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28 septembre 2010 2 28 /09 /septembre /2010 09:31

« Facteur humain » ou Du cliché psychologique

 

« Facteur humain » veut être le drame psychologique d’une mère manipulant son fils. Il se veut aussi le drame d’une société de l’image opprimant ses spectateurs. Seulement, il ne se donne guère les moyens d’y parvenir, si ce n’est par clichés.

 

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Marie Burel dans « Facteur humain »

 

Le texte de Thierry Janssen n’est pas aussi tarabiscoté qu’il veut s’en donner l’air. Il exacerbe maladroitement une relation mère-fils œdipienne. La mère (Delphine Brosset) aspirait à construire une famille idéale, celle du « There’s no place like home » du Magicien d’Oz. Mais sa réalité est bien différente : elle a été abandonnée par son mari, son « prince aux pieds puants, qui pète au lit, etc. ». Alors, pour ne pas sombrer, elle porte les souliers de rubis de l’héroïne du Magicien d’Oz, se bourre de médicaments, et tyrannise sentimentalement son bébé de 33 ans. Et elle refoule un acte de violence pure – clé de voûte de la pièce – qu’elle a commis vingt-sept ans auparavant, devant son fils.

 

Le fils (Gaël Fourage), sans père, traumatisé à 6 ans par l’acte mystérieux en question, raillé par ses camarades, marginalisé, est contrôlé par l’amour tyrannique de sa mère. Son moyen de ne pas devenir fou ? Il construit une soucoupe volante pour rejoindre son père, qu’il croit dans les étoiles.

 

Il y a un troisième personnage (Marie Burel). Une femme mystérieuse, liée évidemment à l’acte traumatique principal. On n’en dira pas plus pour préserver le peu de suspens qu’il y a dans la pièce. De toute manière, l’histoire n’a pas beaucoup d’intérêt. Elle saute à pieds joints dans les clichés, son mystère principal est du « déjà-vu », donc nécessairement décevant. La thématique de la manipulation maternelle, du reste intéressante, est souvent caricaturée.

 

Le propos de Thierry Janssen ne s’arrête pas là. Il rattache son drame au monde extérieur, du moins à l’image qui nous en est donnée par la petite ou la grande lucarne. Il entreprend, par l’intermédiaire du fils, une critique de la désinformation, de la télé-réalité abêtissante. Par la mère, il dénonce l’influence du cinéma sur les rêves d’une petite fille, sur les actes d’une femme. Mais, encore une fois, ce propos n’est pas suffisamment élaboré pour présenter un grand intérêt. Il est cependant loin d’être inutile, puisqu’il apporte au drame sa chute. Et la chute n’est pas mauvaise : elle illustre assez bien l’écart entre une réalité psychologique (celle de la famille) et une réalité de l’apparence (celle de la télévision).

 

Une cohérence d’ensemble

L’ensemble trouve donc, malgré de nombreux défauts, une certaine cohérence. Cette cohérence se retrouve dans la mise en scène que Maxime Leroux propose À la folie Théâtre. Puisque le texte est caricatural, la mise en scène navigue dans l’excès. Excès dans le jeu des trois bons acteurs, jusqu’à l’obtention de leur typologie respective : la Mère, le Fils, la Putain. Excès dans les costumes, les décors et accessoires. Excès dans l’usage de vidéos et de photos : sont projetées, sur le mur du fond, des images qui illustrent lourdement les paroles des personnages. Redondance voulue ou maladroite ? Peu importe, cet excès est finalement assumé.

 

Autre choix que le metteur en scène porte jusqu’au bout : l’absence de régisseur lumière. Ce sont les acteurs qui allument et éteignent des lampes placées au-dessus de la scène, ou qui manient des torches électriques. Cela fonctionne bien, même si ce choix n’apporte ou n’enlève rien au spectacle. En fait, on reçoit avec plaisir cet excès supplémentaire parce qu’il est original. Et l’originalité n’est pas le maître mot de la pièce… 

 

Nicolas Arribat

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com 


Facteur humain, de Thierry Janssen

Mise en scène : Maxime Leroux

Assistante à la mise en scène : Joséphine Mathis

Avec : Marie Burel, Gaël Fourage et Delphine Brosset

Scénographie : Sara Shin

À la folie Théâtre • 6, rue de la Folie-Méricourt • 75011 Paris

Métro : Saint-Ambroise

Réservations : 01 43 55 14 80

http://www.folietheatre.com

Du 17 septembre au 5 décembre 2010, vendredi et samedi à 21 h 15, le dimanche à 17 h 30

Durée : 1 h 30

De 13 € à 18 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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