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29 septembre 2014 1 29 /09 /septembre /2014 16:53

« J’ai foi en le théâtre,
c’est ma religion »


Par Jacques Casari

Les Trois Coups.com


Nommé aux molières en 2014, il n’a que 32 ans et déjà vingt ans de théâtre derrière lui. Chacun de ses projets est un pari, et il vole de bonheur en succès. Les metteurs en scène se le disputent. Le cinéma lui fait des ponts d’or. Mais il a choisi de poser son sac à l’ouest pour trois ans comme artiste associé au Quartz, théâtre des humanités. Matthieu Banvillet, qui dirige la scène nationale de Brest, lui a donné carte blanche : « Tes projets seront les nôtres ». Rencontre avec Olivier Martin-Salvan, comédien boulimique et généreux.

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Olivier Martin-Salvan | © Bruno Perroud

Les Trois Coups. — Qui es-tu l’artiste ? Un clown ?

Olivier Martin-Salvan. — Quand on travaille sur la pluridisciplinarité en France, on nous met dans des cases. Parler de clown au théâtre, c’est compliqué parce qu’on a une image stéréotypée du clown avec un gros nez. Quand je présentais Ô Carmen, je disais que j’étais un comédien-chanteur-pantomime. Je travaille sur de nombreuses disciplines – le chant, la danse, la marionnette, le mime –, alors le terme comédien me plaît bien, d’autant qu’il induit le mot comédie et le rire aussi.

Les Trois Coups. — Parce que « le rire est le propre de l’homme », comme l’écrit Rabelais ?

Olivier Martin-Salvan. — En ayant travaillé sur Rabelais qui utilise le rire thérapeutique, j’y crois beaucoup. Le rire permet de fendre l’armure du spectateur, et j’aime quand la forteresse des émotions cède. Travailler sur le rire me passionne, un art extrêmement complexe. Novarina dit que c’est une « forme mouvante » et que le spectateur doit être touché individuellement. C’est ce rapport intime avec le public qui m’intéresse : pour la dernière d’Ô Carmen, il y avait des fous rires individuels, et c’était formidable. Mais je travaille aussi sur le drame de mes personnages, comme dans Bigre ! ou Pantagruel. J’aime Shakespeare qui peut refroidir un public puis, juste derrière, un des bouffons fait rire.

Les Trois Coups. — Rabelais, Shakespeare, Novarina… et Molière dans ton panthéon ?

Olivier Martin-Salvan. — Molière, c’est toute ma vie ! Le rôle de Monsieur Jourdain dans le Bourgeois gentilhomme a été à l’origine de tout quand j’ai commencé le théâtre en 1994, à 12 ans. En 2004, Benjamin Lazar m’a proposé le rôle de Monsieur Jourdain dans une production avec 30 personnes sur scène et un orchestre ! Dix ans plus tard, en 2014, me voilà nommé aux molières ! Il y a un truc avec Molière ! En 2024, je ferai peut-être une adaptation de Molière au cinéma…

Les Trois Coups. — N’est-il pas frustrant de ne plus participer à une aventure de troupe ?

Olivier Martin-Salvan. — Il y a 10 ans, c’était le plus important pour moi : je pensais faire cela toute ma vie et j’avais été approché par la Comédie-Française. Mais aujourd’hui, ce qui me réjouit, c’est de travailler sur des formes et des écritures contemporaines comme adapter le rôle de Pantagruel avec Benjamin Lazar ou créer Bigre ! avec Pierre Guillois, ou encore travailler avec Novarina ou Marion Aubert, des auteurs à l’écriture forte. C’est cela qui me passionne : creuser le sillon du théâtre contemporain et de l’écriture.

Les Trois Coups. — Avec gourmandise et démesure, il y a chez toi comme une volonté de toucher à tout et tout le monde.

Olivier Martin-Salvan. — Ce qui m’intéresse, ce sont les paris, et je remercie tous les jours mes parents de m’avoir permis de découvrir le théâtre si jeune. Le théâtre me nourrit et me bouleverse. Être acteur, c’est un choix difficile dans la vie parce qu’on fait un pacte avec une certaine précarité. C’est presque un acte politique. J’ai foi en le théâtre, c’est ma religion. Dans la vie, on doit aller au bout de ses fantasmes, saisir ses rêves. Le rôle de l’artiste aujourd’hui est essentiel avec ce qui se passe dans la société.

Les Trois Coups. — Avec Rabelais et Novarina, est-ce le travail sur la langue qui te fascine ?

Olivier Martin-Salvan. — La première fois que Novarina m’a proposé un projet en 2007 – l’Acte inconnu pour la cour d’honneur du palais des Papes [et ici] –, j’avais très peur. Je n’étais pas vraiment un acteur de texte, plutôt un acteur de sketches comme dans le Gros, la Vache et le Mainate. Novarina m’a beaucoup aidé dans ma vision de l’art et de l’artiste dans la société. Rabelais et Novarina : c’est comme si j’étais passé par l’arrière-petit-fils et que j’étais allé à l’arrière-grand-père ! La filiation est tellement nette ! Les spécialistes de Rabelais en conviennent, et, quand je suis invité dans des colloques, les chercheurs hallucinent parce que j’ai arrêté l’école en seconde. La littérature, c’est extraordinaire ! La grande joie de ma vie en ce moment, c’est d’avoir Rabelais dans mon corps : la lettre de Gargantua à son fils me bouleverse, et je me pose la question d’être père moi même.

Les Trois Coups. — Quels sont tes projets en tant qu’artiste interprète associé au Quartz ?

Olivier Martin-Salvan. — La mise en scène ne m’intéresse pas : je serai porteur de projets. J’ai très envie avec les autres artistes associés – Erwan Keravec et Marcela Santander Corvalan – de monter un projet commun au manoir de Keroual, une sorte de villa Médicis à Brest. Je voudrais aussi raconter l’histoire du théâtre moderne avec deux autres acteurs, dont Dominique Parent. Et bien d’autres choses… J’espère par-dessus tout créer une relation très forte avec le public. Quand je sors de scène et qu’il ne reste pas beaucoup de monde dans le hall ou au bar, pour moi, c’est comme si le public était parti avant la fin de la pièce. L’échange est presque plus important que la pièce, c’est très sincère.

Les Trois Coups. — Le mot de la fin ?

Olivier Martin-Salvan. — Public. Je suis impatient de partager les trois années qui viennent avec le meilleur public de France par la finesse de son regard et la confiance qu’il accorde. Il ouvre toujours les bras et, en même temps, il est très exigeant. C’est un rêve de culture en Bretagne et dans le Finistère ! C’est presque une consécration de carrière de jeter l’ancre ici. 

Propos recueillis par

Jacques Casari


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Publié par Les Trois Coups - dans Bretagne | 2014-2015
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