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29 juillet 2010 4 29 /07 /juillet /2010 10:23

« Seguimos adelante » *,
mais c’était moins une !


Par Lise Facchin

Les Trois Coups.com


La force de la figure mythique du Che, sa résonance actuelle, les interrogations de « la Dernière Nuit du Che » sont prometteuses. Mais, le spectacle déçoit un peu.

La dernière nuit d’Ernesto Che Guevara est un caillou dans la chaussure de beaucoup d’historiens, et de beaucoup d’anciens guévaristes aussi. Combien sont-ils en Amérique du Sud et ailleurs à se demander ce qu’il est arrivé, exactement, à leur commandante ? Celui avec lequel ils ont combattu, que ce soit sous ses ordres, avec ses méthodes ou sous son influence. L’auteur, José Pablo Feinmann, a connu cette époque, et son texte pose la question de son héritage, de sa postérité, de la mystification de son image, comme nous le souligne – ou devrais-je dire nous le surligne au Stabilo rose fluo – l’énorme portrait du Che qui ouvre le spectacle.

Le principe est simple et efficace, c’est un dialogue entre el Commandante et un professeur d’histoire argentin qui a obtenu une bourse pour enquêter sur la dernière nuit du Che. Deux espaces scéniques, dont la frontière logique se franchit comme autant de conventions : côté cour en avant-scène, une chaise et une ampoule au-dessus forment le bureau du professeur ; côté jardin, des ballots de paille et le Che dans son école bolivienne, occupée par des militaires.

S’il y a une chose à reprocher à la mise en scène de Gérard Gelas, pourtant sobre et belle, cela concerne les personnages secondaires. La pièce est entrecoupée de saynètes qui permettent au spectateur non spécialiste d’en apprendre un peu sur la vie du Che : la fameuse interview du New York Times, les discussions avec Fidel Castro une fois la révolution cubaine accomplie, le tribunal révolutionnaire de la forteresse de la Cabaña… Des évènements d’importance viennent ainsi s’intercaler entre les moments de dialogue.

ernesto-che-guevara philippe-hanula

« Ernesto Che Guevara, la dernière nuit » | © Philippe Hanula

Peut-être mal introduites, ces scènes créent un rythme chaotique, qui, pendant toute la première partie, empêchent le spectacle de décoller. C’est comme si on n’avait pas vraiment su quoi faire de tous ces personnages, et comme si les comédiens eux-mêmes ignoraient tout de leur importance, de leur raison d’être sur scène. On les sent un peu délaissés, flottants, comme à part ou rajoutés au dernier moment. Du coup, alors que leur importance est réelle, les saynètes retombent comme les blancs en neige d’un paresseux. Quelques détails étranges aussi, étranges et parfois dissonants comme la femme du Che (interprétée par Laure Vallès, et que l’on ne prend hélas pas le temps de présenter et qui tombe un peu comme un cheveu sur la soupe) révêtue d’une robe blanche, de talons et d’un petit boléro rehaussé de deux rangées de perles blanches. N’y aurait-il pas comme un hiatus ? La compagne d’un révolutionnaire marxiste en costume de grande bourgeoise des années soixante-dix… Voyons, que s’est-il passé ?

Si la première partie du spectacle peine donc à embarquer les spectateurs, charrette cahotante, la seconde possède un rythme plus fluide, plus souple. Olivier Sitruk, qui avait besoin de temps pour se chauffer, est arrivé à un niveau de jeu intéressant, débarrassé d’une gestuelle un peu inutile et d’effets de manches, dont un homme comme Ernesto Che Guevara n’avait que faire. Le face-à-face avec Jacques Frantz est un régal. Lui, d’ailleurs, est le monstre qui tient le spectacle d’un bout à l’autre, celui qui le rend possible. Ses interprétations diverses du professeur, de Fidel Castro et de Matthew, le journaliste américain, sont d’une aisance et d’un naturel qui permettent de passer outre les raideurs de mise en scène.

Pour ce qui est du texte, qui est une réflexion sur la justification de la violence comme moyen de changer l’histoire, j’ai regretté son style un peu trop banal. « Vous m’offrez du brouet, quand j’espérais des crèmes ! » **… J’attendais plus de puissance dans les mots, plus de rythme. Le spectacle manque de cette simplicité inhérente aux situations de violences. 

Lise Facchin


* « Seguimos adelante » : slogan de ralliement des guévaristes, qui dit à peu près « au nom de l’avenir, nous vous suivrons ».

** Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand, acte III, scène v.


Ernesto Che Guevara, la dernière nuit, de José Pablo Feinmann

Traduction et adaptation : Marion Loran

Mise en scène : Gérard Gelas

Avec : Olivier Sitruk, Jacques Frantz, Laure Vallès, Guillaume Lanson, François Santucci

Scénographie : Gérard Gelas

Théâtre du Chêne-Noir • 8 bis, rue Sainte-Catherine • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 82 40 57

Du 8 au 31 juillet 2010 à 18 heures

Durée : 1 h 40

14 € | 20 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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