Samedi 2 janvier 2010 6 02 /01 /Jan /2010 22:32

Romain Blanchard, un drôle de ministre

de l’amour

 

Le Ministère de l’amour reprend « Octavie » de Sénèque, à Nantes, les 7 et 8 janvier 2010. À cette occasion, le journal a rencontré le metteur en scène, Romain Blanchard.

 

romain-blanchard chloe-le-drezen Les Trois Coups. — Les lecteurs des Trois Coups vous connaissent déjà, Romain Blanchard, comme comédien, dans les trois petites pièces de Pasolini mises en scène par Éric Houguet. Vous êtes aussi un des fondateurs et le metteur en scène du Ministère de l’amour, une jeune compagnie nantaise. Pouvez-vous nous la présenter rapidement ?

Romain Blanchard. — Le Ministère de l’amour prend sa source dans le roman 1984 de Georges Orwell. Cette œuvre décrit une dictature qui assoit sa domination sur les consciences à l’aide de quatre ministères, dont le ministère de l’Amour, chargé de la répression, ministère supposé faire « aimer » le dictateur Big Brother en éliminant toute opposition, et en allant chercher aux tréfonds de chaque être son point de rupture, l’endroit de terreur absolue qui le fera abdiquer.

Le but de la compagnie est évidemment tout autre, mais il s’inspire de la radicalité du roman d’Orwell. Nous traitons de sujets difficiles, comme le terrorisme ou le fanatisme religieux. Mais ce sont ces sujets que nous torturons, dont nous cherchons le point de rupture. Le but est de faire tomber les masques, les pensées parfois faciles que nous pouvons avoir face à ces sujets, faire monter à la surface une partie de l’âme humaine. Chercher à mieux comprendre de quel bois nous sommes faits, mais sans juger.

 

Les Trois Coups. — Vous allez, dans quelques jours, reprendre à Nantes une de vos créations de 2008, Octavie, de Sénèque. Sans revenir sur la paternité, parfois contestée, de cette pièce, qu’est-ce qui vous a poussé à choisir une pièce antique d’un philosophe stoïcien à une époque qui ne vénère guère le stoïcisme ?

Romain Blanchard. — Pour moi, le stoïcisme est une « philosophie du masque », contradictoire, qui se rapproche du jésuitisme. L’enseignement de Sénèque prenait place au sein même du pouvoir : le plus célèbre élève de Sénèque, l’empereur Néron, avait les mêmes mots que lui pour justifier ses exactions. Que penser alors du discours du philosophe ? Jusqu’à quel point peut-il justifier ce qu’il est supposé interdire ou juguler ? Jusqu’à quel point en est-il complice ? Notre époque est pleine de ces contradictions : elle justifie une orgie permanente, une grande corruption, par une utilisation de discours moraux.

 

Les Trois Coups. — Votre version d’Octavie est un joyeux patchwork de théâtre, de musique pop et de musique traditionnelle du seizième siècle. N’est-ce pas traiter le texte de Sénèque comme un simple prétexte (sans jeu de mots puisque le terme « prétexte » désigne aussi un genre dramatique romain) ?

Romain Blanchard. — Ma proposition s’appuie sur le théâtre romain de cette époque : un mélange de théâtre et de musique, complètement fou ! La composition illustre ainsi la pièce : la musique du seizième siècle représente la stabilité impériale, c’est une « boucle ». Quand le point de rupture est atteint, on passe à l’improvisation. Pour revenir à la stabilité, on laisse s’exprimer la révolte par des chansons pop. La complicité à l’empire, et à sa chute, serait finalement inscrite dans un désir humain, primordial, de briller. C’est mon point de vue en tout cas. 

 

Propos recueillis par

Jean-François Picaut

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Octavie, de Sénèque

Traduction : Pierre Vesperini, éditions de l’Arche

Le Ministère de l’amour • 5, rue Edmund-Hillary • 44300 Nantes

Bureau parisien : 60, rue Mademoiselle • 75015 Paris

ministeredel.amour@gmail.com

06 69 06 67 93

Mise en scène : Romain Blanchard

Avec : Luc Cerutti (Néron), Caroline Demourgues (nourrice d’Octavie), Marc Faillat (le Préfet), Jeanne Flora (nourrice de Poppée), Mehdi Lecourt (Sénèque), Magali Moreau (Octavie), Marie-Ève Foutieau (Poppée), Sarah Viennot (Agrippine)

Musiciens : Pierre-François Blanchard, Anthony Fresneau, Maurice Spitz

Composition musicale : Pierre-François Blanchard

Régie générale-création lumière : Marie Ducatez

Photo : © Chloé Le Drezen

Salle Vasse • 18, rue Colbert • 44000 Nantes

Renseignements-réservations au 06 69 06 67 93

les 7 et 8 janvier 2010 à 20 h 30

Durée : 1 h 30

12 € | 8 € | 8 €

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