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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Entre théâtre et cinéma, il n’y a qu’un pas
(de trop ?)
Si ce soir je croyais aller au théâtre pour une reprise attendue au théâtre Les Ateliers, je me suis plutôt assise devant un écran de cinéma. J’ai été surprise plus que déçue. « Faire l’amour est une maladie mentale qui gaspille du temps et de l’énergie », par Gilles Chavassieux, propose en effet un regard étonnant sur une pièce désespérément drôle.
Ils vivent tous sous le même toit, mais cette colocation est loin d’être affective. Thierry, Alban et Bernie, trois hommes en scène, trois générations, trois regards croisés sur la profession de flic ou plutôt sur ses désillusions. Ces trois-là n’ont pas la même vie, la même expérience, mais certaines choses les lient indubitablement : le gyrophare et leur solitude, surtout. Alors, chacun se raconte tour à tour aux oreilles inattentives de ses collègues, devenus amis par la force des cannettes de bière. Des erreurs des uns naît la culpabilité des autres.
Entre récits touchants et blagues douteuses, le texte de Melquiot cristallise la douleur de ceux qui, faute de rétablir l’ordre dans leur vie, jouent du 9 mm dans les commissariats. Il ne s’agit pourtant pas d’un polar, mais d’un instantané de l’envers du décor. En tout cas, le jeu des trois comédiens est alors à la hauteur du désespoir de ces personnages. Drôle et inquiétant, Gaël Leveugle (Thierry) nourrit le spectacle d’authenticité. Mathieu Besnier (Alban), déjà remarqué dans Froid de Lars Norén la saison dernière, est une fois de plus désarmant de justesse. Quant à Alain Bert (Bernie), qui tente inlassablement de panser ses blessures de vieux flic contre la peau de femmes trop jeunes pour lui, il glace littéralement la scène par sa présence magnétique.
© Johann Trompat
Mais comment parler de ce spectacle sans évoquer la mise en scène audacieuse de Gilles Chavassieux, qui transforme cette pièce en un film éphémère sur toile invisible ? Car ici tout n’est que tableaux, lumières réalistes et effets vidéo. On peut d’ailleurs souligner un parti pris largement assumé puisque la pièce se termine par la projection d’un générique complet de la distribution. Entre quatrième mur et toile noire, il n’y a ici qu’un pas. Alors, bien sûr, on apprécie ou pas. J’avoue avoir été un peu dérangée par le manque d’interaction avec le public, dont les rires sont parfois avortés par une réplique trop hâtive. Mais il faut saluer le « jusqu’au-boutisme » de cette mise en scène parfaitement étayée par une scénographie presque chorégraphiée.
Entre deux interrogations quant à la pertinence de ces choix, j’ai pourtant souri, ri parfois. Je reste persuadée que la forme théâtrale doit être en permanence revisitée, et c’est ici le cas. Le talent des trois comédiens est sûrement pour beaucoup dans mon intérêt pour cette proposition originale, même si elle est peut-être trop formatée en esthétique cinématographique. Pourtant, si « faire l’amour est une maladie mentale qui gaspille du temps et de l’énergie », ce soir, je n’ai pas vu le temps passer. Est-ce là un gage de qualité ? Je suis encore dubitative. ¶
Pascaline Chambon
Les Trois Coups
Faire l’amour est une maladie mentale qui gaspille du temps et de l’énergie, de Fabrice Melquiot
Mise en scène : Gilles Chavassieux
Avec : Alain Bert, Mathieu Besnier, Gaël Leveugle, Nadège Joannes
Scénographie : Fanny Gamet
Lumières : Orazio Trotta
Son : Nicolas Lespagnol-Rizzi
Costumes : Natacha Costechareire
Régie générale : Christophe Sauvet
Maquillage : Angelo Barsetti
Production : Les Ateliers
Les Ateliers • 5, rue Petit-David • 69002 Lyon
Réservations : 04 78 37 46 30
Du 6 au 11 octobre 2009 à 20 h 30 les mardi, vendredi et samedi ; à 19 h 30 les mercredi et jeudi ; à 16 h 30 le dimanche ; relâche le lundi
Durée : 1 h 35
20 € | 14 € | 10 €
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