Mercredi 10 février 2010 3 10 /02 /Fév /2010 16:34

Bandant !

 

« Érection » raconte comment un homme, étendu au sol, parvient à la position debout. Entre odyssée, conte philosophique et récit de science-fiction, ce n’est pas moins que l’évolution humaine retracée dans un solo de quarante-cinq minutes, dans un dispositif épuré, animé par des effets créés en direct. Cette performance de Pierre Rigal est tout simplement extraordinaire (voir aussi l’entretien avec Pierre Rigal).

 

erection pierre-grosbois Allongé dans un espace bien délimité, l’homme en question – si c’est bien un homme ? – est soumis à des stimuli de lumières et de sons. On comprend que celui-ci a un problème pour se relever. L’ambiance est électrique. Est-il vivant ? Prisonnier ? De qui ? Pourquoi ? Qu’est-ce donc que cette machination ? Toujours est-il qu’il trouve des chemins de traverse et parvient enfin à se dresser. Même à s’élever ! Tenir debout peut paraître si simple. Pourtant, c’est extraordinaire en soi. Tout semble désormais possible dans cet espace-temps indéfini. Mais, repoussant toujours plus loin les limites de l’espèce, c’est le début de la fin. Tantôt désarticulé comme une araignée à qui l’on aurait arraché des pattes, tantôt épinglé comme un papillon, notre individu rampait aussi il y a quelques minutes comme un crocodile, avant de bondir comme un fauve en cage. Désormais, Icare sans ailes, la créature accède à un autre stade : sorte de cyborg, il découvre son double.

 

Une odyssée de l’espèce

Cette évolution humaine à grandes enjambées, retracée ici avec la complicité d’Aurélien Bory, est radicale. Postures incongrues, effets d’optique étonnants : heureusement que la dérision prend le relais – même par courtes intermittences –, car cette danse macabre est terrifiante. De l’Homo erectus à l’humanoïde isolé, la Compagnie Dernière minute fait un bond phénoménal. L’équilibre est tellement précaire que cela en devient vertigineux.

 

Taraudé par le rapport aliénant exercé par l’environnement sur l’homme en perte d’identité, Pierre Rigal questionne aussi cette position verticale dans Press (voir « Un vrai Rigal », critique de Nicolas Belaubre). En tâchant de rester debout, coûte que coûte, son personnage résiste. Dans Érection, il y a aussi de la lutte. Grandir, c’est une bataille de chaque instant. Se dresser, c’est apprendre à s’opposer. S’élever, c’est avoir la foi en un monde meilleur. Pourtant, une fois érigé, cet homme court à sa perte. Un peu comme l’homme moderne. D’animal ébloui par la lumière, il est devenu social, pour aller droit dans le mur, hypnotisé par la technologie, se transformant peu à peu en robot.

 

Pierre Rigal investit ce carré de lumière changeante avec toute la palette de son art, tout à la fois minimaliste et athlétique. Il reste longtemps au ras du sol, mais il n’a pas l’imagination courte pour autant. L’absence de liberté de mouvement n’empêche pas le danseur d’explorer toutes les combinaisons possibles. Sa tête et son bassin offrent de singuliers points d’appui. Progressivement, il passe par plusieurs paliers, physiques et psychologiques. Sa danse est aussi futuriste que les effets de mise en scène.

 

Dans une grande fluidité technique, bandes lumineuses et mur virtuel, hologrammes et musique électronique, nous projettent instantanément dans un monde où l’humanité ne sera même plus rampante. On est alors bien rassuré, à la fin de cet hallucinant voyage, de retrouver Pierre Rigal en chair et en os, debout, tellement humain. Torse nu, il en serait presque bandant ! Il rayonne en tout cas d’une belle énergie organique. Il n’en faut pas moins pour que les spectateurs, revigorés, se lèvent et acclament cette performance qui ne manque pas de profondeur. 

 

Léna Martinelli

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Érection, de Pierre Rigal et Aurélien Bory

Compagnie Dernière minute • 2, rue du Tabac • 31000 Toulouse

05 61 12 32 03

contact@pierrerigal.net

www.pierrerigal.net

Conception, chorégraphie, création vidéo : Pierre Rigal

Conception, mise en scène : Aurélien Bory

Avec : Pierre Rigal

Création son : Sylvain Chauveau, Joan Cambon, ARCA

Régie générale et vidéo : Georges Dyson

Régie son : Loïc Célestin

Photo : Pierre Grobois

Théâtre Paul-Éluard, scène conventionnée danse • 162, rue Maurice-Berteaux • 95870 Bezons

Réservations : 01 34 10 20 20

tpebezons@orange.fr

http://www.tpebezons.fr

Le 9 février 2010 à 21 heures

Durée : 45 minutes

17,50 € | 14,50 € | 9,50 €

Tournée :

– International Visuel Theatre, du 19 au 30 mai 2010, 01 53 16 18 18

www.ivt.fr

Publié dans : France-Étranger 1998-2011 - PUBLIER UN COMMENTAIRE ? - Voir les 0 commentaires
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