un grand artiste en pleine possession de ses moyens. La mise en scène de Patrice Caurier et Moshe Leiser souligne élégamment l’ironie du texte et de la partition. Dans le dernier tableau, au lieu-dit le Chêne noir, elle sait se faire discrète et déjouer les pièges de la scène de genre grandiloquente.

Si l’on excepte la première partie de l’acte III, au tout début, qui est marquée par la mélancolie du Falstaff humilié et bafoué, cet opéra, bien qu’écrit par un homme parvenu au terme d’une longue vie, est joyeux. Le côté Joyeuses commères de Windsor l’emporte largement sur le côté Henri IV. La version donnée à l’Opéra de Rennes souligne bien cet aspect allègre, ironique, de l’œuvre, et le public, à juste titre, l’a saluée très chaleureusement. 

Jean-François Picaut


* Eccyclème, nom masculin singulier. Dans l’Antiquité, en Grèce, au théâtre, machinerie tournante permettant de montrer tantôt l’intérieur tantôt l’extérieur d’une maison.


Falstaff, de Giuseppe Verdi

Opéra en trois actes

Livret d’Arrigo Boïto, d’après William Shakespeare

Ouvrage chanté en italien

Direction musicale : Marc Shanahan

Mise en scène : Patrice Caurier et Moshe Leiser

Avec :

– Sir John Falstaff : John Hancock

– Ford : Andrew Schroeder

– Alice Ford : Véronique Gens

– Nannetta : Amanda Forsythe

– Fenton : Luciano Botelho

– Mrs Quickly : Kathleen Wilkinson

– Meg Page : Leah-Marian Jones

– Docteur Cajius : François Piolino

– Bardolfo : Éric Huchet

– Pistola : Jean Teitgen

Décors : Christian Fenouillat

Costumes : Agostino Cavalca

Lumières : Christophe Forey

Chœur d’Angers-Nantes Opéra, direction : Sandrine Abello

Orchestre de Bretagne

Coproduction Angers-Nantes Opéra / Opéra de Rennes

Opéra de Rennes • place de l’Hôtel-de-Ville • BP 3126 • 35031 Rennes cedex

http://www.opera-rennes.fr/

Téléphone : 02 99 78 48 68

vendredi 15, dimanche 17, mardi 19 et jeudi 21 avril 2011

Durée : 2 h 45

49 € à 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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