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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 16:11

Conte ying et yang


Par Trina Mounier

Les Trois Coups.com


C’est le troisième texte de Stéphane Jaubertie que met en scène Nino D’Introna. Cet « Everest » est le fruit d’une commande dont le thème de départ était la séparation des parents. Passé à la moulinette de l’auteur, cela devient un conte initiatique sur ce qui fait grandir et rapetisser…

everest-615 cyrille-sabatier

« Everest » | © Cyrille Sabatier

Passé dans les mains du metteur en scène, ce conte (car c’en est un, avec un narrateur qui occupe presque tout l’espace et qui, en tout cas, est le prisme par lequel tout passe, en qui tout se joue et se reflète) prend des allures orientales…

Un homme et son fils marchent dans une forêt quand le premier disparaît… Pas pour toujours puisqu’on va bientôt comprendre qu’il a rapetissé au point d’être haut comme une cerise, mais suffisamment longtemps pour que le fils devienne homme à son tour, obligé qu’il est de se débrouiller seul dans un milieu hostile, en tout cas inconnu. À partir de là, tout est dit : le fils va prendre désormais en charge ce père devenu tout petit et surtout très absent puisqu’il va se réfugier dans les livres, dévorer les sommets de la littérature pour retrouver sa place. Quant à la mère, fort marrie d’être ainsi délaissée, elle va faire ses valises, non sans avoir expliqué à son fils qu’il est assez grand pour, lui aussi, faire sa vie tout seul.

On voit assez bien à qui s’adresse Everest : aux enfants obligés trop tôt de devenir adultes parce que leurs parents ne le sont pas assez, aux parents qui ne voient pas leurs enfants grandir. Il leur parle des places dans la famille, des rôles qui s’inversent avec l’âge, des vides qui se remplissent après s’être creusés, de l’importance des livres dans l’accès à une certaine plénitude, mais de leur danger aussi… Le texte est suffisamment pédagogique, malgré sa complexité.

Nino D’Introna maître ès ombres et lumières

C’est peut-être là que le bât blesse : le spectateur est placé devant un clown blanc (l’enfant…) qui raconte son histoire. Pas beaucoup de jeu, presque pas de décor ni d’accessoires, si l’on excepte la marionnette censée représenter le père (ce qui, il faut bien le dire, n’est pas rien sur le plan symbolique). La scène est laissée dans une grande sobriété : quelques cubes noirs, une grande voile blanche qui deviendra montagne, Everest, et servira aussi à dérober aux regards… Deux couleurs (quoique le noir et le banc n’en soient pas, paraît-il) sur lesquelles Nino D’Introna sculpte des ambiances lumineuses. Car il signe les lumières tout autant que la mise en scène, et c’est sans doute là qu’il excelle… De même que dans l’esthétique dépouillée, très asiatique.

Mais l’aspect proprement théâtral est réduit. Everest manque de mouvement et surtout d’émotions. Le primat donné à la recherche visuelle se fait aux dépens du rythme, et l’immobilité parfois l’emporte sur la fluidité. De ce fait, il est difficile de s’identifier aux personnages, ou même d’entrer en résonnance avec eux. En quelque sorte, le beau est l’ennemi de la vie… 

Trina Mounier


Everest, de Stéphane Jaubertie

Publié aux éditions Théâtrales

Mise en scène et conception visuelle : Nino D’Introna

Avec : Angélique Heller, Cédric Marchal, Gabriel Hermand-Piquet en alternance avec Alain-Serge Porta

Musique et univers sonore : Patrick Najean

Lumières : Andrea Abbatangelo

Consultant marionnettes : Gabriel Hermand-Priquet

Construction des marionnettes : Gabriel Hermand-Priquet et Virginie Schell

Costumes : Émilie Piat

Réalisation des costumes : Émilie Piat et Florie Bel

Maquillages : Lætitia Sallabery

Régisseur son : Cyril Virevaire

Régisseur lumières principal : Jean-Michel Gardiès

Régisseur lumières : Stéphane Rouaud

Régisseurs plateau : Jean-Yves Petit et Thierry Ramain

Technicien son et accessoires : Patrick Tourrel

Éléments scéniques réalisés dans les ateliers du T.N.G. par Jean-Yves Petit, Thierry Ramain, Patrick Tourrel

Stagiaire : Radioca Cvetkovic

Avec la complicité de Graines de spectacles / Clermont-Ferrand

Théâtre nouvelle génération (T.N.G.) • 23, rue de Bourgogne • 69257 Lyon cedex 9

www.tng-lyon.fr

Réservations : 04 37 23 60 46

Renseignements : 04 72 53 15 15

Les lundi et jeudi à 14 h 30 ainsi que mardi 12 février 2013 (séances scolaires), les vendredi 15, samedi 16 février 2013 à 20 heures, dimanche 17 février 2013 à 16 heures, lundi 18 février 2013 à 14 h 30, mardi 19 février 2013 à 19 h 30, jeudi 21 février 2013 à 14 h 30, vendredi 22 février 2013 à 14 h 30

Durée : 1 heure

17 € plein tarif

9 € tarif réduit (moins de 18 ans, étudiant de moins de 26 ans, bénéficiaire du R.S.A.)

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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