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12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 18:52

Une rupture amoureuse mondialement jouée


Par Marie Barral

Les Trois Coups.com


Présenté au Festival d’Avignon en 2011, joué dans le monde entier, deux fois réédité (éd. Les Solitaires intempestifs), « Clôture de l’amour » de Pascal Rambert agit comme une déflagration pour le spectateur comme pour le lecteur. Le jury du grand prix de Littérature dramatique, organisé depuis 2011 par le Centre national du théâtre, l’a confirmé en récompensant en novembre ce texte incisif. Deux longues tirades de deux personnages (Audrey et Stan) y dessinent avec rythme, crudité et poésie, humour aussi, le tragique d’une rupture amoureuse. Rencontre avec l’auteur, Pascal Rambert, dramaturge, metteur en scène, comédien et directeur du Théâtre de Gennevilliers (92).

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Pascal Rambert | © Patrick Imbert

Les Trois Coups. — « Le Langage se désagrège » constate Audrey dans Clôture de l’amour. Bien qu’il soit écrit dans une langue orale (répétitions, style parfois télégraphique, franglais…), ce texte dramatique apparaît, par ses métaphores, les tics de langage et arguments repris d’une tirade à l’autre ou ses références artistiques, très construit. Comment l’avez-vous rédigé et en combien de temps ?

Pascal Rambert. — En rêveur très organisé, je pense à mes textes cinq à six ans avant de m’atteler à l’écriture. J’ai alors l’impression de déterrer quelque chose qui préexiste quelque part en moi. Je suis alors très vigilant à créer les conditions du silence : afin d’être le plus vrai possible, écrire nécessite une grande disponibilité à soi-même. Comme pour une répétition théâtrale. J’ai écrit Clôture de l’amour d’une traite, durant les deux mois de l’été 2010.

Les Trois Coups. — « Personne, personne ne parle aussi longtemps », dit Stan de lui-même. Pourquoi avoir attribué à chacun des deux personnages une seule et unique longue réplique ?

Pascal Rambert. — Les longues répliques n’empêchent pas l’écoute active : l’interlocuteur ne s’arrête pas de vivre tandis que l’autre parle. Beaucoup de pièces contemporaines reprennent les normes du théâtre bourgeois du xixe siècle où les comédiens s’échangent constamment la parole. Je veux sortir de cet académisme. En 2000, j’avais ainsi mis en scène l’Épopée de Gilgamesh [présenté au Festival d’Avignon] : plus vieux texte littéraire connu, donc texte antérieur à la Bible, il est composé de très longues tirades.

Les Trois Coups. — Vous faites dans ce texte beaucoup référence au théâtre : Stan et Audrey semblent être des professionnels du théâtre. De même, dans leur couple, ils sont comme des metteurs en scène qui dirigent leur interlocuteur-acteur… Est-ce une manière de mettre à distance le spectateur de vous jouer de lui ?

Pascal Rambert. — Non, c’est une manière de traduire la porosité entre vie publique, professionnelle et vie privée qui existe chez les gens du théâtre. Il y a trentaine d’années, je suis entré dans un théâtre où le directeur et sa copine s’engueulaient sur scène : je suis parti de cette image pour écrire Clôture de l’amour.

Beaucoup de choses intimes se déroulent dans un théâtre : on se dit « il faut que je te parle en privé », et la vie entre malgré nous dans la conversation, les portes s’ouvrent, et l’on n’est plus en tête-à-tête… Ou, à l’inverse, on assiste à une scène dont on n’est pas censé être témoin… De plus, comédiens et metteurs en scène ont toujours le public en tête : le fil qui les relie avec les spectateurs est très ténu. Ce qui se voit au travers de chez Stan et Audrey.

Les Trois Coups. — Il n’y a pas de didascalies dans ce texte… À moins qu’elles ne soient intégrées dans les répliques des comédiens ?

Pascal Rambert. — Effectivement, le metteur en scène pourrait ne pas être présent aux répétitions, tout le mode d’emploi à destination des comédiens est inclus dans les répliques.

Les Trois Coups. — Entre Stan et Audrey, auriez-vous un penchant pour l’un des deux personnages ? Les sexes sont-ils interchangeables ou devons-nous en déduire une psychologie qui serait plutôt masculine face à une seconde, plutôt féminine ?

Pascal Rambert. — Ces deux personnages sont avant tout langage : ils sont des corps traversés par des mots. La pièce ne pourrait être qu’une phrase ininterrompue : il n’y a d’ailleurs pas de point avant la fin du texte. Clôture de l’amour pourrait donc être joué par deux personnes du même sexe, une femme puis un homme, ou une seule et même personne.

Les Trois Coups. — Clôture de l’amour a été joué en une douzaine de langues, aux États-Unis, en Corée-du-Sud, en Croatie, en Italie, etc. Adaptez-vous à chaque fois cette pièce en fonction de la culture du pays dans lequel elle est présentée ?

Pascal Rambert. — Je ne prévois pas une version particulière par pays, mais la pièce diffère en fonction des acteurs qui la portent. Cela pose un vrai problème philosophique : celui de l’objet qui change tout en restant le même… Il y a certes quelques adaptations. Au Japon, société qui a des difficultés avec les termes sexuels, il va falloir trouver des équivalents. Par ailleurs, présenter ce texte en Russie, pays où le théâtre est relativement académique, est une petite manière de changer la donne, de monter une pièce d’une autre forme… Mais au-delà de sa mise en scène, ce texte, que j’ai écrit comme une catharsis, semble avoir un certain pouvoir de déflagration et être universel : les personnes qui m’ont délivré le prix de Littérature dramatique estiment qu’il est très juste… 

Propos recueillis par

Marie Barral


Voir aussi le Début de l’A, critique d’Estelle Gapp.


Clôture de l’amour, de Pascal Rambert

Éditions Les Solitaires intempestifs, 2011

Contact de l’éditeur : 1, rue Gay-Lussac • 25000 Besançon

03 81 81 00 22

Site : www.solitairesintempestifs.com

Centre national du théâtre • 134, rue Legendre • 75017 Paris

Tél. 01 44 61 84 85

Télécopie 01 44 61 84 86/84 80

Métro : ligne 13, station La Fourche

http://www.cnt.asso.fr/index.cfm

Photo de Pascal Rambert : © Patrick Imbert

Tournée :

– 12 au 15 décembre 2012, Centre Pompidou à Paris

– 25 et 26 janvier 2013, Bozar à Bruxelles

– 1er et 2 février 2013, Théâtre de Châteauvallon

– 6,7 et 8 février 2013, T.A.P. à Poitiers

– 11, 12 et 13 février 2013, T.U. à Nantes

– 16 février 2013, Grand R à La Roche-sur-Yon

– 19, 20, 21 et 22 février 2013, Nouveau Théâtre d’Angers-C.D.N. Pays de la Loire

– 6 au 10 mars 2013, 12 mars au 14 mars 2013, Théâtre du Nord à Lille

– 21 et 22 mars 2013, Scène nationale de Martigues

– 26 au 30 mars 2013, Théâtre de la Manufacture, C.D.N. de Nancy

– 2 au 6 avril 2013, Théâtre des Célestins à Lyon

– 10, 11 et 12 avril 2013, espace Malraux, scène nationale de Chambéry et de la Savoie à Chambéry

– 16 au 21 avril, 23 au 26 avril 2013, Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines, scène nationale

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