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21 août 2014 4 21 /08 /août /2014 15:43

Drôles d’oiseaux !


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


Tantôt héron, tantôt pingouin, l’un (Sébastien Le Guen) accumule les glissades, équilibres et chutes. L’autre (Jérôme Hoffmann) compose avec des objets insolites des trilles savants. Drôles de volatiles dont l’humour et l’amour du risque sont décidément charmants !

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« Fall, Fell, Fallen » | © Nicolas Hérédia

Fall, Fell, Fallen : ritournelle des verbes irréguliers et pensum des leçons à apprendre. Heureusement, la création du Lonely Circus n’a rien de scolaire. On se situerait plutôt du côté récréation. Deux mioches se seraient introduits dans les entrepôts de Bricorama pour y insuffler poésie et facéties. Dans leur repaire foutraque, tout sert ainsi d’agrès, de support de jeux sonores et acrobatiques. L’ingéniosité bricoleuse de Jérôme Hoffmann, musicien Tournesol, et de Sébastien Le Guen nous réserve donc bien des surprises. Par exemple, le sol d’une salle d’eau se métamorphose en patinoire, une planche devient un lit-balançoire, deux planches forment une croix pour calvaire dérisoire, dix tasseaux se transforment en un perchoir de mikados ou un chemin de dominos.

On l’aura compris, il y a ici quelque chose de profondément ludique. Les interprètes jouent avec les matériaux, mais aussi avec les codes et l’attention du public. De fait, comme les objets sont détournés, nous ne savons jamais vraiment où nous allons. Parfois, le noir nous frustre d’une image, ou ménage une disparition. Quand le plateau est à nouveau éclairé, on nous offre un autre dispositif, inattendu. On saluera d’ailleurs au passage le travail de Marie Robert à la lumière. Difficile alors de deviner à quel moment le spectacle s’achèvera : sa rythmique nous déconcerte.

Or, ces savants ratés engendrent le rire. Un soupçon de parodie, un brin d’autodérision et du burlesque à gogo, on s’amuse de tout cela dans Fall, Fell, Fallen. À cet égard, comme Buster Keaton, Sébastien Le Guen, d’abord tiré à quatre épingles, est embarqué dans des situations rocambolesques où son corps de dandy est exposé à l’accident. Comme M. Hulot, ses mouvements provoquent les réactions hostiles de son environnement. En voyant le désordre de planches qui règne dans le spectacle, on songera peut-être d’ailleurs à la scène de Play Time où Hulot est présent dans un restaurant inachevé dont les planches et portes lui causent bien des tracas.

Cirque électro

Mais on pense avant tout à Tati à propos du travail sonore du spectacle. Les objets manifestent en effet leur indépendance et leur réticence par des bruits. Des voix viennent expliciter de manière humoristique les enjeux du spectacle, les réactions potentielles du public. En outre, Sébastien Le Guen danse son ballet d’équilibriste sur une partition saugrenue élaborée en scène par Jérôme Hoffman. C’est d’ailleurs l’un des objectifs de cette création que d’expérimenter un « cirque électro » et une « musique à voir ». Jérôme Hofmann sort de sa fosse, comme le clown de sa boîte pour jouer sous nos yeux avec le fildefériste.

L’idée est généreuse et n’est pas sans intérêt. Seulement, on dirait qu’elle n’est pas tout à fait adaptée aux exigences de la scène. De fait, Jérôme Hoffmann est enfermé la plupart du temps dans sa tour instrumentale. L’œil du spectateur reste orienté vers Sébastien Le Guen dont la présence et la performance ne cessent de bluffer même quand il est juché, tel un héron, sur une planche. Parfois, on se demande même si la portée burlesque de la pièce ne serait pas plus importante si on ignorait d’où viennent les bruits. C’est peut-être ce qui explique que l’on peine à entrer dans la performance durant un premier quart d’heure. Ensuite, le spectacle décolle. On est à ce moment convaincu à la fois par la prouesse et par la générosité des interprètes. L’univers esthétique se met en place. On perçoit l’originalité du traitement de la chute (alors que le sujet lui-même est au cœur du nouveau cirque). On rit, on retient son souffle, on est tout oreille. À cet instant, on s’envole avec ces deux oiseaux-là. 

Laura Plas


Fall, Fell, Fallen, du Lonely Circus

Lonely Circus • pôle associatif-boîte nº 2, allée des Trimarans • 34540 Balaruc-les-Bains

06 83 35 71 28

Courriel de la compagnie : lonelycircus@hotmail.fr

Site : www.lonelycircusweb.free.fr

Site du festival : www.cirquenexon.com

Courriel du festival : info@cirquenexon.com

Conception et performance : Jérôme Hoffmann et Sébastien Le Guen

Regard extérieur : Nicolas Heredia

Collaboration artistique : Marion Coutarel

Lumières : Marie Robert

Régie : Vivien Sabot

Constructions : Olivier Gauducheau et Sylvain Vassas

Chapiteau Le Sirque • parc du château de Nexon • 6, place de l’Église • 87800 Nexon

Réservations : 05 55 00 73 53

Mardi 19 août 2014 à 19 h 30 et jeudi 21 août à 21 h 30

Durée : 45 minutes

20 € | 14 € | 8 €

À partir de 8 ans

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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