Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 13:37

Les fous ne sont pas

ceux que l’on croit

Critique parue le lundi 12 octobre 2011

Maintenant au Théâtre de Belleville


Par Céline Doukhan

Les Trois Coups.com


On les avait découverts avec leur « Avare » tout en robinets. La compagnie Tàbola rassa frappe encore très fort avec cette adaptation aussi loufoque qu’intelligente des « Fables » de La Fontaine.

fables-615 dr

« Fables » | © D.R.

Ils sont deux, mais à travers eux, c’est toute la ménagerie de La Fontaine qui surgit, ou plutôt qui bêle, rugit, braie… Olivier Benoit et Jean-Baptiste Fontanarosa forment un superbe duo de comédie, explosif, complice, précis. Ils ouvrent d’ailleurs leur spectacle par un numéro qui n’est pas sans rappeler celui d’un autre duo comique : les deux violoneux burlesques incarnés par Gene Kelly et Donald O’Connor au début de Chantons sous la pluie. Bouffonnerie, tendresse et maîtrise en même temps : on sent qu’on a tout de suite envie d’adhérer.

C’est ensuite un enchaînement, ou plutôt un déchaînement, de dix-sept fables – rappelons que le maître en écrivit deux cent quarante. Et toujours ce qui semble être la marque de fabrique de cette compagnie étonnante : relier les textes des classiques à des préoccupations écologiques contemporaines. Cette dimension ne nous avait pas complètement emballés dans l’Avare. Elle est plus sensible ici. Toute la scénographie est basée sur l’utilisation de vieux cartons, sacs en plastique, jerricans… Une certaine sagesse en filigrane de l’humour ? Tel semble être le secret de cette alchimie décapante. Premier enseignement : une mise en scène n’a pas besoin d’en mettre plein la vue pour convaincre. Décors, costumes et accessoires sont en effet issus de matériaux et objets quotidiens des plus triviaux. Mais attention, il ne s’agit pas ici de théâtre minimaliste, encore moins aride. Le sel du spectacle vient simplement de l’inventivité de la mise en scène et de l’excellence de l’interprétation. Pas d’esbroufe dans cette adaptation qui, mine de rien, est comme imprégnée de la sagesse exprimée par La Fontaine. « Plaire et instruire » ! Nous y voilà.

C’est que – deuxièmement ! – l’on assiste à une parabole futée sur la nécessité de faire cesser les comportements fous, absurdes, qui régissent la vie des hommes. Le texte de La Fontaine est remarquablement utilisé pour faire se rejoindre, à travers les siècles, la dénonciation des vices humains : égoïsme, relation pervertie à la nature… L’adaptation de l’Homme et la Couleuvre surprend particulièrement par sa résonance on ne peut plus moderne. Ce sont une couleuvre, puis une vache, un bœuf et un arbre qui se plaignent de l’ingratitude des hommes à leur égard. Comme on en use avec eux, qui nourrissent, réchauffent ou abritent les humains ! Un message d’une actualité telle qu’il n’est pas besoin pour les deux comédiens d’appuyer le trait.

Déconstruction du récit

Alors, certes, on est sensible au message de la pièce, mais aussi et avant tout à la géniale interprétation des deux compères. Leurs mimiques sont à mourir de rire. Ils s’appuient sur leur panoplie d’accessoires de fortune pour créer des moments complètement décalés. Leurs voix y sont aussi pour beaucoup, et on reconnaît là la patte de comédiens qui sont aussi manipulateurs pour le théâtre d’objets. Par exemple, Jean-Baptiste Fontanarosa, coiffé d’un bonnet à pompon écru, émet une sorte de bêlement plaintif, et c’est aussi élémentaire que désopilant. Pince-sans-rire ? Non, plutôt Monty Python, comme dans le Meunier, son fils et l’âne. Et puis, d’un coup, voilà qu’est convoqué Fred Astaire ! Peut-être pas si absurde que cela, si l’on repense à Gene Kelly, dont l’ombre planait au tout début…

Finalement, ce spectacle est-il un bon moyen d’aborder les Fables ? Pas si sûr. On sent bien une différence de perception, et de compréhension, entre les fables que l’on connaît et celles que l’on découvre. Peut-être est-ce d’ailleurs pour cela que la Grenouille et le Bœuf apparaît comme une réussite particulière ? Tout y est fondé sur la déconstruction même du récit de la fable, tandis que Fontanarosa, au fur et à mesure du récit de Benoit, s’échine à gonfler un ballon de baudruche vert. On a parfois du mal à tout saisir, en particulier à la fin de chaque fable : les transitions sont parfois si subtiles que l’on n’est pas sûr de savoir où l’on en est. Les enfants, qui sont nombreux dans la salle, rient beaucoup, mais il n’est pas sûr que tout soit limpide pour eux. Mieux vaut avoir potassé un peu ses Fables avant de venir. 

Céline Doukhan


Fables, d’après Jean de La Fontaine

Compagnie Tàbola rassa • 146, chemin Saint-Jean-du-Désert • 13005 Marseille

06 48 35 28 57

http://www.tabolarassa.com/frances/fr.htm

tabolarassa@yahoo.es

Mise en scène : Olivier Benoit

Avec : Olivier Benoit, Jean-Baptiste Fontanarosa

Création lumières et sons : Jorge Garcià, Sadock Mouelhi

Construction et marionnettes : Maria Cristina Paiva

Théâtre municipal de Fontainebleau • rue Richelieu • 77300 Fontainebleau

Réservations : 01 64 22 26 91

http://www.fontainebleau.fr/?theatre-municipal,69

Le 11 décembre 2011 à 17 heures

Durée : 1 heure

20 € | 14 € | 8 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher