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24 octobre 2013 4 24 /10 /octobre /2013 21:05

Jazz à l’Ouest met le cap au sud


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Jazz à l’Ouest (Rennes) fêtera sa 24e édition du 5 au 16 novembre 2013. Pour en savoir plus, « les Trois Coups » ont rencontré Olivier Nestelhut, compositeur, auteur, interprète et nouvelliste qui est aussi le directeur artistique du festival.

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Olivier Nestelhut | © Wilhem Houssin

Les Trois Coups. — C’est déjà la 24e édition de Jazz à l’Ouest. Olivier Nestelhut, depuis quand présidez-vous aux destinées du festival ?

Olivier Nestelhut. — Cela fait cinq ans.

Les Trois Coups. — Que pensez-vous avoir apporté à ce festival ?

Olivier Nestelhut. — Le point de vue de quelqu’un qui n’aime pas les festivals. Pour moi, le jazz se vit en club dans un espace convivial où l’artiste sent le public et se dépasse. Je n’aime pas ces grosses machines qui accueillent des concerts formatés et surpayés. J’ai donc souhaité donner cette dimension club au festival en créant plus de proximité entre le public et les artistes, entre l’équipe et les artistes. Ils prennent leur repas avec les bénévoles, boivent leur verre au café culturel et lorsqu’ils jouent, ils savent à qui ils s’adressent. Autrement, je dirai une plus grande attention aux artistes de notre territoire en les rendant plus visibles, en leur permettant de prolonger leur projet sur d’autres belles scènes de notre région et d’ailleurs. Enfin, un ancrage plus important dans la tradition afro-américaine, car pour moi le jazz vient de là. Il s’agit d’une musique populaire, dans son essence même métissée à l’image du peuple qui l’a créée. Le jazz est une culture, l’histoire de l’émancipation de peuples asservis, l’histoire d’individus qui ont pris la parole avec leurs instruments pour fonder une musique révolutionnaire. J’avais envie de casser les représentations bourgeoises de cette musique.

Les Trois Coups. — Cette année le festival étend son champ d’action dans l’agglomération rennaise, mais vous n’investissez aucune grande salle, comme le Théâtre national de Bretagne ou Le Liberté. C’est un choix délibéré ou c’est le résultat de contraintes, notamment budgétaires ?

Olivier Nestelhut. — Le festival est depuis longtemps installé sur la métropole rennaise. Au fil des années, certains partenaires se sont rajoutés à l’équipe existante, d’autres ont fait une pause et reviennent comme Le Triptik à Acigné. Jazz à l’Ouest a toujours été une affaire de partenariat, et nous avons toujours souhaité mettre tout le monde au travail autour de la culture jazz. Par ailleurs, le festival a des relations privilégiées avec Le Pannonica à Nantes, L’Estran à Guidel et le festival de Bouchemaine. En ce qui concerne notre ancrage sur des équipements plus centraux, nous avons organisé grand nombre de concerts au T.N.B. (Rennes) qui s’appelait alors Le Grand Huit, mais une incompatibilité de calendrier nous empêche maintenant de travailler ensemble : Mettre en scène tombe en même temps que notre festival. Quant à la question de L’Étage, cela n’a pas vraiment de sens. Le Liberté n’est qu’un équipement destiné à la location et n’a pas de projet culturel. C’est une coquille vide. Comme je le disais, nous aimons travailler en partenariat avec des salles, soit parce qu’elles programment déjà du jazz et cela renforce donc leur visibilité, soit parce qu’elles y trouvent l’occasion d’en programmer.

Les Trois Coups. — Si vous deviez définir le fil rouge de cette 24e édition en trois lignes, que diriez-vous ?

Olivier Nestelhut. — La qualité [rires] ! Cette année, nous avons porté les frontières du festival en Amérique du Sud ou devrais-je dire au sud de l’Amérique du Nord puisque les Caraïbes et Cuba y seront aussi présents. Il s’agit de raconter succinctement deux histoires de l’esclavage bien séparées : celle du Nord où les Africains déportés n’eurent pas le droit de conserver leur culture d’origine et celle du Sud où, à l’inverse, tambours, chants, danses et rites continuèrent de rythmer la vie des esclaves. Ce n’est que dans les années quarante que les premières vraies rencontres entre le jazz et les musiques, disons issues des rythmes ethniques, eurent lieu. Je pense entre autres aux collaborations du trompettiste Dizzy Gillespie et du percussionniste cubain Chano Pozo, mais aussi Stan Getz et Antonio Carlos Jobim. Cette année, Agathe Iracema, Rocco Sedano, Véronique Hermann Sambin, Irving Acao auprès de Manu Grimonprez auront pour mission de faire découvrir au public un jazz qu’ils maîtrisent et qu’ils mélangent avec leur propre culture.

Les Trois Coups. — Quels sont, pour cette édition, votre coup de cœur personnel et votre regret : l’artiste dont vous rêviez et que vous n’avez pas réussi à faire venir ?

Olivier Nestelhut. — Impossible de vous répondre. J’aurais plutôt envie de répondre à : « Quelle soirée attendez-vous le plus ? ». Et je vous dirai le concert du Manu Grimonprez sextette autour du projet des frères Gonzales avec à ses côtés deux Cubains Irving Acao et Inor Sotolongo. C’est une carte blanche que nous avons laissée à Manu, donc nous ne savons pas à l’avance ce que ça va donner. Connaissant Manu, ça va être très bon. Il y a deux artistes que j’aurais voulu avoir sur le festival : le chanteur José James dont je suis complètement fan et un jeune saxophoniste mexicain vivant en partie en France, Jerry Gonzales.

Les Trois Coups. — Comme dans tout festival qui se respecte, vous cherchez à promouvoir et à faire découvrir des talents locaux. Vous offrez au public rennais de découvrir, gratuitement et dans une belle salle (Les Champs libres), les jeunes de BZH Crew. Quelles sont à vos yeux les qualités de ce groupe ?

Olivier Nestelhut. — L’invitation au BZH Crew a été lancée par l’équipe des Champs libres qui souhaitait mettre en lumière les jeunes jazzmen rennais. Les qualités : la maturité, la générosité et l’énergie.

Les Trois Coups. — Y a-t-il une question qui ne vous a pas été posée et à laquelle vous auriez aimé répondre ?

Olivier Nestelhut. — Pas qui me vienne à l’esprit.

Les Trois Coups. — Merci, Olivier Nestelhut, d’avoir pris le temps de répondre à nos questions.

Propos recueillis par

Jean-François Picaut


Jazz à l’Ouest 2013 à Rennes (Ille-et-Vilaine)

24e édition

Du 5 au 16 novembre 2013

Contact public : M.J.C. Bréquigny • 15, avenue Georges-Graff • 35200 Rennes

Tél. 02 99 86 95 95

Site : http://www.jazzalouest.com

Courriel : communication@mjcbrequigny.com

Billetterie : F.N.A.C., www.bretagne35.com / M.J.C. Bréquigny et salles partenaires

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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